Plan de rentrée : Pénuries avec un «s»

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
Les intentions sont bonnes, mais l'argent ne fera pas apparaitre des travailleurs aux bons endroits

Le plan de retour en classe du gouvernement ontarien consterne plusieurs intervenants du milieu de l’éducation et de la santé. Il laisse beaucoup de questions sans réponses aux yeux des syndicats et des enseignants. Cependant, les conseils scolaires semblent avoir comblé les lacunes pour assurer une rentrée aussi sécuritaire que possible.

Les bureaux de santé publique ont la tâche de réviser les plans des conseils scolaires pour la rentrée afin d’assurer le respect des plus récentes règles et connaissances sur la COVID-19. Le gestionnaire de la protection de la santé chez Santé publique Sudbury et districts, Burgess Hawkins, affirme que les plans qu’il a pu voir jusqu’à maintenant démontrent que les conseils prennent la situation au sérieux.

«Ils semblent avoir une bonne compréhension de ce qu’ils doivent faire. Nous apportons quelques petites modifications, mais nous n’avons pas encore reçu un document qui nous a fait dire : “Oh mon dieu, vous devez arrêter de penser comme ça”», lance M. Hawkins.

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Manque de consultations

Le président de l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontarien (AEFO), Rémi Sabourin, regrette cependant que les enseignants et les conseils scolaires aient été mis devant un fait accompli. Le gouvernement a préparé son plan sans consulter les acteurs de l’éducation. Les engager dès le départ aurait permis de répondre à plusieurs questions de base au lieu de laisser chaque conseil scolaire trouver ses réponses.

«Dès le mois de mars, l’AEFO a mentionné au gouvernement que la partie la plus difficile ça va être la réouverture des écoles», dit M. Sabourin. «On a seulement une chance pour cette réouverture. Il faut bien faire les choses.»

Le président de l’AEFO aurait aimé voir, entre autres, un plan pour appuyer les parents qui choisissent de garder leur enfant à la maison. Détail qui n’a pas été oublié par les conseils scolaires (voir texte ci-contre).

Pénuries avec un «s»

La promesse du gouvernement d’embaucher plus d’enseignants et d’infirmières fait sourire M. Sabourin. Cinq-cents nouvelles infirmières embauchées par les bureaux de santé publique pour 5000 écoles, c’est bien peu. «Du côté francophone, est-ce qu’on aura accès à ces spécialistes de la santé», se demande-t-il. Sans compter que le milieu de la santé connait lui-même une pénurie d’infirmières.

Il y a aussi déjà une pénurie d’enseignants, alors le président du syndicat se demande où le ministère compte aller en chercher des nouveaux avec les 30 millions $ promis.

Et cette pénurie aura aussi des répercussions sur les listes de suppléants. Puisque tous sont encouragés à rester à la maison au moindre symptôme, il est probable que les suppléants soient plus sollicités que jamais.

«On le sait que du côté francophone, les suppléants, dans certaines régions, il y en a peut-être suffisamment, mais plusieurs ne sont pas qualifiés. On entre dans une situation où ça va être des mamans, des papas qui vont commencer à faire de la suppléance.»

Sans compter que les suppléants se promènent normalement entre les écoles. Dans la situation actuelle, il y a un risque ajouté de propagation de la maladie.

Le concept de bulle sociale instaurée par le gouvernement en début d’été sera anéanti par le retour à l’école, ont fait remarquer M. Sabourin et une enseignante consultée.

Inquiétudes partagées

L’AEFO est inquiète par exemple d’éventuellement voir 30 élèves de 8e année entassés dans une portative, car aucune règle avancée par le gouvernement ne l’empêche explicitement en ce moment.

Une enseignante de l’élémentaire du Nord qui préfère garder l’anonymat décrit l’appréhension que vivent en ce moment les travailleurs scolaires. «C’est un peu un couteau à deux tranchants. Je suis très excité de retourner en classe. La rentrée scolaire a toujours été mon temps de l’année préféré. En même temps, je vis de l’anxiété. Je chevauche entre l’excitement et l’anxiété, parce que je réalise qu’on s’en va dans de l’inconnu.» Son stress est double en tant qu’enseignante et mère d’enfants d’âge scolaire.

En attendant, elle réfléchit à l’organisation de sa classe et fait confiance à son conseil scolaire pour répondre aux questions qu’elle et ses collègues auront pour assurer la sécurité de tous.