Les escaliers, les fenêtres et les bas qui ont inspiré des problèmes de mathématique tirés du quotidien.
Les escaliers, les fenêtres et les bas qui ont inspiré des problèmes de mathématique tirés du quotidien.

Motiver par l’exemple et les mathématiques de la vie

Série : Comment est-ce que ça s’enseigne en ligne?

Le défi de garder les élèves motivés a été un thème récurant dans cette série de textes sur la nouvelle réalité de l’enseignement. Chacun trouve sa façon de faire. Dans le cas de l’enseignante en 4e année à l’École publique Passeport Jeunesse de Hearst, France Frenette Lecours, elle a exploité un intérêt qu’elle a en commun avec ses élèves.

Elle a d’abord dû elle-même s’adapter à la nouvelle réalité, car l’enseignement en ligne ne cadrait pas très bien avec ses habitudes. «J’étais désappointée, j’étais déçue, j’étais triste; je pense que j’ai passé à travers une multitude d’émotions» lorsque le gouvernement a annoncé le changement, surtout sans savoir à quel moment exactement elle pourrait revoir ses élèves.

Elle cherche donc une façon différente d’avoir une fin officielle à cette année scolaire, sans voir ses élèves et pouvoir leur dire «bon été» en personne. «J’ai un peu un avantage dans la mesure où j’habite dans une petite communauté, donc si je vais faire du vélo, ben trois maisons plus tard je peux voir un de mes élèves qui habite là, deux rues plus loin, il y a de bonnes chances que j’en vois un autre», illustre-t-elle.

Elle utilise Skype pour discuter avec quatre ou cinq élèves à la fois. «Heureusement, dit-elle, moi j’avais besoin [de les voir]; des fois, je me demande si je n’en avais pas besoin plus qu’eux.» De voir ses élèves dans leur maison lui a aussi permis d’apprendre à connaitre une autre facette de leur vie, ce qu’elle apprécie.

L’enseignante s’est adaptée et travaille fort, mais c’est loin d’être une situation idéale pour sa façon habituelle d’enseigner. «Je suis une personne extrovertie, j’ai besoin du monde autour de moi, j’ai besoin du contact de mes élèves. Je suis très spontanée aussi et je vais parfois commencer à enseigner à partir d’un commentaire d’un élève», tous des éléments absents de l’éducation en ligne et qui lui manque énormément.

France Frenette Lecours, enseignante de 4e année

Elle a cependant remarqué que, pour certains élèves, cette expérience d’apprentissage qui leur permet de travailler à leur propre rythme est bénéfique. Ils n’ont plus la pression de l’élève plus rapide à côté d’eux, de ceux qui savent tout ou qui ont la main levée.

Partager ses intérêts

Mme Frenette Lecours est elle-même une lectrice assidue — elle fait partie du comité du Salon du livre de Hearst depuis 4 ans — et elle essaie de transmettre cette passion à ses élèves. Lorsqu’elle a réalisé que la majorité de ses élèves lisaient beaucoup moins pendant le confinement, elle est passée à l’action.

Elle a commencé par lire les vieux livres de ses enfants — qui sont maintenant des adultes — et à les présenter à ses élèves. Lorsqu’elle a eu la chance d’avoir accès à sa salle de classe, elle est allée en chercher d’autres.

«Ils n’en revenaient pas que leur prof lisait des Agent Jean d’Alex A. ou Les missions extra secrètes de Mika.» Épatés que leur enseignante lise les mêmes livres qu’eux, ils étaient beaucoup plus enclins à en parler, «dire ce qu’on aimait, ce qu’on aimait moins» et en lire d’autres.

Est alors né un système de partage des livres où Mme Frenette Lecours allait déposer le livre sur le balcon des élèves intéressés. «Et certains faisaient la même chose avec moi.»

Les mathématiques de la vie

Les enseignants de la 4e à la 8e année de Passeport jeunesse ont créé un «sentier de mathématique qui se fera à l’extérieur». Ils espèrent qu’il permettra aux élèves de passer par-dessus la baisse de motivation du mois de juin, commune même en temps normal.

Même avant cela, France Frenette Lecours prenait des photos lorsqu’elle marchait à l’extérieur, des objets de tous les jours auxquels elle appliquait des problèmes de mathématiques «pour leur montrer que la mathématique, c’est partout et qu’on ne s’en rend pas nécessairement compte».

Ainsi, les fenêtres rectangulaires d’une porte du nouveau pavillon de l’hôtel de ville de Hearst ont servi à faire des additions répétées et des multiplications «et trouver combien cela couterait pour les laver». Le nombre de marches d’escalier que Mme Frenette Lecours monte et descend chaque jour — son bureau est au deuxième étage — est devenu un autre problème de mathématique.