L'animation à la fin de la pièce <em>Quoi si moé 'ssi j'viens du Nord, 'stie,</em> présenté par les étudiantes du défunt programme de théâtre de l'Université Laurentienne.
L'animation à la fin de la pièce <em>Quoi si moé 'ssi j'viens du Nord, 'stie,</em> présenté par les étudiantes du défunt programme de théâtre de l'Université Laurentienne.

Mise à jour : Des organismes franco-ontariens refusent de rencontrer le recteur de la Laurentienne

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur

Après avoir eu vent de démarches de la part de la direction de l’Université Laurentienne pour rencontrer la présidente d’au moins un organisme francophone, la Coalition nord‐ontarienne pour une université de langue française et PlanifSudbury ont fait parvenir une lettre au recteur Robert Haché pour lui rappeler pourquoi la communauté francophone ne voulait plus travailler avec ce que plusieurs francophones nomment maintenant la Laurentian University.

Le porte-parole de la Coalition, Denis Constantineau, a confirmé au Voyageur que la présidente de l’ACFO du grand Sudbury, Lyse Lamothe, avait reçu une invitation. Pour l’instant, c’est la seule invitation dont ils ont entendu parler.

«Pourquoi, tout d’un coup, le recteur de la Laurentian est intéressé à parler avec la communauté? Il n’était pas intéressé l’an passé. Il ne nous a pas parlé avant de passer aux coupures», s’interroge M. Constantineau. 

Dans la lettre, la question est posée au recteur de cette façon : «Se pourrait‐il que votre intérêt soudain pour la communauté francophone ait pour but de renforcer la position de Laurentian University devant le tribunal lié au processus de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC)

L’Université Laurentienne a confirmé au Voyageur que le recteur menait des rencontres avec plusieurs groupes et acteurs de la région, anglophones, francophones et autochtones «afin de mieux comprendre leurs préoccupations et aspirations.» 

«L’un des objectifs est d'offrir une mise-à-jour sur notre plan de redressement et de favoriser un dialogue constructif, franc et direct quant aux pistes de solutions pour assurer la pérennité de notre établissement afin qu’il puisse conserver son unicité, soit d’être une université bilingue dans un milieu triculturel», explique l’établissement.

Si la Coalition est à l’avant-plan de la lutte pour le transfert de tous les programmes de langue française de l’Université Laurentienne vers l’Université de Sudbury, elle représente plusieurs organismes francophones. Au printemps, elle a entre autres obtenu l’appui du Conseil scolaire public du Grand-Nord de l’Ontario et du Centre franco-ontarien de folklore. Le 13 avril, l’ACFO du grand Sudbury publiait un communiqué où elle faisait la même demande au gouvernement ontarien.

«Ce n’est pas en nous offrant un sandwich et un café [que nous allons] tout d’un coup changer d’avis» et oublier le passé de discrimination des francophones de l’université, insiste Denis Constantineau. 

«Sous la gouverne d’une institution bilingue comme la vôtre, les francophones sont amenés souvent à payer le prix, et de manière discriminatoire, lorsque celle‐ci éprouve des difficultés financières ou autres, comme ce fut le cas cette année», est-il écrit dans la lettre.

De son côté, l’administration de l’Université Laurentienne assure que, malgré l’opposition de certains, son approche est faite dans un esprit de collaboration et qu’ils envisagent l’avenir avec optimisme et fiers de l’histoire de l’université. «Parfois, c’est vrai, le joyau perd momentanément de son lustre, mais avec ardeur et détermination, celui-ci peut briller de nouveau de tout son éclat.»

Ni la Coalition ni PlanifSudbury n’ont le pouvoir de dire aux autres organismes quoi répondre si jamais ils reçoivent une invitation. Mais la lettre sert justement à rappeler la position de la majorité. Que la Laurentienne a eu son rôle à jouer pour la communauté, mais qu’il est temps de passer à autre chose.

Denis Constantineau est d’avis que l’Université Laurentienne s’accroche à ses programmes en français pour le simple gain financier, et non pour le bien de la francophonie. «Ils reçoivent le même montant du fédéral pour l’enseignement en français, pis ils offrent 28 programmes de moins. Pour eux, c’est une vache à lait. Il n’y a pas d’autre raison.»

Les auteurs de la lettre rappellent que les coupures et le renvoi de nombreux professeurs privent la communauté francophone de plusieurs acteurs importants qui contribuaient à son succès et sa vitalité. «Vous avez hypothéqué, dans une certaine mesure, notre avenir. C’est pourquoi nous ne faisons plus confiance à Laurentian University ni à votre leadeurship.»


Nous reproduisons la lettre complète ci-dessous.

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Le 1er septembre 2021
M. Robert Haché
Recteur et vice‐chancellier
Laurentian University
935, chemin du Ramsey Lake
Sudbury ON P3E 2C6

Monsieur,

Nous avons appris que vous sollicitez ces jours‐ci des rencontres avec des chefs de file de la communauté francophone locale. Se pourrait‐il que votre intérêt soudain pour la communauté francophone a pour but de renforcer la position de Laurentian University devant le tribunal lié au processus de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) ?

Puisque nous n’avons été invités à aucune de ces rencontres, nous vous écrivons pour vous expliquer pourquoi la Coalition nord‐ontarienne pour une université de langue française et PlanifSudbury ont choisi de soutenir la création d’une institution gérée par, pour et avec les francophones à l’Université de Sudbury plutôt que d’observer en silence l’anéantissement de la programmation en français à Laurentian University.

Votre décision d’éliminer 28 programmes de langue française le mois d’avril dernier a ravivé la pertinence d’un rêve chéri de longue date par de nombreux francophones, soit la création d’une université entièrement de langue française pour notre région. Avec son avènement, nous compléterons le continuum de l’éducation de langue française amorcé par la création des conseils scolaires et des collèges communautaires gérés entièrement par les francophones. Sous la gouverne d’une institution bilingue comme la vôtre, les francophones sont amenés souvent à payer le prix, et de manière discriminatoire, lorsque celle‐ci éprouve des difficultés financières ou autres, comme ce fut le cas cette année.

Personne ne conteste le rôle historique que l’ancienne Université Laurentienne a joué au sein de la communauté francophone. On peut affirmer sans gêne que l’Ontario français moderne y est né au cours des années 1970 sous l’influence de professeurs tels que Robert Dickson et Fernand Dorais, une tradition poursuivie par les Johanne Melançon et Julie Boissonneault, parmi d’autres, qui les ont suivis.

Aujourd’hui, en 2021, cette relation de confiance, souvent mise à mal au fil des ans, a disparu. Votre décision d’abolir 28 programmes de langue française a appauvri la communauté francophone. Nous avons perdu des professeurs qui collaboraient avec de nombreux organismes francophones à l’atteinte de leurs objectifs et qui assistaient aux activités artistiques et communautaires locales. Nous avons perdu des étudiantes et des étudiants qui trouvaient des emplois chez nous pendant et après leurs études. Nous avons perdu une partie de la vitalité qui nous caractérise. Vous avez hypothéqué, dans une certaine mesure, notre avenir. C’est pourquoi ne nous faisons plus confiance à Laurentian University ni à votre leadership.

Cette tournée que vous entreprenez maintenant auprès de la francophonie, vous auriez dû y songer avant d’agir en avril. Vous auriez trouvé des gens et des organismes prêts à travailler en votre compagnie à la sauvegarde des programmes. Vous avez choisi plutôt d’agir dans l’ombre et de mettre la communauté devant le fait accompli. Une autre raison pour laquelle nous ne pouvons pas vous appuyer.

Si la communauté francophone vous tient véritablement à coeur, vous accepterez de négocier le transfert de tous les programmes de langue française de Laurentian University à l’Université de Sudbury dans les plus brefs délais. Vous soutiendrez aussi la création éventuelle d’une université gérée par, pour et avec les peuples autochtones. Nous soutiendrons ce qui a toujours été plus ou moins la véritable mission de Laurentian University, soit d’être au service de la majorité anglophone.

Votre rôle de recteur de Laurentian University est entaché par vos décisions dévastatrices d’opter pour la LACC le 1er février dernier et de toutes celles qui suivront au mois d’avril 2021. Vous avez encore la chance de vous en tirer à bon compte en appuyant le projet de l’Université de Sudbury pour le mieux‐être de la communauté francophone. Recevez, Monsieur, nos meilleures salutations.

Le porte‐parole de la Coalition,
Denis Constantineau

La porte‐parole de PlanifSudbury,
Lyse Lamothe