L’Ontario français bien représenté au Festival acadien de la poésie

Paul-François Sylvestre
Paul-François Sylvestre
Initiative de journalisme local - APF
Dont deux poètes originaires du Nord : Daniel Groleau-Landry et Véronique Sylvain

Cinq poètes de l’Ontario français participent cette année au Festival acadien de la poésie. Ils prêtent leurs voix pour illustrer comment la poésie peut avoir une emprise sur le quotidien et sur le public.

Selon le directeur artistique, Jonathan Roy, le Festival acadien de la poésie a à cœur le développement de la poésie en région; pas juste à Caraquet (N.-B.) où il se déroule, mais partout au Canada.

Il a donc invité les poètes ontariens Daniel Groleau-Landry, Andrée Lacelle, Michel Thérien, Véronique Sylvain et Éric Charlebois à sa 24e édition, qui se déroule du 1er au 31 octobre 2020, principalement en format virtuel.

Véronique Sylvain apprivoise son quotidien

Véronique Sylvain : «J’ai besoin d’écrire pour mieux apprivoiser et comprendre mon quotidien, celui des autres aussi.»

En 2020, une activité du Festival s’intitule «Au fil du courant». Véronique Sylvain a participé au premier volet de cette programmation, qui est placé sous le signe «Objets et quotidiens», le 2 octobre à 11 heures.

À partir de son recueil Premier quart (Prise de parole, 2019), elle a produit un vidéopoème de trois minutes et a choisi des objets du quotidien, notamment de son lieu d’origine, près de Kapuskasing.

«J’ai choisi des textes avec des objets tels qu’un poteau de métal, une pitoune (tronc d’arbre sur la drave), une maison mobile, des cordes à linge, des roches, un chapelet. Tous ont une résonnance dans le vécu des gens du Nord.»

Pour Véronique Sylvain, la poésie fait partie du quotidien depuis un certain temps. Elle note des idées, des débuts ou fins de textes poétiques dans son téléphone ou sur des bouts de papier. «J’ai besoin d’écrire pour mieux apprivoiser et comprendre mon quotidien, celui des autres aussi.»

Andrée Lacelle n’est plus seule

Andrée Lacelle : «Résolument, le poème fait face à des espaces sans limites ; il ose franchir tant de murs en soi et en l’autre.»

Première récipiendaire du Prix littéraire Trillium de langue française (1995), Andrée Lacelle a été la première poète officielle de langue française de la Ville d’Ottawa (2017-2019). Elle a illustré comment la poésie peut faire partie de la résilience-résistance des Franco-Ontariens en dirigeant le collectif de poètes qui ont pris la parole pour dénoncer le recul du gouvernement Ford en matière de protection des droits des acquis francophones en 2018 (Poèmes de la résistance, Prise de parole, 2019).

Pour Andrée Lacelle, «la poésie est avant tout un dire; les vers disent le savoir du cœur». La première fois qu’elle a lu le poème Accompagnement de Saint-Denys Garneau, l’autrice originaire d’Hawkesbury et établie à Ottawa a eu l’impression d’entendre la voix du poète lui chuchoter ses vers. «J’ai alors éprouvé ce sentiment profond de recevoir ses mots et je n’étais plus seule.»

Lors du Festival acadien de la poésie, Andrée Lacelle participera au deuxième volet «Au fil du courant», placé cette fois sous le signe «Gestes et mouvements», le 17 octobre à 11 h. Elle affirmera que «le poème fait résolument face à des espaces sans limites; il ose franchir tant de murs en soi et en l’autre. Le poème est lumière et profondeur à partager.»

Éric Charlebois est un ambassadeur

Éric Charlebois : «Être ambassadeur dans l’espace public, c’est permettre à notre culture de se déployer et d’accueillir celle de l’autre.»

Le Festival propose des «Entretiens à distance» et le poète franco-ontarien Éric Charlebois sera l’invité qui s’entretiendra avec le poète acadien Gabriel Robichaud le 27 octobre à 19 h, sous le thème «S’apparenter». Cette rencontre virtuelle de soixante minutes mettra en face à face ces deux ambassadeurs de leur culture et de leur poésie propre.

Éric Charlebois a publié plus de dix recueils et a remporté deux fois le Prix Trillium de poésie. L’évènement auquel il participe ici est pour lui une occasion superbe de créer un espace au-delà du chez-soi de chacun des deux poètes. «Le carrefour même de la rencontre deviendra un espace de double osmose.»

Pour lui, être ambassadeur dans l’espace public, «c’est reconnaitre que cet espace s’avère l’intime infini, selon les spectateurs qui nous ouvriront des cocons inconnus. C’est permettre à notre culture respective de se déployer et accueillir la culture de l’autre.»

En bref, la poésie a le pouvoir d’apprivoiser l’autre (Sylvain), de briser la solitude (Lacelle) et de créer une osmose interculturelle (Charlebois).