Une vue aérienne de l'Ile-aux-Chênes
Une vue aérienne de l'Ile-aux-Chênes

L'Île-aux-Chênes vivra dans la Place des Arts

La voix du Nord
La voix du Nord
Le Voyageur
Du bois de l’ile pour transplanter quelques souvenirs 

Le propriétaire de l’Île-aux-Chênes, Georges Pharand, a généreusement donné des planches venant des pins de l’ile à la Place des Arts. Un groupe d’employées et de bénévoles de la Place des Arts ont fait le trajet jusqu’à l’ile la semaine dernière pour aller les récupérer.

Ces planches ont été produites à partir de grands pins qui se trouvaient sur l’ile et qui ont été déracinés par des microrafales en 2006. Georges Pharand a travaillé pendant plusieurs années à nettoyer l’ile et à transformer les pins, allant même jusqu’à installer un moulin à scie temporaire sur l’ile et un four pour faire sécher le bois.

Georges Pharand, Sophia Bagaoui-Fradette, Stéphane Gauthier, président de la Place des Arts, et Normand Renaud.

«Selon Georges, comme ces pins déracinés étaient de taille impressionnante, ces arbres ont de l’âge et ces planches ont certainement été témoin des joies estivales des jeunes participants des mémorables camps d’été culturels et artistiques du Centre des jeunes à partir des années 1950», peut-on lire dans le courriel de la Place des Arts.

L’Île-aux-Chênes a accueilli les camps d’été du Centre des jeunes et du Carrefour francophone des années 1950 à 1980. Georges Pharand a acheté l’ile en 2004; il avait participé aux camps dans sa jeunesse.

En 2016, Georges Pharand est parvenu à faire changer le nom officiel de l’ile à celui qui était utilisé par des décennies par les francophones. Vous pouvez redécouvrir cette histoire ci-dessous avec le texte que Le Voyageur avait publié à l’époque.

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La préservation d’un nom, d’une identité et de souvenirs

Texte d'archives de Priscilla Pilon

L’Île-aux-Chênes, situé sur le lac Nipissing à 4 km de Lavigne, a retrouvé officiellement son nom francophone la semaine dernière. En novembre 2015, Georges Pharand, actuel propriétaire de l’ile, a déposé une demande à la Commission de Toponymie de l’Ontario (CTO) afin de changer le nom de l’ile qui portait étrangement d’autres noms anglophones, dont West Hardwood Island, Sheep Island et Oak Island.

L’Île-aux-Chênes est un endroit où ont eu lieu des camps de vacances inoubliables, selon ses participants, entre 1950 et le début des années 1980. «J’ai connu des gens qui sont encore des amis, qui venaient du Sud de l’Ontario pour venir à un camp d’été en français. Des gens de Toronto, de Windsor et de Penetanguishene. L’Île-aux-Chênes était LE camp d’été à cette époque-là», se remémore un ancien campeur, Pierre Riopel.

Les camps d’été étaient une initiative du Centre des Jeunes de Sudbury (aujourd’hui le Carrefour francophone), qui était propriétaire de l’ile à l’époque. Elle a été vendue dans les années 80 et resta plus ou moins abandonnée jusqu’à ce que M. Pharand en prenne possession en 2004. À ce moment-là, la plupart des bâtiments s’étaient écroulés. Il a construit une maison où il habite pendant la plus grande partie de l’été.

Un an pour un nom jamais oublié

Gérée par le ministère des Ressources naturelles de l’Ontario, la CTO a des critères très précis à l’égard de ce type de changements. «Une de ces circonstances est l’usage d’un nom courant, si on peut démontrer qu’un certain nom est utilisé par la communauté et pour plusieurs années. C’était justement le cas pour l’Île-aux-Chênes, connue uniquement sous ce nom par la communauté francophone, plutôt que par son nom officiel qui, jusqu’à la fin octobre, était West Hardwood Island», explique M. Pharand.

Un processus de consultation a été lancé et c’est près d’un an plus tard que les changements se sont concrétisés. «Le processus a été beaucoup plus long que je pensais, mais l’appui que l’on a reçu de la communauté a été excellent. L’appui de Marc Serré et Madeleine Meilleur, par exemple, a été très apprécié, mais l’opinion des gens qui se souvenaient de l’ile était aussi importante», dit-il.

Le propriétaire, qui a lui-même participé et travaillé aux camps d’été, a instigué la demande de changement au nom de la communauté.

Bons souvenirs de campeurs

M. Pharand a fréquenté l’ile comme campeur à partir de 1970 et a été moniteur jusqu’en 1979. À cette époque, le père Albert Regimbal, un jésuite, dirigeait ces camps en plein air et sœur Monique Cousineau lui était d’une grande aide.

Pour 60 $ (comparé à 1970, ceci représente 380 $ aujourd’hui), les enfants passaient 10 jours à faire du théâtre, de l’improvisation, des arts plastiques, de la danse, de la musique, de la natation, des sports, des feux de camp, des piqueniques et des excursions en forêt.

Une salle de classe en plein air, les enfants ne se sentent pas à l’école!
<em>Le Voyageur</em> a consacré une page aux camps d’été de l’Île-aux-Chênes en aout 1970.

«C’était un lieu magique parce qu’on avait plein d’ateliers et des activités. On allait à la messe et je me souviens de certains de ses sermons. Le fait que c’était sur une ile, ça aussi pour un enfant de 9-10 ans c’était comme magique. On envoyait des cartes postales à nos parents, mais on arrivait à la maison avant elles», se rappelle Pierre Riopel.

Une animatrice du camp, Nicole Beauchamp, garde également de bons souvenirs de son passage au camp d’été. «C’était extraordinaire, ça a changé ma vie, ç’a été tellement formateur. C’était mon premier vrai emploi. Je vivais avec les campeurs et j’apprenais la vie avec les autres animatrices».

Elle avait une douzaine de jeunes à sa charge et ils pouvaient être jusqu’à 20 animateurs. Certains d’entre eux s’occupaient des enfants tandis que les autres avaient plutôt un rôle de professeur ou de formateur dans les différents types d’ateliers.

La chapelle qu’on appelait Au Sommet de l’Harmonie (1978)
Le kiosque Felix-Leclerc (1978)

«On s’occupait des enfants du matin au soir. La cabine des animatrices était au milieu avec des fenêtres de chaque coté et on pouvoir voir dans les dortoirs des enfants», illustre Mme Beauchamp. M. Riopel a d’ailleurs été un de ses campeurs.

Un autre aspect de la bataille identitaire

Ce n’est pas la première fois qu’un nom d’endroit soit officiellement représenté d’une autre façon. Le passage d’unilingues anglophones vient souvent supplanter les noms francophones.

«Ce n’est pas la première fois que l’on ne met pas l’accent au bon endroit... ou carrément changer de nom, par exemple Orléans (Orleans), Noëlville (Noelville)», relève M. Riopel. «Si l’on ne fait pas les démarches pour corriger les erreurs, les noms vont changer. Il ne faut pas oublier. La toponymie c’est aussi le pays qu’on occupe. Pour moi, c’est excessivement important», confie-t-il.

C’est d’ailleurs la raison même de l’intervention de M. Pharand : «J’ai entrepris ces démarches pour que son vrai nom soit reconnu officiellement et pour célébrer l’importance de l’ile pour le patrimoine franco-ontarien», justifie-t-il.