Des membres de l’équipe de direction de l’IFO lors du déménagement.
Des membres de l’équipe de direction de l’IFO lors du déménagement.

L’IFO déménage

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
L’Institut franco-ontarien a quitté son local de l’Université Laurentienne et s’est installé à l’Université de Sudbury.

L’Institut franco-ontarien (IFO) a quitté son local de l’Université Laurentienne et s’est installé à l’Université de Sudbury. Le centre d’étude sur la francophonie ontarienne et canadienne ne considère pas pouvoir poursuivre son travail dans l’enceinte d’une université qui pose toutes les actions pour devenir unilingue anglophone.

La décision est en partie financière, mais surtout idéologique. «On ne peut plus réaliser notre mandat dans la Laurentienne. Animer quelle science?», lance le directeur de l’IFO, Serge Miville. «Il va se faire moins de recherche en français à la Laurentienne qu’il ne s’en fait dans le département d’études françaises de l’Université de Guelph!»

Le déménagement à l’Université de Sudbury est plus qu’un changement de lieu physique. L’idée est de reconstruire le centre de recherche sur la francophonie à l’intérieur d’une université francophone qui partage les mêmes aspirations.  

«On est déçu parce que ça fait 45 ans qu’on évolue dans la Laurentienne, mais on ne va pas pleurer», dit Serge Miville.

Le directeur et le reste du directoire de l’IFO considèrent que la Laurentienne a changé son mandat afin de devenir une université régionale de langue anglaise. Ils n’ont rien contre cette décision — que Serge Miville qualifie de «légitime» —, mais la mission de l’IFO ne peut être réalisée en association avec une université de langue anglaise.

«C’est tout à fait correct qu’elle ait ces ambitions, on n’a pas à être offusqué de ça. On peut être en désaccord. La [Loi sur les arrangements avec les créanciers de compagnies] je trouve que c’est une mauvaise procédure. C’est profondément antiuniversitaire, anticollégial et très peu transparent. C’est une décision qu’ils ont prise et il y a des conséquences aux décisions.»

Même si l’Université Laurentienne continue de clamer son engagement envers les francophones, la légitimité de le revendiquer n’existe plus pour le directeur. La suppression de 48 % des programmes en français est un argument suffisant pour lui.

«Si, selon le contexte, on dit “d’accord, vous avez pris votre décision, nous on s’en va dans une autre institution, vous n’avez plus la légitimité de nous représenter”, comment l’Université Laurentienne compte-t-elle dire non à cette communauté-là? Tu ne peux pas avoir le beurre et l’argent du beurre», affirme Serge Miville.

Aucune trace de l’argent

L’IFO fait partie des nombreux organismes ou groupes qui n’ont pas eu de nouvelles de l’argent qu’il a confié à l’Université Laurentienne. Argent dans ce cas-ci qui appartenait à l’IFO, et non à la Laurentienne. 

Serge Miville indique que l’IFO avait environ 15 000 $ à son nom dans les budgets de la Laurentienne. Pour l’instant, le compte est vide. «On m’a dit que l’intention de la Laurentienne c’est de vendre suffisamment d’actifs pour être capable de renflouer les coffres. À quel niveau? On ne le sait pas.»

L’argent pour les trois bourses d’études supérieures offertes par l’IFO semble également être disparu. 

Une lettre a été envoyée au recteur de l’Université Laurentienne, Robert Haché Ph. D, pour demander plus d’information sur les fonds de l’IFO, pour le prévenir du déménagement et pour l’inviter à la négociation de la dissolution du entre la Laurentienne et l’Institut. Pas de nouvelle pour l’instant.

Vision d’espoir

Pour Serge Miville, le déménagement est un geste d’espoir qui sera positif à long terme. «Ultimement, ce qui va ressortir de ce processus-là, ça va être au moins deux institutions [UdeS et IFO] fortes qui vont être capables de collaborer et ça va émanciper la communauté francophone. Ça va lui donner les pleins outils pour son développement.»

Le simple fait d’arrêter de se battre pour conserver ses acquis dégagera beaucoup de temps pour les professeurs et chercheurs franco-ontariens, croit-il. «Ça, ça va relâcher une énergie créative comme on n’a jamais vu à Sudbury. On pense que les années 1970 étaient quelque chose, attends de voir quand t’as ta propre institution universitaire...»

La recherche, l’accueil des immigrants francophones, l’économie, les arts et la culture ne sont que quelques-uns des domaines qui profiteront de la présence d’une université entièrement francophone, avance Serge Miville.

L’IFO a été créée en 1976 par six professeurs de l’Université Laurentienne qui désirait mieux connaitre la population franco-ontarienne, documenter et diffuser les données recueillies. Ces six professeurs étaient Donald Dennie (Sociologie), Gaétan Gervais (Histoire), Benoît Cazabon (Études françaises), Louis-Gabriel Bordeleau (Sciences de l’éducation), Gilles Comtois (Sciences de l’éducation) et Roger Breton (Sciences politiques). Le professeur Lucien Michaud a aussi fait partie du premier conseil de direction de l’IFO.

Des membres de l’équipe de direction de l’IFO lors du déménagement.