Priscilla Mbemba, agente de liaison culturelle
Priscilla Mbemba, agente de liaison culturelle

La culture est une facette importante de l’intégration

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
Être intégré dans une communauté signifie en faire partie, participer à ses activités, participer à sa vie et son effervescence. Cela inclut l’économie, mais aussi la culture; toute aussi importante pour la santé mentale. Or, les guides pour la vie culturelle des petites communautés sont plus difficiles à trouver.

Priscilla Mbemba a été engagée en septembre pour créer le lien entre les nouveaux arrivants et les organismes culturels francophones du Grand Sudbury. Son rôle d’agente de liaison culturel est rattaché au projet pilote Communauté francophone accueillante du Grand Sudbury.

Elle s’est rapidement rendu compte que la tâche qui l’attendait était essentielle. «Il y avait des plaintes des deux côtés. Il y avait les nouveaux arrivants qui ne se sentaient pas intégrés et impliqués dans la ville et il y avait les organismes culturels et artistiques qui ne comprenaient pas pourquoi les nouveaux arrivants ne s’impliquaient pas et ne s’intéressaient pas forcément à la diversité culturelle.»

Au fil des conversations avec les deux côtés, elle s’est aperçue qu’il n’y avait pas de manque d’intérêt des deux côtés, seulement des problèmes de connexion et de communication. Les organismes n’avaient pas d’outils ou de personne ressource pour rejoindre les nouveaux arrivants et ces derniers ne savaient pas où trouver l’information.

L’un des effets pervers de ce manque de contact est que les immigrants ne se reconnaissaient pas dans ce qui était présenté. Alors que les immigrants ont souvent peur de déranger, elle a constaté que les organismes culturels de Sudbury sont très ouverts à les accueillir et à s’adapter.

L’agente s’est fait dire à quelques reprises par les organismes culturels : «Tu es la personne qu’on attendait!»

Et justement, pour faire connaitre les membres du Regroupement des organismes culturels de Sudbury aux nouveaux arrivants, Priscilla Mbemba prépare des entrevues avec leur représentant qui seront diffusées sur Facebook en mars et en avril.

Francophonie en transformation

Priscilla Mbemba croit que la francophonie du Grand Sudbury — et du Nord de l’Ontario — est au début d’une transformation. Il faut mettre les outils en place pour qu’elle s’adapte. «Depuis 5 ans, il y a une grande arrivée d’Africains, donc c’est nouveau. [Les organismes] n’étaient pas habitués», plaide-t-elle.

Et ce sera important pour que ces nouveaux arrivants se sentent aussi chez eux. «Nous sommes aussi des Franco-Ontariens en fait, lance-t-elle, des Franco-Ontariens d’ici et d’ailleurs.» Une toute petite touche des cultures venues d’ailleurs peut faire toute la différence pour qu’ils apprécient un évènement ou un spectacle.

Pour y arriver, les communautés d’accueil doivent leur faire une place, mais les nouveaux arrivants doivent aussi s’engager. Mme Mbemba plaide pour un mélange des cultures. Ne pas oublier d’où on vient, mais d’inclure des morceaux du nouvel univers qui nous entoure.

«C’est important pour l’avancement. Moi, je sais que le fait que je sois impliquée comme ça et que je me suis vite appropriée la culture canadienne, bien j’avance vite dans ma vie professionnelle.»

«C’est aussi important pour la santé mentale, ajoute-t-elle. Ils quittent un pays, ils laissent des parents, ils laissent des enfants», ce qui peut créer un sentiment d’isolement. Avoir des activités, se faire des amis devient alors leur planche de salut.

Elle donne elle-même l’exemple, puisqu’elle a été élue au conseil d’administration des Concerts de la Nuit sur l’étang la semaine dernière.

Voyage solitaire

Priscilla Mbemba est au Canada depuis le 31 janvier. Elle est venue dans l’espoir de trouver de meilleures conditions de vie pour sa famille que ce qu’ils ont en France, où leurs emplois leur permettaient simplement de survivre. Elle était par contre inquiète de ne pas pouvoir y arriver s’ils étaient six à devoir s’adapter en même temps, alors elle est venue seule.

Lors de son départ, elle était «partagée entre la joie d’une nouvelle vie, enfin, et la tristesse de laisser mon mari et mes [quatre] enfants. Ça a été très difficile».

Elle espérait au départ que sa famille pourrait venir la rejoindre au cours de l’été. La difficulté de se trouver un bon emploi et la COVID ont vraiment tout bouleversé.

En arrivant à Ottawa, trois obstacles : pas de vêtements appropriés pour l’hiver, l’emploi qu’elle avait obtenu était seulement sur appel — ce qui n’avait pas été communiqué clairement — et elle ne connait pas la langue anglaise.

Elle a cherché un meilleur emploi, mais a souvent été refusée parce qu’elle «n’avait pas l’expérience canadienne». On lui a aussi conseillé de recommencer à zéro et elle l’a considéré. «J’ai été à deux doigts à un moment de rentrer», mais elle a décidé de rester concentrée sur son objectif. «On est dans un pays où l’impossible devient possible, alors tente ta chance.»

Finalement, son arrivée à Sudbury et son intégration, facilitée par l’appui de ses nouveaux collègues de travail, sont les bouffées d’air frais dont elle avait besoin.

«Pour rien au monde je ne quitterais Sudbury. Je suis très bien ici. Je vais contribuer à faire de Sudbury une ville où on y reste.» Elle essaie même de faire venir une amie qui a un permis de travail et est impatiente de voir arriver sa propre famille.

L’esprit de communauté est, d’après elle, un des grands avantages de Sudbury comme ville d’accueil. «Le fait que ce soit une petite ville et qu’on peut vite s’intégrer, faire beaucoup de choses. Les opportunités peuvent arriver très vite.»

Ce qui manque : des logements transitoires. Si les nouveaux arrivants avaient des logements réservés qu’ils peuvent occuper quelques mois, le temps qu’ils stabilisent leur situation et apprennent à vivre au Canada, elle croit que ce serait d’une grande aide. Les employeurs doivent aussi donner un peu plus de chance aux minorités visibles.

Même si elle est à Sudbury depuis seulement quelques mois, Priscilla Mbemba a été victime de propos racistes. Dans l’immeuble où elle habite, une personne a utilisé le mot «monkey» (singe) pour lui dire de ne pas lui parler. Comme quoi un seul mot suffit pour blesser.