Les manifestants posent devant le pavillon du parc Riverside à la fin de leur marche.
Les manifestants posent devant le pavillon du parc Riverside à la fin de leur marche.

Kapuskasing se mobilise contre la brutalité policière et le racisme

Chris St-Pierre
Chris St-Pierre
Initiative de journalisme local - APF
Comment affronter le problème dans le Nord?

Une cinquantaine de personnes se sont réunies devant le Centre d’accueil de Kapuskasing le samedi 13 juin afin de participer à une manifestation dénonçant la brutalité policière envers les Noirs et les Autochtones du Canada. La marche réunissait des gens de tous âges pour appuyer le mouvement antiraciste qui a présentement cours dans le monde. Malgré la nature isolée de la communauté, le problème du racisme est très présent pour certains résidents.

Le concept de «racisme systémique» est loin d’échapper aux trois organisatrices de la marche, Brielle Deschamps, Crystal Dostie et Amanda Lalonde. Satisfaite de l’appui démontré par les citoyens envers le mouvement Black Lives Matter et contre la discrimination envers les minorités, cette dernière espère que le message sera bien entendu.

«Je ne m’attendais pas à la foule que nous avons eue, admet Amanda Lalonde. J’espère que les gens racistes ou qui ont des tendances discriminatoires ont eu la chance de changer leur perspective et d’apprendre que la couleur de notre peau ne nous définit pas. Ce n’est pas juste une manifestation pour Black Lives Matter; c’est aussi pour les Autochtones qui vivent ce problème. On veut que le racisme devienne chose du passé.»

Le député provincial de Mushkegowuk-Baie James, Guy Bourgoin, a soulevé le même point, ajoutant qu’il faudra de grandes réformes à tous les niveaux pour mettre fin au racisme systémique.

Avant d’entamer une marche de plus d’une heure autour de Kapuskasing, les manifestants ont observé 8 minutes et 46 secondes de silence en la mémoire de George Floyd et des personnes issues d’une minorité qui sont décédées à cause de la brutalité policière.

Tolérance zéro pour la famille Grant

Natacha Lauzon-Grant était accompagnée de ses deux enfants, adoptés et originaires de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, dans les Caraïbes, lors de la manifestation pour dénoncer les injustices envers la communauté noire.

Natacha Lauzon-Grant (centre) avec ses enfants Naza (gauche) et Anson (droite).

Le frère ainé du duo, Anson, veut éduquer le public et faire comprendre que les comportements racistes ne devraient pas être tolérés. «On veut montrer au monde qu’on ne va pas tolérer ça, proclame-t-il. Ce n’est pas correct. N’importe quelle personne, n’importe quelle ethnie, ça n’a pas rapport. On est tous humains.»

Sa mère Natacha a longtemps été questionnée sur son choix d’adopter des enfants d’une autre couleur de peau. «On voulait des enfants et ça finissait là, raconte-t-elle. Il y a beaucoup de gens qui nous ont demandé pourquoi on voulait des enfants noirs. Ma réponse était : pourquoi pas? Ça ne change rien.»

Pour la suite de leur cheminement, Natacha reconnait que les défis ne feront que se multiplier pour ses enfants une fois qu’ils partiront à l’université ou au collège. «Ils vivent une vie isolée à Kapuskasing. Les situations racistes auxquelles font face Naza et Anson [en ce moment], c’est souvent en dehors [de la région] et souvent dans le sport. Là, ils vieillissent et ils se préparent pour le postsecondaire. Ça me fait peur parce que, quand est-ce que le garçon de six ans devient dangereux?»

Les immigrants aussi affectés

Endi Kodila, un immigrant natif de la République du Congo, se sent bien accueilli dans le Nord de l’Ontario et apprécie le fait que Kapuskasing ait contribué au mouvement Black Lives Matter.

À son arrivée au pays, il dit cependant avoir vécu du racisme «indirectement» en raison des tendances systémiques de la chose. Il observe que la situation a heureusement changé au fil des ans, puisque plusieurs immigrants ont fait leur place dans la communauté et que la ville a développé de bonnes habitudes.

«Ces gens venus de l’extérieur sont maintenant sur le marché du travail, participent aux activités communautaires et participent aux activités culturelles, analyse M. Kodila. Au début, il fallait s’ouvrir ou montrer notre culture aux autres. À l’Université de Hearst, des galas étaient organisés pour faire découvrir nos chants, notre nourriture, nos habits et notre culture. Ce sont des choses comme ça qui ont fait en sorte que le pont s’est créé entre nous et la communauté.»

Il espère qu’avec les avancements perçus dans les dernières années, sa région sera en mesure de reconnaitre tous les individus de façon égale, sans prendre en compte certains facteurs comme leur nom, leur couleur et leur origine.

Les manifestants sortent du Cercle à Kapuskasing.