Faire preuve de résistance pour faire sa place dans la communauté

Vivre en français à Parry Sound, est-ce vraiment possible? C’est la question que nous nous sommes posée au Voyageur pendant le débat à Parry Sound entourant l’ouverture de la première école de langue française de cette ville.

L’École élémentaire publique de la région de Parry Sound a été inaugurée le 3 septembre après plusieurs semaines d’incertitude provoquée par un refus du conseil municipal de consentir le rezonage temporaire d’une section du collège Canadore. La demande d’injonction du Conseil scolaire public du Nord-Est de l’Ontario sera acceptée par la cour divisionnaire de l’Ontario en invoquant le droit constitutionnel à l’éducation de langue française. La juge a reconnu l’urgence de la situation et que certains arguments du conseil municipal n’avaient rien à voir avec une demande de zonage.

La communauté franco-ontarienne de Parry Sound doit néanmoins relever un bon nombre de défis au quotidien lorsqu’il s’agit de maintenir sa langue. Les francophones et les francophiles ne représentent qu’à peine 5 % de la population de cette ville de 6 000 résidents. Conséquemment, le District de Parry Sound, à l’exception de Callander, n’est pas une région désignée sous la Loi sur les services en français de la province.

Le Voyageur a recueilli le témoignage d’une Franco-Ontarienne, Josée Venne, qui représente également la communauté au sein du conseil de l’école.

Comment vivez-vous votre francophonie à Parry Sound?

«Je dois dire que c’est vraiment difficile à Parry Sound. Ce n’est vraiment pas une communauté francophone ou bilingue et c’est vraiment difficile de communiquer en français au magasin, chez le médecin, des choses comme ça. Donc ce n’est vraiment pas quelque chose que je vis tous les jours, ma vie en français.»

«Avec mes amis, c’est sûr que la majorité d’eux comprennent le français. Donc, si jamais j’ai de la difficulté à m’exprimer en anglais, je peux dire le mot en français, ou peu importe, et ils vont me comprendre. Mais en termes de “hanging out” en français ou avoir des conversations en français, ce n’est vraiment pas présent ici à Parry Sound. Je sais qu’il y a des groupes pour apprendre le français et des choses comme ça, mais il n’y a pas nécessairement de rassemblements pour les francophones en ce moment dans la communauté.»

Avez-vous accès à des services gouvernementaux en français dans votre région?

«On a accès à des services gouvernementaux, oui, mais je n’ai jamais eu l’opportunité de les avoir en français. Je peux avoir les formulaires en français, mais pas les services.»

Comment avez-vous réagi lorsque le conseil municipal a refusé d’accorder le rezonage pour accommoder l’école de langue française de Parry Sound?

«Au début, c’est sûr que c’était un peu choquant. C’est un peu comme vous n’avez pas une place à Parry Sound. Je comprends un peu leurs hésitations d’avoir d’autres gens dans un collège, mais en même temps, c’était vraiment une journée difficile et une réponse difficile à accepter. Je me sentais comme si les francophones de Parry Sound se faisaient attaquer, qu’ils n’étaient pas les bienvenus dans la communauté, qu’ils n’y avaient pas leur place et que ce n’était pas important pour [les élus]. C’est sûr que ç’a été difficile. Maintenant que l’école est ouverte et qu’elle fait partie de la communauté, il y a beaucoup moins de discussions, de jasage contre les francophones, pour l’instant. Mais ç’a été vraiment difficile au début, mais on ne lâche pas. On prend notre place.»