Des finissants pas comme les autres

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
Ce qui se passe dans la tête des finissants cette semaine...

La cohorte de finissants du secondaire 2019-2020 en Ontario a vécu une fin d’année extrêmement différente de celle de ses prédécesseurs. Non seulement ont-ils dû terminer leur année scolaire à la maison, mais les mesures de distanciation sociale encore en place leur interdisent de se rassembler avec leur famille et leurs amis pour célébrer. Pas de cérémonie de groupe pour la remise des diplômes et des prix, pas de bal de finissants. Comment vivent-ils cette situation sans précédent? Nous l’avons demandé à quelques-unes et quelques-uns.

France St-Martin
École secondaire Macdonald-Cartier de Sudbury

«Ça me fait sentir vraiment triste. Quand tu penses à ce moment où tu vas graduer, ça a l’air unreachable pendant tout ton secondaire. Là, que ça n’arrive pas pour vrai, c’est beaucoup de travail pour rien. C’est comme recevoir une médaille de participation!»

Christian Ricard
École secondaire catholique Thériault de Timmins

«Je pense que c’est normal parce que ce n’est pas possible de tenir une cérémonie traditionnelle, donc pour moi c’est comprenable. Mais je pense que c’est important d’offrir quand même une graduation aux élèves, que ce soit un style drive-in. Je pense que c’est quand même important de célébrer nos efforts, parce que je dois admettre que cette année, ça a été une année super bouleversante. Surtout avec la grève des enseignants et des enseignantes puis là la pandémie.»

Grace Raddon
École secondaire catholique Jeunesse-Nord de Blind River

«Je suis triste de manquer un évènement aussi important : ne pas pouvoir dire au revoir à mes amis et à mes professeurs, voir ma famille élargie ou porter une belle robe. Mais ce n’est pas la fin du monde — enfin, peut-être que si, mais j’ai quand même de l’espoir. L’avenir sera meilleur que le présent.»

Andréa Demers
École secondaire catholique l’Horizon de Val Caron (CSCNO)

«Ça me rend très triste. J’ai une sœur trois ans plus vieille que moi et j’ai été à sa graduation. C’était tellement amazing, tout le monde est ensemble, c’est le dernier rassemblement pour finaliser le secondaire. Ensuite, il y a moi. Justement, la semaine passée, [ma sœur] disait : “OMG, trois ans passés c’était ma prom et ma journée de graduation” et j’ai juste commencé à pleurer, j’étais tellement triste. Parce que moi je suis une personne qui est très impliquée au sein de mon école, donc d’avoir quelque chose seulement via internet sur mon ordi, je dirais que ça ne rend pas justice. Mais j’ai besoin de penser que tout le monde est dans le même bateau que nous.»

Danika Carrière
École secondaire du Sacré-Cœur de Sudbury (CSCNO)

Et nous voici, chers finissants et finissantes de la classe 2020. Ça fait 14 années que nous travaillons académiquement pour y arriver, mais nous y sommes. Nous savions que ce n’était pas pour être facile, mais personne n’aurait pu nous dire les défis que la classe de 2020 allait vivre.

Je me souviens, quand j’étais jeune, d’avoir été tellement excité pour notre graduation. En ce temps-là, je croyais que le chiffre doublé du 20 était un numéro très chic et je me considérais chanceuse d’être née en 2002, que j’allais avoir la meilleure année de graduation de toutes! Cette année, je crois que nous avons tous appris que ce n’était pas aussi chic qu’on l’avait pensé...

Pour débuter, la recherche d’emplois d’été était hors normes, pour le moins qu’on puisse dire, puisque la pandémie était à son pire au moment où la plupart des emplois d’été pour étudiants s’organisent. Pour ajouter à ceci, comme plusieurs d’entre nous ne vont maintenant pas avoir des emplois d’été, il y a des gens qui supposent que tous peuvent recevoir la compensation gouvernementale, ce qui n’est pas aussi facile que l’on pourrait croire.

Les bals dont nous rêvons depuis l’enfance sont maintenant annulés. Ceci cause surtout de la peine. De plus, les habits de bal doivent être achetés dès janvier pour arriver à Sudbury à temps pour l’été. Autrement dit, notre ville a maintenant une abondance d’habits de finissant payés des mois à l’avance. L’utilité de ces habits fait que c’est presque impossible de penser à un autre évènement où l’on pourrait les porter. Alors ils resteront dans notre garde-robe, tout nouveau, probablement pour toujours.

Pour ajouter à cela, nous n’aurons pas la chance de marcher vers l’estrade, de porter notre toge avec nos amis, de prendre des photos de groupe, ou de célébrer nos accomplissements ensemble, en personne.

L’incertitude coule vers notre aventure collégiale aussi. Il se peut que nous manquions les journées d’orientation et l’expérience collégiale pour le premier semestre, ce qui augmente la peine et les inquiétudes des jeunes finissants.

L’opinion des jeunes ne se fait pas souvent entendre, alors comme j’ai la chance en ce moment, j’essaie d’exprimer l’opinion de mes pairs aussi. Je connais plusieurs jeunes qui ont trouvé de l’espoir lorsque notre gouvernement a dit qu’on pourrait célébrer en personne plus tard, mais ils l’ont perdu lorsque nos écoles nous ont dit que ce n’était probablement pas pour arriver. Nous, les élèves, sommes reconnaissants pour les graduations virtuelles, mais aimerions aussi entendre de nos écoles «quand le temps se présentera, nous pourrions nous rassembler en personne». Nous savons que ça ne serait pas pareil, mais c’est l’idée qui compte.

Cela étant dit, j’aimerais remercier le personnel de toutes les écoles de la région qui a aidé à organiser des évènements virtuels. Merci de faire le mieux que vous pouvez dans une situation pour laquelle personne n’était équipé. Je suis certaine que vos idées créatives et vos longues heures de travail porteront leurs fruits en créant des souvenirs pour les familles affectées.