Quelques organismes canadiens collaborent présentement dans le but de connecter les ainés et de briser leur isolement, un grand défi à relever en contexte de pandémie, alors que les besoins se font plus pressants.
Quelques organismes canadiens collaborent présentement dans le but de connecter les ainés et de briser leur isolement, un grand défi à relever en contexte de pandémie, alors que les besoins se font plus pressants.

Des ainés bien connectés et moins isolés

Geneviève Bousquet
Geneviève Bousquet
Francopresse
Quelques organismes canadiens collaborent présentement dans le but de connecter les ainés et de briser leur isolement, un grand défi à relever en contexte de pandémie, alors que les besoins se font plus pressants.

Sans possibilité de recevoir la visite de leur famille, plusieurs ainés se sentent seuls et coupés du monde. La technologie peut leur venir en aide et les personnes âgées s’en servent bien plus qu’on pourrait le croire, mais encore faut-il avoir accès à un réseau internet efficace et aux appareils numériques.

Des organismes canadiens comme la Fédération des ainées et ainés francophones du Canada (FAAFC) ont constaté depuis longtemps l’importance de développer des outils pour permettre aux ainés d’être plus socialement actifs en utilisant la technologie.

Le directeur général de la FAAFC, Jean-Luc Racine, travaille au développement du programme ConnectAînés depuis environ un an et demi.

La Fédération a lancé le projet au début de la pandémie. M. Racine croit que le lancement est arrivé juste à point, alors que les gens avaient besoin de garder le contact.

«Essentiellement, on visait les personnes âgées qui sont en perte d’autonomie et/ou qui vivent de l’isolement, des gens qui n’ont pas la chance de sortir pour toutes sortes de raisons. On voulait les rejoindre pour leur offrir des activités», précise Jean-Luc Racine.

Le programme est maintenant disponible dans huit provinces et au Yukon.

Luc Racine, directeur général de la FAAFC, travaille au développement du programme ConnectAînés depuis environ un an et demi.

Rejoindre une clientèle isolée, tout un défi

Selon le coordonnateur pour Ottawa et l’Est de la Fédération des ainés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO), Claude Sauvé, «le gros défi, c’est de rejoindre les gens et de les intéresser à utiliser cette technologie pour […] essayer de [leur] donner l’opportunité de continuer à échanger et faire partie d’une communauté».

Pour janvier 2021, son équipe souhaite peaufiner sa stratégie de communication afin de rejoindre plus de gens et faire connaitre les activités proposées. Ils ont compté jusqu’à présent sur le bouche-à-oreille, mais cela ne semble pas suffisant pour rejoindre autant de gens que le souhaite la FARFO.

Claude Sauvé ajoute que l’apprentissage de la manipulation de la technologie est aussi un défi, surtout pour les gens âgés de 70 ans et plus qui n’ont pas beaucoup eu la chance d’utiliser la technologie dans leur vie professionnelle.

Le directeur de la FAAFC, Jean-Luc Racine, est du même avis : «La clientèle des plus jeunes retraités est plus en ligne, mais la clientèle plus âgée n’a malheureusement pas toujours accès à internet. Et naturellement, de nos jours, sans internet, on est coupé un peu du monde!»

Les ainés n’ont pas peur de la technologie

«[Nos] résultats démentent la croyance selon laquelle les personnes âgées sont technophobes», constate le codirecteur scientifique d’AGE-WELL, Andrew Sixsmith, un réseau de recherche pancanadien axé sur les technologies et le vieillissement, dans un communiqué sur l’augmentation de l’utilisation des technologies chez les ainés canadiens en temps de pandémie.

Un sondage réalisé en juillet par la firme Environics Research pour le réseau AGE-WELL révèle que 65 % des Canadiens âgés de 65 ans et plus possèdent maintenant un téléphone intelligent, contre 58 % en 2019. De plus, 88 % d’entre eux s’en servent tous les jours.

Cette année, 23 % des Canadiens âgés de 65 ans et plus ont utilisé leur appareil intelligent pour faire des appels vidéos. Une proportion deux fois plus élevée qu’en 2019 selon le sondage Environics, qui suggère aussi que 76 % des Canadiens de 65 ans et plus sont à l’aise avec la technologie actuelle.

Les ainés ne se servent toutefois pas uniquement de leur appareil électronique comme moyen de communication; le sondage révèle aussi que 13 % des Canadiens âgés de 65 ans et plus utilisent la technologie pour faire de l’exercice ou de l’activité physique.

Le même pourcentage d’ainés participe à des activités en ligne, comme des jeux ou des clubs de lecture. D’après le sondage, 50 % d’entre eux auraient intensifié leurs activités en ligne depuis le début de la pandémie.

Encore de l’internet à pédale

Claude Sauvé est d’avis que le principal obstacle à l’accès à la technologie chez les ainés est la connexion à internet. «Soit qu’elle est très couteuse ou pas suffisante pour faciliter le travail de façon virtuelle.»

Il constate que l’accès à internet en milieu rural demeure problématique dans plusieurs régions du pays. «Ça fait longtemps qu’on parle de connexion haute vitesse un peu partout, mais c’est loin d’être arrivé.»

Même son de cloche au niveau de la FAAFC. M. Racine constate que la qualité de l’internet laisse à désirer en région rurale. «Les gens en milieu rural veulent être branchés, mais souvent, ça peut être une source de frustration, surtout quand on va sur des programmes qui demandent une large bande passante. […] Quand on va sur la vidéo et qu’on vit des rencontres vidéos, ce n’est pas toujours évident.»

Battre le fer pendant qu’il est chaud

Malgré les défis, le directeur de la FAAFC est optimiste et estime qu’il s’agit d’un bon moment pour mettre en place divers programmes pour sa clientèle.

«Les ainés sont rendus là. Je pense que la pandémie a fait découvrir à plusieurs personnes ainées que la technologie peut être un bel outil; que dans le fond, on peut faire des rencontres avec internet, on peut participer à des activités», constate Jean-Luc Racine.

«De plus, ça rapproche les familles. […] Donc, les ainés découvrent que la technologie, ça peut être très intéressant et avantageux pour eux, ça peut vraiment les sortir de leur isolement», ajoute-t-il.

La FAAFC prépare le lancement d’une nouvelle plateforme en janvier. Le site Francsavoir.ca offrira une gamme de conférences et d’activités en ligne pour les francophones de 50 ans et plus.

«C’est une plateforme de partage, donc on va amener des groupes à présenter des produits qu’ils avaient souvent en présentiel et les amener sur cette plateforme pour les rendre accessibles à une clientèle beaucoup plus large», envisage avec espoir le directeur de la FAAFC.

Selon Claude Sauvé, coordonnateur pour Ottawa et l’Est de la Fédération des ainés et des retraités francophones de l’Ontario.