Décès d’une ardente francophone du Moulin à Fleur

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
Claire Pilon est décédée à Horizon Santé Nord le 16 décembre 2020 à l'âge de 68 ans.

Moins active au cours des dernières années, Claire Pilon a dans le passé été de plusieurs combats pour les francophones et les femmes et a été la première présidente du Conseil scolaire catholique du Nouvel-Ontario de 1998 à 2000. Elle a été la récipiendaire du Prix de la personnalité franco-ontarienne de l’année, remis par l’ACFO du grand Sudbury, en 2000. Elle adorait le quartier qui l’a vu naitre et où elle a passé sa vie : le Moulin à Fleur.

Le cœur au Moulin à Fleur

C’est dans ce quartier francophone de Sudbury qu’elle a acquis ses premiers faits d’armes. Sa biographie sur le site Les femmes de la route 11 souligne qu’elle a été la première femme qui a servi une messe et fait la lecture à la paroisse St-Jean-de-Brébeuf.

Elle y a également fondé un rare groupe de filles enfants de chœur vers le début des années 1970. C’est là que Lyse Lamothe, maintenant coordonnatrice en développement communautaire au Centre de santé communautaire, l’a connu. Claire s’est occupée de ce groupe pendant des années.

«Elle nous apportait en voyage, c’était comme être dans les scouts, avec une structure et des réunions et des pratiques», raconte Mme Lamothe. Claire faisait aussi partie des organisateurs et organisatrices des journées du Moulin à Fleur.

«Claire, c’est une pionnière dans le Moulin à Fleur, qui a fait battre ses ailes pour les francophones et pour les jeunes. Elle a toujours pris soin de nous autres, c’était comme une deuxième maman», ajoute Lyse Lamothe. Claire a été l’une des inspirations qui lui ont donné le gout de s’engager dans la communauté francophone.

Claire a fait partie des membres fondateurs de plusieurs organismes d’accueil des moins fortunés. Entre autres de Partir d’un bon pas pour un avenir meilleur dans le Moulin à Fleur. Un ancien collègue conseiller scolaire, Marcel Legault, se souvient que c’est grâce aux interventions de Claire Pilon que l’organisme est bilingue et non pas seulement anglophone.

Paul de la Riva a aussi grandi dans le Moulin à Fleur. Le directeur des communications et des relations externes au CSC Nouvelon se souvient de l’avoir vu chez lui, quand il avait environ 10 ans. Elle parlait de politique avec ses parents.

Elle avait même créé un journal pour le Moulin à Fleur, Le Dialogue. Un nom qu’elle a réutilisé pour sa page mensuelle sur le quartier dans Le Voyageur.

Elle a continué à aider ses amis et les gens du quartier dans la mesure que sa santé lui permettait. Un ami, Marcel Legault, raconte qu’il a joué le rôle du père Noël à quelques reprises pour des petites fêtes qu’elle organisait. «Elle rassemblait des amis et on se rencontrait dans son salon», raconte-t-il.

Claire Pilon a écrit deux éditions de son livre sur l’histoire du Moulin à Fleur. La première racontait de 1909 à 1979. La deuxième édition a été publiée en 2011 et ajoutait des évènements jusqu’à cette année-là. 

Francophones avant tout

Dans tous les organismes où elle s’est engagée, Claire y défendait avant tout la francophonie et le droit de s’exprimer, de travailler et d’enseigner en français.

C’est une des choses que retiendra le plus la députée provinciale de Nickel Belt, France Gélinas, qui a connu Claire Pilon dans les années 1980. Elles se sont retrouvées au Centre de santé communautaire du Grand Sudbury (CSCGS) au début des années 2000; Mme Gélinas à la direction générale et Mme Pilon au conseil d’administration.

France Gélinas se souvient très bien de la réaction de Claire Pilon lorsque le gouvernement ontarien a essayé de forcer le CSCGS à offrir des services bilingues. «Pour Claire, offrir des services bilingues, c’était des pas par en arrière et on n’accepterait jamais ça.»

Une des dernières fois où elles se sont rencontrées, c’était il y a environ 3 ans, dans une chambre d’hôpital, où Claire a passé quelques mois. Elle avait demandé l’aide de la députée pour améliorer la qualité des services en français à Horizon Santé Nord. «Elle a eu beaucoup de succès. Elle n’était pas agressive. Ce n’était pas la chicane qu’elle voulait, c’était la résolution de manquements à ses droits.»

Lyse Lamothe a aussi été témoin de cette détermination tranquille : «une main de fer dans un gant de velours», illustre-t-elle.

«Elle a donné confiance à des gens qui n’osaient pas demander leurs services en français, qui n’osaient pas s’affirmer comme francophone», ajoute France Gélinas.

Claire a aussi laissé un héritage important aux conseils scolaires catholiques. Elle était conseillère au Sudbury Catholic School Board (SCSB) avant 1998, avant de devenir la première présidente du tout nouveau conseil catholique francophone de Sudbury.

«La politique scolaire l’intéressait, commence Paul de la Riva. Elle était près du peuple. Les écoles c’étaient vraiment la base de la communauté francophone. La capacité de se maintenir et de maintenir la communauté est reliée à la présence d’écoles.» Claire l’avait très bien compris selon lui.

Marcel Legault a côtoyé Claire Pilon pour la première fois comme conseillers scolaire de 1985 à 1988 au SCSB. Celui qui est maintenant conseiller au CSC Nouvelon se souvient très bien de la bataille pour que l’édifice du défunt Collège Sacré-Cœur demeure la propriété des francophones. «Jamais jamais que c’était pour passer au travers de Claire Pilon, c’était un point sacré», dit-il.

Dans une entrevue accordée au Voyageur en 2018 pour les 20 ans de la création des conseils scolaires francophones, Claire Pilon offrait cette réflexion : «Même si le travail avec les anglophones n’était pas tellement pénible, j’étais heureuse de ne plus être obligée d’avoir besoin de leur approbation pour prendre des décisions qui ne les regardaient pas.»

Mais elle n’appliquait pas son énergie seulement à la cause des francophones. Marcel Legault se souvient qu’elle a défendait tout aussi farouchement le droit des femmes à l’égalité. «Elle nous rappelait souvent : “On est aussi smart que vous autres”», se souvient-il en riant.

La passion pour l’information

Claire a fait ses études en journalisme au Collège Cambrian au début des années 1970 et c’est un stage au Voyageur qui l’a convaincu qu’elle avait fait le bon choix. Elle y a été embauchée par le père Bertrand à la sortie de ses études et a, depuis cette époque, toujours travaillé de près ou de loin avec le journal francophone. 

Entre ses collaborations, elle a aussi produit et fait de la recherche pour la télévision et écrit dans d’autres journaux et magazines, comme le Sudbury Star, le Northern Life, la Revue du Nouvel-Ontario et la revue nationale du Mouvement des femmes chrétiennes. Elle travaillait dernièrement sur un livre sur l’Ordre de Jacques-Cartier dans la région de Sudbury.

Elle était la pierre angulaire des pages communautaires du Voyageur. Son réseau de contacts était inégalé. Elle nous a impressionnés lors de son séjour à l’hôpital mentionné par France Gélinas ci-dessus : elle n’a pas arrêté de travaillé malgré y avoir passé presque un an. Travailler avec Claire était extrêmement enrichissant. Elle nous manquera énormément.