Aurélien Dupuis en 1953 et en 2020
Aurélien Dupuis en 1953 et en 2020

Décès d’Aurélien Dupuis

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
Vivre sa francophonie, d’un bout à l’autre du pays

Né à Noëlville il y a plus de 90 ans, Aurélien Dupuis peut être décrit comme un homme extrêmement fier de sa langue française et de ses origines, passions qu’il a emportées et partagées jusqu’en Colombie-Britannique en 1991, déménagement qui rapprochait lui et son épouse, Elaine Goulet, de leurs trois enfants qui vivaient dans l’Ouest canadien. M. Dupuis est décédé le 31 mai.

Son fils, Marc-Aurèle Dupuis, donne peut-être le meilleur exemple de la dévotion de son père à sa langue et sa province d’origine : dans son testament, il a laissé de l’argent à l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario.

«On ne pouvait pas parler anglais dans la maison», se souvient son fils. Si un ami de Marc-Aurèle téléphonait pour lui parler, qu’Aurélien répondait et que l’ami avait le malheur de parler en anglais, c’était un sermon automatique. «Mes amis avaient peur d’appeler», lance Marc-Aurèle en riant. Il ne tolérait pas les anglicismes non plus.

Dès son arrivée à Nelson — une municipalité d’environ 10 000 habitants au creux des monts Kootenay dans les Rocheuses, entre Vancouver et Calgary — il a contacté l’Association des francophones des Kootenays Ouest (AFKO) et s’y est engagé. Il était un peu considéré comme «le grand-père» de tout le monde, illustre Marc-Aurèle.

La directrice de l’AFKO, Lyne Chartier, l’a côtoyé pendant plusieurs années. Aurélien Dupuis a même appelé Mme Chartier, à peine deux semaines avant son décès, pour savoir ce qu’elle préparait pour la St-Jean. Même fatigué et malade, il se préoccupait de sa francophonie.

Mme Chartier garde en mémoire un homme extrêmement gentil, qui parlait toujours en français lorsque c’était possible. «Il venait à tous les évènements, tout le monde aimait lui parler.» Son rire mettait du soleil dans la vie des gens, ajoute-t-elle.

Une vie de mots et de nature

À Sudbury, M. Dupuis a gagné sa vie avec la langue française, entre autres en travaillant au Voyageur, comme vendeur et comme journaliste. Il y a développé une grande amitié avec le père Hector Bertrand. Un de ses derniers écrits est un poème que nous avons publié dans le cahier de Noël en 2013.

«Mon père avait écrit plusieurs articles sur le système d’éducation des écoles séparées. Dans ce temps-là, il mentionnait qu’on devrait passer plus de temps sur la grammaire, sur la langue et ce genre de chose là, au lieu de la religion. Il avait écrit un article pas mal controversé», se rappelle avec humour Marc-Aurèle Dupuis. Le père Bertrand avait lui tout de même donné son appui.

Après son départ de Sudbury, il a continué à écrire et a publié plusieurs livres, une quinzaine selon son fils. Quelques-uns autopubliés, dont La complainte des érables et Vers d’âtre (poèmes), d’autres aux Éditions des Plaines : Petits secrets de la nature (1998) et Histoires campagnardes (jeunesse, 2001), ainsi que son dernier, le roman Armand et Ginette ou Le plaisir d’aimer (2014), publié par le Centre FORA.

Ses livres font d’ailleurs partie de la collection de Bibliothèques et Archives Canada et un employé est venu jusqu’à Nelson pour récupérer des copies.

C’est aussi Aurélien Dupuis qui a négocié avec l’hebdomadaire local, le Nelson Star, pour obtenir une page en français par mois qu’il a alimenté lui-même au début. La page Voilà! existe encore, même après que le journal ait changé de propriétaire, et c’est l’AFKO qui en est responsable. «À chaque fois que je vais à Vancouver voir les autres associations francophones, on me demande comment j’ai fait. Je réponds : “Je ne sais pas, ça vous prend un Aurélien”.»

Mme Chartier gardera aussi le souvenir d’un homme de la nature. Une passion confirmée par son fils et par quelques-uns des titres de ses livres : Le jardinage biologique et Petits secrets de la nature.

«On faisait des activités pour l’association francophone où on allait sur ses terres. Il nous présentait chaque arbre, il les connaissait tous», se rappelle Mme Chartier. Même le compost n’avait pas de secret pour lui, renchérit-elle.

Il a aussi aidé à organiser une activité de cabane à sucre annuelle avec l’AFKO. Encore ici, il y a un lien avec le Nord de l’Ontario : le sirop pour l’évènement provenait souvent de l’ancienne érablière Despatie de Hanmer, puisqu’Aurélien était le grand frère d’Alice Despatie — 12e et 13e enfants d’une famille de 13 —, qui opérait l’érablière avec son époux jusque dans les années 2000. «Le lien avec Sudbury n’a jamais disparu complètement» de la vie d’Aurélien, affirme son fils.