Robert Paquette a participé à la création de l’APCM en 1990 et en a été le vice-président pendant plus d’une dizaine d’années.
Robert Paquette a participé à la création de l’APCM en 1990 et en a été le vice-président pendant plus d’une dizaine d’années.

De Robert Paquette à Yao, l’APCM souffle ses 30 bougies

André Magny
Initiative de journalisme local - APF
Les racines sudburoises d’un organisme provincial

Ils étaient moins d’une vingtaine en 1990. Trente ans plus tard, ils sont quelque 180 : en trois décennies, les membres de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM) ont presque décuplé. Un anniversaire toutefois assombri par le départ de l’un des fondateurs de l’association, Jean Malavoy, décédé le 2 octobre.

Quatre jours avant sa mort, en entrevue avec l’Initiative de journalisme local, celui qui était encore directeur général du Muséeoparc Vanier racontait qu’en 1990, à la suite d’un spectacle qu’il avait particulièrement apprécié et auquel participait notamment Robert Paquette, il avait recommandé à l’ancien membre de CANO de démarrer un organisme qui servirait à la défense des intérêts des musiciens franco-ontariens.

«Chacun était dans son coin. Ils n’arrivaient pas à se regrouper. Moi, j’ai été dans tout ça un facilitateur», se rappelait M. Malavoy, qui était, à l’époque, responsable du dossier chanson et musique au Conseil des arts de l’Ontario (CAO).

Robert Paquette est tout à fait d’accord. «Il y avait alors des problèmes de diffusion pour les musiciens franco-ontariens», se souvient-il.

Toujours aussi passionné quand il est question de ses racines et de la musique franco-ontarienne, Robert Paquette se remémore cette rencontre du 5 mars 1990, à Sudbury, pour jeter les bases de ce qui allait devenir l’APCM.

Comme dans sa chanson Bleu et Blanc, écrite 10 ans auparavant, c’était le temps de «prendre en main les choses de ta vie qui tiennent à cœur».

Autour de lui, il y avait entre autres Marcel Aymar, Donald Poliquin et Paul Demers. Ce dernier, auteur-compositeur-interprète, sera le premier président de l’APCM aux côtés de son comparse Robert Paquette, qui sera vice-président pendant une douzaine d’années. «Ça nous a permis d’avoir un certain poids auprès des autorités et d’enfin faire la promotion de la musique franco-ontarienne.»

Poser des jalons

En 1992, l’APCM lance l’idée de créer sa propre étiquette et de fonder son service de distribution. Dans l’année qui a suivi, Distribution APCM a vu le jour : c’était le début d’une stratégie de mise en marché du produit musical franco-ontarien.

Marcel Aymar se souvient qu’à l’époque, il était difficile d’avoir accès à de l’équipement en raison des couts. «Mais plus on est, plus on est forts. L’APCM nous a permis de ne pas nous sentir tout seuls.»

L’association a aussi permis à ses membres d’aller chercher du financement pour des tournées auprès de l’Alliance nationale de l’industrie musicale (ANIM) et de Musicaction, organisme canadien à but non lucratif qui encourage le développement de la musique en soutenant la production et la commercialisation d’enregistrements sonores francophones.

Puis est arrivé au tournant le 21e siècle et, avec lui en 2001, le Gala Trille Or. Une création de l’APCM, qui venait s’ajouter au concours Ontario POP, lancé quelques années plus tôt par Radio-Canada.

Le Gala Trille Or devient en quelque sorte la grand-messe de l’industrie du disque franco-ontarienne, mais aussi d’ailleurs.

L’APCM sera aussi derrière le lancement de l’expérience Rond Point, autrefois Ontario POP, un programme de résidences artistiques de quatre ou cinq jours au cours desquels les artistes sélectionnés sont encadrés par des artistes professionnels, jouant à la fois les formateurs et les mentors.

Marcel Aymar était présent à Sudbury, le 5 mars 1990, lors de la rencontre qui a mené à la création de l’APCM.

S’ouvrir aux autres

Au fil des ans, la question d’aller ou non au-delà des frontières de l’Ontario s’est imposée aux dirigeants de l’APCM. Résultat : les artistes de l’Ouest canadien sont désormais aussi membres à part entière de l’APCM.

Robert Paquette parle aussi de l’ouverture aux autres en termes de musique. Ouverture pour permettre à des artistes d’aller non seulement en Europe, mais aussi pour tendre la main à différents styles musicaux.

«On est allés voir ceux qui faisaient du rap. Souvent, ils ne savaient pas qu’on existait, qu’on pouvait les aider. On a été super bien accueillis.» Pour preuve, l’artiste de hip-hop Yao a remporté trois trophées lors de la remise des prix du Trille Or 2019.

Pourrait-il y avoir une entente similaire avec les artistes acadiens? Marcel Aymar trouve «que ça mérite des discussions». Il pousse même plus loin le raisonnement par rapport à l’APCM : «Ce serait cool que ce soit un organisme national».

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Natalie Bernardin a quitté depuis un peu moins d’un an la direction générale de l’APCM après 10 ans à sa tête.

Des temps difficiles

Au cours de la dernière décennie, la direction générale de l’organisme avait été confiée à Nathalie Bernardin, qui gère dorénavant l’agence Amixie. Thomas Kriner a repris la barre de l’APCM.

Originaire du Manitoba, l’ancienne directrice indique avoir trouvé au sein de l’APCM «une famille accueillante, ouverte sur l’Ouest».

Selon elle, l’APCM, qui a besoin de ressources financières pour développer de nouveaux projets, continue d’avoir besoin de partenariats en raison de sa situation démographique «plus égocentrique» que celle du Québec, par exemple.

L’avenir pour l’APCM? En ces temps difficiles où les concerts virtuels sont à la mode, Nathalie Bernardin aiguille ses membres dans cette nouvelle forme de diffusion.

Et heureusement qu’elle est là, disait encore récemment Jean Malavoy, loin d’être nostalgique : «Il y a encore beaucoup d’énergie chez les auteurs franco-ontariens, comme par exemple Damien Robitaille au Québec. Mais à cause de la pandémie, heureusement qu’il y a une association comme l’APCM, ça permet d’avoir un lieu où tu peux être épaulé, partager.»