Vers le composte obligatoire partout en Ontario

Philippe Mathieu
Philippe Mathieu
Le Voyageur

Le compostage sera de plus en plus tendance au cours des prochaines années alors que la province doit mettre en œuvre un plan pour interdire les déchets alimentaires et organiques dans les sites d’enfouissement à partir de 2022. Bien que des villes comme Sudbury aient déjà adopté le compostage depuis quelques années, certaines villes du Nord hésitent encore.

L’Ontario a un gros problème de déchets. En 2015, les restaurants, les résidents, les commerces de détail et les agriculteurs de l’Ontario ont généré environ 3,7 millions de tonnes de déchets alimentaires et organiques, dont environ 60 % sont envoyés aux sites d’enfouissement au lieu d’installations de déchets organiques. En 2016, il n’y avait que 37 municipalités en Ontario qui offraient le ramassage de matière compostable en bordure de rue. 

Le Cadre stratégique pour la gestion des déchets alimentaires et organiques lancé par le gouvernement de l’Ontario en 2017 veut éliminer l’envoi des déchets alimentaires et organiques vers les dépotoirs. Le but ultime est de sauver de l’espace et de réutiliser et recycler nos ressources plus efficacement, notamment vers une «économie circulaire», selon le document. 

Cela veut dire que plusieurs municipalités devront adopter un plan de ramassage des déchets organiques, notamment des grandes villes comme Windsor, Sarnia, London et même quelques-unes du Nord, comme Timmins et North Bay. Il est important de noter que seules les villes avec plus de 50 000 habitants sont visées.

Faire ce qui est «socialement responsable»

«Nous n’avons pas encore de programme de compostage résidentiel, mais nous encourageons les résidents à composter s’ils choisissent de le faire», explique le gestionnaire des services environnementaux et des services publics à la Ville de Timmins, Scott Tam. Bien qu’il dise qu’il n’y a aucune raison particulière pour laquelle le programme n’a pas encore été mis en place, il affirme que la ville évalue ses options pour déterminer ce qui est faisable. 

«Nous sommes juste en dessous de la marque de 50 000 résidents, mais nous voulons quand même le faire parce qu’il s’agit davantage de ce qui est socialement responsable et juste. Il y a eu assez de gens qui l’ont demandé. Nous nous positionnons pour présenter nos options à la ville dans les prochains mois pour voir ce que nous pouvons faire», affirme le gestionnaire. 

Il dit que pour la Ville de Timmins, «la conservation de l’espace d’enfouissement est très précieuse. Il y a beaucoup d’argent en jeu. C’est très intense et il n’y a pas eu de nouveaux sites d’enfouissement approuvés dans la province depuis un certain temps déjà, donc, nous devons être prudents», explique-t-il.

Chef de fil du Nord

La Ville du Grand Sudbury a mis en place son programme de compostage en 2009. «On veut vraiment prolonger la vie de ces sites de déchets», explique la gestionnaire intérimaire de déchets et recyclage, Nataly Wissell. Elle note que le plan a été bien adopté par les résidents de la ville.

Il y a deux types de compostage, soit aérobique ou anaérobique. Le premier, aérobique, est employé par la Ville du Grand Sudbury et est la manière la plus conventionnelle de procéder. Il est bien connu des jardiniers et agriculteurs locaux. Il consiste à séparer tous les déchets alimentaires et agricoles et à les mettre dans de grands contenants qui seront tournés de temps en temps. La chaleur, les bactéries et autres microbes travaillent ensemble pour dégrader les déchets. 

«Ça prend environ six à huit mois pour compléter le processus. Ensuite, lorsque le matériel est préparé, ça doit passer quelques tests de qualité», explique-t-elle. Le composte est ensuite mis à la disposition du public pour les besoins en agriculture et en jardinage.

La deuxième technique, soit anaérobique, est utilisée pour gérer de grandes quantités de déchets alimentaires et agricoles dans de grandes installations et conteneurs jusqu’à ce qu’ils se transforment un composte riche. Adopté dans les grandes villes comme Toronto, le système est plus efficace que le système aérobique, mais coute aussi beaucoup plus cher. Mme Wissell explique que la Ville du Grand Sudbury n’a pas une population suffisamment élevée pour adopter ce programme, car il ne peut pas générer suffisamment de déchets pour justifier le cout.