Céline Kerampran aide une jeune participante lors de la première chasse au trésor.
Céline Kerampran aide une jeune participante lors de la première chasse au trésor.

Remettre la nature au cœur de l’apprentissage

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
Un nouveau groupe pour familles qui cherchent des activités en nature

La nature a des effets bénéfiques sur notre santé physique et mentale. Malheureusement, trop d’enfants ne connaissent pas le simple bonheur de marcher pieds nus dans l’herbe. Le confinement n’aide pas. Une travailleuse de la petite enfance de Sudbury, Céline Kerampran, a créé le groupe Les Petites sittelles pour encourager le retour à la nature et au jeu libre.

L’éducatrice en garderie se spécialise en plein air et en pédagogie par la nature. «Je vois vraiment les enfants être eux-mêmes quand ils sont en forêt, dans la nature, qu’ils jouent de manière libre, font travailler leur imagination.»

Elle a créé l’organisme à but non lucratif au début du mois d’aout afin d’organiser des sorties en famille dans la nature toute l’année. «Si à chaque fois il y a quelques familles qui viennent, bien c’est déjà des enfants qui n’ont pas passé leur samedi matin devant la télévision et qui sont aller dehors jouer», dit-elle.

Pour l’instant, les activités sont aux deux semaines, dans le parc Selkirk près du Collège Boréal. Une grande famille a participé à la première activité : une chasse aux trésors de la nature. Lors de la deuxième sortie, plus de participants ont découvert la forêt à travers leurs sens, surtout en ajoutant le touché. La fin de semaine dernière, ils ont commencé à réparer une cabane construite il y a quelques années par les étudiants en foresterie du Collège Boréal.

Le 5 septembre, les Petites sittelles ont terminé la reconstruction d'une cabane dans le parc près du Collège Boréal.

L’activité n’est jamais très longue, car l’objectif est de permettre aux enfants de faire du jeu libre dans la forêt avec leurs parents, donc dans un environnement sécuritaire. «C’est tout un apprentissage aussi pour certains parents qui ne sont pas nécessairement à l’aise avec la gestion du risque et là se rendent compte qu’en fait, leur enfant est très à l’aise, très capable», souligne-t-elle.

Elle comprend la crainte des parents de laisser les enfants jouer dans la rue, par exemple. «On est dans une société qui met en avant beaucoup les accidents, les choses graves qui se passent. Ce n’est pas très réaliste en faite sur les vrais chiffres.»

À long terme, si plus de familles d’ailleurs en ville se joignent aux activités, ils sortiront peut-être du parc Selkirk. «Pour l’hiver, j’aimerais vraiment trouver un endroit où je pourrais installer un bol à feu», annonce l’instigatrice.  

Les activités sont également gratuites, à moins que Céline Kerampran ait besoin d’acheter du matériel.  

Lors de la deuxième rencontre, les enfants ont découvert la forêt à travers leurs yeux, leurs oreilles, leur nez et le toucher.

Céline Kerampran a choisi le nom «sittelle» parce que c’est l’un des premiers oiseaux qu’elle a été capable d’identifier lorsqu’elle était jeune. «En anglais, c’est nuthatch. On les reconnait assez bien parce qu’ils marchent à l’envers sur les troncs d’arbres. Ils sont capables de se déplacer dans tous les sens.»

Une garderie transformée

L’éducatrice en garderie a repris le travail en juillet avec les nouvelles règles de distanciation «qui sont très contraignantes en garderie, très difficile à tenir avec les enfants en bas âge». «Ça pèse sur le moral des équipes, ça pèse sur le moral des enfants», raconte Mme Kerampran.

Son métier, qu’elle appréciait pour le contact humain qu’elle avait avec les enfants, était soudainement radicalement différent. De son désir de retrouver une sorte de normalité dans ses interactions avec les enfants et de leur montrer de nouvelles choses sont nées Les Petites sittelles.

Elle fait déjà beaucoup de sorties avec les enfants dans la garderie où elle travaille et les bénéfices sont clairs. Des enfants plus calmes, moins de conflits, moins de comportements agressifs ou dérangeants, plus d’entraide et un gain de confiance en eux. «Sauter d’un rocher ou grimper à un arbre, ça a une autre valeur que de faire un beau dessin dans une salle de garderie.»

Elle pousse la réflexion un peu plus loin en faisant remarquer que trop de garderies sont en milieu urbain, sans accès à la nature. Elle aimerait voir une plus grande réflexion sur les emplacements choisis pour installer des garderies, pour qu’elles aient au moins facilement accès à un parc.

Des mesures difficiles pour tout le monde

Le port du masque a été adopté assez facilement par les enfants de la garderie, rapporte Mme Kerampran. Mais toutes les mesures qui doivent être suivies peuvent enlever le bonheur des interactions. «Par exemple, quand ils ont besoin d’une caresse, on doit mettre un drap sur nous. Il n’y a plus de spontanéité. Tout doit être calculé.»

Les négations sont devenues choses courantes dans les interactions avec les enfants, puisqu’il faut maintenant leur interdire plein de choses, comme le partage. «Le partage, c’est quelque chose que normalement on met en avant. Et là, si on respecte les règlementations, le partage c’est quelque chose qui n’est plus possible.»

Les règles de santé publique, nécessaires mais quand même compliquées, n’ont pas seulement affecté les enfants. «Les éducatrices sont tout le temps en train de se demander si elles font bien, si elles ne vont pas se faire taper sur les doigts parce qu’elles ont oublié une procédure.»