Rapport accablant sur la gestion de l’environnement par le gouvernement Ford

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Initiative de journalisme local - Le Droit
Même le ministère de l’Environnement ne semble pas savoir ce qu’il fait

Le respect du gouvernement Ford envers la Charte des droits environnementaux a reculé en 2019-2020. C’est ce qu’observe la vérificatrice générale de l’Ontario, Bonnie Lysyk, dans son rapport annuel dévoilé mercredi. Elle ne mâche pas ses mots pour exprimer à nouveau son désarroi envers le bilan environnemental des progressistes-conservateurs.

C’est la deuxième année de suite que la vérificatrice dénonce dans ce rapport l’inaction du gouvernement de Doug Ford dans les différentes sphères environnementales.

C’est aussi le deuxième exercice depuis l’abolition du Commissariat à l’environnement de l’Ontario, 25 ans après la création de ce bureau indépendant, et de son transfert à celui de Mme Lysyk.

Réduction des émissions de GES : l’Ontario risque de rater son objectif d’ici 2030

L’Ontario risque de rater son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, et selon la vérificatrice générale de l’Ontario, ce sera parce qu’il ne s’agit pas d’une priorité pour le gouvernement de Doug Ford.

En 2018, la province a établi l’objectif de réduire d’ici 2030 les émissions de GES pour les fixer à 30 % en deçà des niveaux atteints en 2005.

«Le gouvernement de l’Ontario et ses organismes devront faire davantage pour s’attaquer aux émissions de gaz à effet de serre produites par les maisons et les autres bâtiments de la province s’ils veulent atteindre leurs objectifs en matière de changement climatique», a fait savoir Bonnie Lysyk.

Celle-ci affirme que l’audit portant sur la réduction des émissions de GES générées par la consommation d’énergie dans les bâtiments a permis d’apprendre que le ministère des Affaires et du Logement, le ministère de l’Énergie, du développement du Nord et des Mines et la Commission de l’énergie de l’Ontario (CEO) ne se concentrent pas assez sur la réduction de la consommation de combustibles fossiles ou des émissions de GES.

En fait, depuis la publication en 2018 de l’objectif provincial en matière de changement climatique, aucune de ces trois entités «n’a réalisé de progrès en vue de réduire les émissions ou d’accorder la priorité au changement climatique dans le cadre de ses programmes immobiliers», déplore Mme Lysyk.

Le ministère des Affaires municipales a décidé de ne pas adopter certaines modifications proposées des exigences du Code du bâtiment en matière d’efficacité énergétique. Ce changement aurait pu contribuer à réduire de 20 % la consommation d’énergie dans les immeubles.

La vérificatrice générale rappelle aussi que le ministère de l’Énergie et des Mines n’a pas élaboré de mesures pour encourager une plus grande utilisation du gaz naturel renouvelable et qu’il n’a pas préparé de nouveau plan énergétique à long terme reflétant l’objectif provincial de réduction des émissions de GES.

L’Ontario n’en sait pas assez sur l’état de sa biodiversité pour savoir la protéger

Le ministère de l’Environnement de l’Ontario ne connaissait pas suffisamment l’état de la biodiversité dans les zones actuellement protégées de la province pour pouvoir démontrer au bureau de la vérificatrice générale qu’il se conforme à son devoir de préserver les espèces et leurs habitats dans ces zones.

«Le ministère de l’Environnement de l’Ontario et le ministère des Richesses naturelles doivent faire davantage pour protéger la biodiversité à l’intérieur du réseau ontarien de parcs provinciaux, de réserves de conservation et d’autres zones protégées, particulièrement dans le Sud de l’Ontario, où la biodiversité est le plus à risque», indique la vérificatrice générale.

Il est ressorti de l’audit à propos de la conservation de l’environnement naturel au moyen des zones protégées que le ministère de l’Environnement ne recueille pas assez d’informations «sur ces espèces, sur l’ampleur et les répercussions de la présence d’espèces envahissantes, ni non plus sur l’impact de la chasse, de la pêche et du piégeage, qui peuvent nuire aux espèces indigènes dans les parcs provinciaux et les réserves de conservation».

Pourtant, les zones protégées abritent plus des trois quarts des espèces en péril de la province.

La perte de biodiversité a été classée parmi les cinq principaux risques qui planent sur les économies au cours de la prochaine décennie.

Un plan à long terme nécessaire

La vérificatrice constate également que contrairement aux autres provinces canadiennes, l’Ontario n’a pas de plan à long terme ni de cible pour assurer l’expansion de son réseau de zones protégées.

La province ne dispose pas non plus du personnel nécessaire pour protéger sa nature sauvage, ses parcs et ses zones protégées et qu’il s’agit de l’une des raisons qui expliquent de nombreux problèmes cernés par son bureau.

Dans le Grand Nord, le nombre d’employés à temps plein du ministère des Richesses naturelles qui travaillent à la planification de l’aménagement du territoire a diminué de moitié, passant de 22 en 2018 à 10 au moment de l’audit.

Liste des aspects pour lesquels il n’existe pas de cibles en Ontario

  • Conservation de l’eau;
  • Réduction des substances dangereuses et toxiques dans les produits;
  • L’amélioration de la qualité de l’eau (à l’exception du lac Simcoe et du lac Érié);
  • La protection et le rétablissement des espèces en péril;
  • La protection de l’escarpement du Niagara;
  • la prévention et le contrôle de la propagation des espèces envahissantes;
  • L’amélioration de la santé des sols et des pollinisateurs dans la province;

La vérificatrice relate que l’examen d’un échantillon de 16 espèces en voie de disparition a montré que 12 d’entre elles ne faisaient pas l’objet d’un protocole de surveillance, «même si l’on a déterminé il y a 10 ans de cela qu’une telle mesure constituait une priorité dans leur cas».