Université de langue française : Pas encore d’une seule voix, mais presque

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
Ce qui semblait être au départ trois intentions séparées commencent à converger.

Ce qui semblait être au départ trois intentions séparées commencent à converger. Le désir de réflexion de la Coalition nord-ontarienne pour une université francophone, la transformation de l’Université de Sudbury en établissement francophone et la demande du Regroupement des professeur.e.s francophones de munir les programmes francophones de leur propre corps décisionnel. Les trois groupes ont commencé à se parler. 

Le porte-parole de la Coalition, Denis Constantineau, dit que les idées ne sont que «trois variations sur un même thème». «Ce n’est pas souvent que les planètes sont alignées comme ça dans la communauté francophone», ajoute-t-il en soulignant que l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) appui aussi la transformation de l’Université de Sudbury et que le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) appuie aussi les demandes exprimées de la Coalition.

Un des membres du Regroupement des professeur.e.s francophones (RPF) de la Laurentienne, Joel Belliveau, confirme que des discussions avec l’AFO et la Coalition ont eu lieu. Cependant, les membres du RPF n’ont pas donné de mandat à ses porte-paroles pour appuyer directement les idées de l’un des autres groupes. 

Leur demande est la même depuis deux semaines : créer un conseil de gestion séparé au sein de la Laurentienne pour les programmes francophones. Joel Belliveau ne croit pas qu’il y a pour l’instant assez de membres du RPF prêts à appuyer un transfert des programmes à l’Université de Sudbury. Ils préfèrent attendre le dénouement de la restructuration sous Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) de la Laurentienne afin de donner une chance à leur employeur.

Le RPF est ouvert à entendre ce que le recteur de la Laurentienne aura à leur dire après le processus de restructuration sous la LACC. Le recteur, Robert Haché, a démontré une ouverture à discuter avec le RPF après la publication de leur résolution. «Je pense qu’on a eu leur attention», lance Joel Belliveau.

Donc, pour l’instant, «ce n’est pas dans notre mandat d’appuyer directement l’Université de Sudbury, mais on constate qu’elle donne une voie à travers laquelle on peut arriver au par et pour», renchérit M. Belliveau. «Si l’Université Laurentienne reste campée sur ses positions du statuquo, on va chercher à se positionner en faveur de l’Université de Sudbury s’il le faut.»

Le gouvernement répond

La demande d’intervention du gouvernement dans le dossier n’a pas seulement été faite sur la place publique. Denis Constantineau confirme que des discussions ont déjà eu lieu avec «des bureaux de ministres». Il ne serait pas surpris que l’annonce de la dissolution de la Fédération de l’Université Laurentienne accélère les discussions. 

La bonne nouvelle, c’est qu’ils n’ont pas eu un «non» dès le départ. Denis Constantineau croit aussi que les déclarations de la ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney, et de la ministre des Langues officielles du Canada, Mélanie Joly, donnent de la légitimité à leur demande. Les deux ministres se sont montrées réceptives à la création d’une autre université de langue française il y a déjà quelques semaines.

Le processus doit prendre la voie politique. «Ce n’est plus une revendication face à la Laurentienne. Elle a déjà décidé ce qu’elle allait faire et l’importance qu’elle allait accorder à l’enseignement en français. Maintenant, c’est de convaincre le gouvernement qu’il y a un appétit, un intérêt et un besoin pour [...] une institution qui nous appartient.»

Le recteur de la Laurentienne, Robert Haché, aurait signalé qu’il voulait rencontrer la communauté francophone. Mais aucune demande officielle n’est venue, dévoile M. Constantineau.

Nouveau sentiment d’urgence

La Coalition aimerait prendre le temps pour réfléchir à ce que serait une université de langue française dans le Moyen-Nord. Cependant, l’annonce de la dissolution de la Fédération de l’Université Laurentienne le 30 avril entraine une urgence d’agir. «Ça ne change pas l’objectif, mais ça change l'échéancier», avance Denis Constantineau.

Les premières revendications de la Coalition ne mentionnaient pas l’Université de Sudbury. Maintenant que le recteur de l’UdeS, John Meehan, a offert une des chartes à la communauté francophone, elle peut devenir le moyen par lequel une université de langue française est créée. 

Même avec la dissolution de la Fédération ou les compressions à la Laurentienne, les chartes de l’Université de Sudbury ne disparaitront pas, avance Joel Belliveau.

La Coalition ne veut cependant pas partir de zéro et c’est pourquoi elle demande au gouvernement d’intervenir pour conserver les programmes en français de l’UdeS et de la Laurentienne. Denis Constantineau est clair : il faut rapatrier les programmes de la Laurentienne. Mais il ne faut pas copier les problèmes existants pour garantir la longévité d’une université de langue française.

Le ministère des Collèges et Université n’a pas répondu directement à notre demande de commenter la résolution de la Coalition. La porte-parole a répondu par courriel pour indiquer que le gouvernement était fier d’appuyer les étudiants inscrits dans des programmes francophones et l’Université de l’Ontario français.