UL et UdeS devant le comité permanent des langues officielles

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur

La question de l’éducation postsecondaire en français s’est retrouvée devant le Comité permanent des langues officielles à Ottawa jeudi. La question du financement de l’Université Laurentienne et de l’Université de Sudbury est principalement celle qui a été abordée, entre autres avec la présence du recteur Robert Haché et du président du conseil des Régents de l’Université de Sudbury, Pierre Riopel, comme témoins.

Le porte-parole de la Coalition nord-ontarienne pour une université de langue française, Denis Constantineau, était aussi présent avec M. Riopel en deuxième partie. 

Du côté du projet de l’Université de Sudbury de devenir entièrement francophone, Pierre Riopel a dévoilé pendant la période de questions qu’une lettre officielle avait été envoyée plus tôt dans la journée au ministre des Collèges et Universités de l’Ontario, Ross Romano, pour demander le transfert «de tout ce qui se passe en français à la Laurentienne». Ceci inclut les programmes coupés et encore ouverts ainsi que le financement. 

M. Riopel a précisé que la lettre n’allait pas jusqu’à demander le 5 millions $ de financement qui aurait été mis de côté par la ministre responsable des Langues officielles, Mélanie Joly, pour les programmes en français. Par contre, il a ajouté que tout financement fédéral serait bienvenu. 

Les deux intervenants ont décrit aux membres du comité les effets néfastes sur la communauté francophone de la perte des programmes en français à la Laurentienne. Ils ont aussi précisé que l’université bilingue avait perdu la confiance de la communauté francophone et qu’elle ne parlait plus en leur nom. 

En première partie, le recteur Robert Haché a défendu les coupures de programmes en affirmant : «Ce n’est pas la Laurentienne qui a choisi les programmes à couper, ce sont les étudiants.» Il fait référence au faible nombre d’étudiants inscrits depuis quelques années dans les programmes coupés.

Le recteur n’a pas dit en toutes lettres qu’il refusait de céder les programmes en français à l’Université de Sudbury. Il a seulement dit que l’Université Laurentienne voulait continuer à offrir des cours et programmes en français.

Dans les plus brefs délais

En réponse à une question du député Steven Blainey, Pierre Riopel a confirmé l’intention de l’Université de Sudbury de recevoir les étudiants francophones dès le mois de septembre. Même s’il ne reste que trois mois avant cette rentrée.

Tous les députés provinciaux et fédéraux de la région sont au courant et offrent leur appui, dit-il.

Est-ce qu’un réseau d’universités francophones en Ontario serait une voie envisagée? «Je veux bien un réseau, mais donnez-nous une université avant», répond Pierre Riopel.

Plusieurs députés du comité permanent semblaient sympathiques au projet de l’Université de Sudbury. Aucune promesse n’a cependant été formulée.

Qui en premier?

Les échanges ont aussi donné lieu à une guerre de mots entre les députés libéraux de la région, Paul Lefebvre et Marc Serré, et le député néodémocrate de Timmins-Baie James, Charlie Angus. 

Paul Lefebvre a martelé le recteur de questions pour démontrer qu’à travers des discussions qu’ils ont eues avant l’annonce d’insolvabilité le 1er février, ils avaient toujours offert leur aide, mais qu’ils n’avaient jamais vu de chiffres démontrant l’ampleur du problème.

De son côté, Charlie Angus tente depuis quelques jours de démontrer que les libéraux étaient au courant depuis longtemps et qu’ils n’ont rien fait. 

Le pouvoir du gouvernement fédéral reste limité, puisqu’il peut seulement appuyer les programmes pour les langues officielles et les Premières Nations. L’éducation est une compétence provinciale et les provinces s’échauffent rapidement lorsque le fédéral empiète sur leurs compétences. 

Robert Haché a confirmé que Paul Lefebvre lui avait suggéré d’appliquer pour des programmes de financement dans ces deux champs de compétences.

Reddition de compte

La politologue Stéphanie Chouinard a souligné en première partie que la Loi sur les langues officielles ne garantit pas l’accès à une éducation postsecondaire dans sa langue. Il faudrait pourtant que ce soit le cas, dit-elle.

Dans le marché de l’emploi actuel, les employeurs sont de plus en plus exigeants et les diplômés universitaires sont prisés. 

Le problème avec le financement fédéral des langues officielles, explique-t-elle, c’est qu’on ne demande pas aux provinces — ou aux institutions bilingues — de prouver que l’argent a servi à payer pour les services en français. «Il n’est pas surprenant d’entendre que c’est le French Money qui paye pour déblayer les trottoirs enneigés», illustre Denis Constantineau.

Mme Chouinard, M. Riopel et M. Constantineau sont tous du même avis : le gouvernement fédéral doit mettre des processus en place pour s’assurer que l’argent qu’il transfère pour l’éducation des langues officielles est utilisé pour l’éducation des langues officielles.

Les gouvernements doivent aussi reconnaitre qu’il est normal que les services en français coutent plus cher et Stéphanie Chouinard encourage le gouvernement fédéral à augmenter ses octrois dans le domaine. Elle lance par contre une mise en garde : une augmentation du financement fédéral ne doit pas être accueillie par une diminution du financement provincial.