Robert Paquette a interprété pour Marie-Jacquard Handy <em>Bleu et blanc, </em>chanson admise au Panthéon des auteurs-compositeurs canadiens depuis 2018.
Robert Paquette a interprété pour Marie-Jacquard Handy <em>Bleu et blanc, </em>chanson admise au Panthéon des auteurs-compositeurs canadiens depuis 2018.

S’offrir Robert Paquette comme cadeau de retraite!

André Magny
Initiative de journalisme local - APF
Un bel adieu pour la directrice de l’École catholique Franco-Terrace

Après trois ans à la barre de l’École catholique Franco-Terrace, à Terrace Bay dans le Nord-Ouest de l’Ontario, la directrice Marie-Jacquard Handy prend sa retraite. Cette femme haute en couleur, originaire du Cameroun et qui a bourlingué dans la francophonie canadienne, a tenu à se faire plaisir et offrir à sa communauté un cadeau d’au revoir hors du commun : une prestation virtuelle de Robert Paquette, qui a eu lieu le 25 juin.

«Qu’est-ce qui me ferait plaisir pour ma retraite? Je voulais que Robert Paquette vienne chanter! J’ai réussi à obtenir son téléphone, je l’ai appelé et je lui ai dit : “voici une fan qui vous appelle! Je pars à la retraite. À l’école, nous avons ramassé de l’argent pour vous”. Et Robert m’a répondu : “Me faire payer? Je chante et c’est ton cadeau!” Et je suis partie à pleurer!»

C’est en ces termes que Marie-Jacquard Handy raconte sa première rencontre téléphonique avec Robert Paquette. «J’étais comme sur un nuage!» Elle qualifie le geste de Robert Paquette «d’immense» à son égard.

Pour celui qui fut, à compter des années 1970, de l’émergence créative de la francophonie ontarienne, avec entre autres La nuit sur l’étang, la Coopérative artistique du nouvel Ontario (CANO) et le Festival Boréal, c’était une façon de reconnaitre ce qu’a fait Mme Handy pour le Nord de l’Ontario. «Mes parents étaient enseignants, mes deux sœurs l’étaient, c’est un coup de chapeau que je lui fais.» Une façon aussi pour Robert Paquette de souligner l’appartenance de la directrice sortante à la francophonie canadienne.

La retraite du milieu scolaire ne pouvait pas mieux commencer pour Marie-Jacquard que grâce au concert de Robert Paquette.

C’est à cause de Paul-Émile!

Elle est native du Cameroun et a d’abord immigré au Québec. Mais si l’Ile-du-Prince-Édouard, la Saskatchewan et l’Ontario ont ensuite pu profiter de son énergie, de son savoir-faire en matière de didactique et de son sourire, c’est grâce au célèbre cardinal Paul-Émile Léger.

L’ancien prélat montréalais, ayant quitté le faste de ses fonctions en 1968 pour son aventure camerounaise, a lui-même convaincu Mme Handy d’aller étudier en physiothérapie à l’Université de Montréal au début des années 1980. «Il était formidable Paul-Émile. Et quel bel homme! Comme Robert Paquette!»

Puis, tombée en amour avec un Québécois, Marie-Jacquard Handy a pris de plus en plus racine sur ce continent, non sans avoir bifurqué vers l’orthopédagogie après avoir connu quelques épisodes racistes en physiothérapie.  

Première directrice noire d’origine africaine subsaharienne au sein du Conseil scolaire du district catholique des Aurores boréales, la question du racisme est loin d’être taboue chez Mme Handy. «Les Canadiens sont-ils racistes? Non. Y a-t-il du racisme au Canada? Oui. Il y a des évènements racistes.»

Faut-il mettre des contraintes dans la société pour éviter que de telles choses ne se produisent? La directrice le croit. «Mais pas des critères de pacotille. Mais on avance. La croissance de la francophonie canadienne vient de ces francophones venus d’ailleurs.»

Un concert gratifiant

«Paul-Émile Léger m’avait dit un jour : “Quand on a un cœur pur, on rencontre de bonnes personnes.” C’est vrai! La preuve? C’est Robert Paquette! Quand il m’a offert son cadeau, il n’a pas regardé la couleur de ma peau.»

Lors de sa prestation, d’une durée d’environ vingt minutes, il a évidemment interprété Bleu et blanc, la chanson fétiche de Marie-Jacquard.

A-t-il, comme d’autres artistes, fait plusieurs concerts virtuels pendant le confinement? «Non, c’est la première fois, hormis des séances sur Zoom avec ma famille immédiate. On est tous musiciens!»

Par contre, il a déjà dit oui à des gens qui allaient se marier, ou plus touchant encore, à des gens en fin de vie qui voulaient entendre la voix de Robert Paquette avant de partir…

… vers un nouveau départ

Le concert, accompagné d’une cérémonie virtuelle, a aussi été l’occasion pour les gens qui ont entouré Mme Handy de lui dire combien elle est appréciée.

Avec une femme comme Marie-Jacquard, la retraite est à prendre avec des pincettes. Celle qui a un doctorat en orthographe lexicale croit fermement en l’idée d’une «charte de la critique» qui permettrait aux écoles, mais aussi à d’autres sphères de la société, de se questionner sur trois points pour faire avancer des dossiers : la pertinence, la cohérence et l’efficacité.

Avec ce concept et son expérience, serait-elle du genre à envisager la possibilité de donner des cours au sein de la nouvelle Université de l’Ontario français (UOF) à Toronto? «Vous avez vu juste!» Si jamais elle recevait un appel de Dyane Adam, la présidente du Conseil de gouvernance de l’UOF, qu’elle connait d’ailleurs très bien, elle se laisserait surement tenter par cette nouvelle aventure.

Mais pour la prochaine année, ce qui préoccupe la future retraitée, c’est d’espérer devenir grand-mère et de voir d’autres spectacles de Robert Paquette, idéalement en personne! «C’est le plus grand!»

Marie-Jacquard Handy (au centre) à son arrivée à l’école catholique Franco-Terrace, en 2017.