Josée Morin dans son bureau à la maison
Josée Morin dans son bureau à la maison

Recréer l’interaction de la classe

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
Série : Comment est-ce que ça s’enseigne en ligne?

Le passage à l’enseignement en ligne a été toute une transformation de l’apprentissage pour les élèves, mais aussi pour les enseignants. C’est devenu pour eux aussi l’occasion d’apprendre de nouvelles choses et une enseignante de 8e année de l’École publique Hanmer s’est donnée comme objectif d’apprendre elle aussi une nouvelle chose par jour.

Josée Morin enseigne le français et la géographie à une cinquantaine d’élèves et la science à un autre 25 élèves. L’annonce du passage à l’enseignement en ligne a été une période de questionnement pour elle. «J’étais déçue, triste, un petit peu stressée. Aussi bien que je m’adapte bien aux nouvelles situations, pour celle-ci, j’avais plein de questions sur les façons de procéder, sur les attentes du ministère. Qu’est-ce qu’on fait? Qu’est-ce qu’on ne fait pas?», raconte Mme Morin.

En attendant les réponses à ses questions, elle est tout de même passée rapidement à l’action, et ce, avant même la reprise officielle des cours au début avril. «Je leur ai assigné des tâches en leur disant que ce n’était pas obligatoire en ce moment», mais qu’ils pouvaient prendre un peu d’avance avant la reprise.

Multiples outils

Josée Morin a découvert et adopté plusieurs applications et plateformes pour maximiser l’exécution de chaque tâche et recréer une sorte d’interaction qui pourrait ressembler à une salle de classe.

Elle utilise Google Classroom pour transmettre la matière de la semaine et communiquer — qu’ils utilisaient déjà pendant l’année scolaire —, Google Hangout ou le courriel pour répondre aux questions individuelles et Google Meet chaque lundi pour faire des vidéoconférences avec tous ses groupes afin de donner des explications et répondre à des questions.

Pour les présentations orales en français et en géographie, elle a découvert l’application Flipgrid. Elle y dépose les instructions et les critères, les élèves se servent de l’application pour enregistrer leur présentation et Mme Morin peut également leur donner de la rétroaction par vidéo. Elle peut partager les présentations, ou non, avec les autres élèves, ce qui est un grand avantage pour les plus gênés.

Elle utilise l’extension Screencastify — qui crée des vidéos en enregistrant ce qui se passe à l’écran d’un ordinateur — pour expliquer comment utiliser des applications et faire des travaux.

Elle a trouvé Padlet pour permettre aux élèves de répondre à des défis qu’elle leur lance et tous peuvent voir les réponses et échanger des messages.

Elle est aussi disponible par vidéoconférence tous les jours entre 10 h et 11 h pour répondre en direct aux questions et aider ses élèves qui arrivent et partent à tour de rôle.

Grâce à la rétroaction qu’elle demande à ses élèves, elle a également pu simplifier sa façon de remettre les explications des travaux en leur fournissant un document multimédia qui contient directement les liens qui ouvriront les ressources nécessaires.

Avec tout ceci, l’enseignante a remarqué qu’elle passe plus de temps sur la préparation des cours et des travaux. «On n’est pas en salle de classe pour donner les explications supplémentaires. Alors tu veux t’assurer que ton travail est très clair, que les étapes sont bien déterminées.»

Avec tous ces outils, ces façons de communiquer et de travailler, Mme Morin dit être parvenue à engager pleinement 90 % de ses élèves.

Flexibilité

L’enseignement en temps de pandémie demande également une grande flexibilité quant aux échéances des travaux, note Mme Morin. «C’est du cas par cas. Parce qu’il y a certaines élèves qui ont des problèmes de connexion, ou il y en a qui ont pris soins de leur petit frère ou petite sœur, donc ils n’ont pas eu vraiment le temps.» Selon la situation, elle n’hésite pas à donner quelques jours de plus.

Avec la rétroaction qu’elle demande aux élèves chaque semaine, elle a pu constater que même si cette vie est la norme depuis 6 semaines, plusieurs «trouvent ça encore difficile». Elle peut alors entrer en contact directement avec eux pour trouver des stratégies ou les rassurer.

Même si la majorité de ses élèves sont autonomes, elle affirme que l’appui des parents est «incroyable» pour ceux qui ont besoin d’un peu plus de motivation. Mme Morin envoie un courriel aux parents le dimanche pour les tenir au courant des travaux et elle reçoit souvent des messages de parents pendant la semaine qui veulent s’assurer que leur enfant a bien fait ses travaux, particulièrement de ceux qui continuent de travailler hors de la maison.

Elle n’entrevoit pas de problème quant à la remise des notes en fin d’année, car elle avait déjà fait des évaluations sommatives avant la semaine de relâche. «C’est juste de prolonger et de faire cheminer les élèves.»

Même si les choses vont finalement «super bien» après quelques semaines, elle préfèrerait de loin être à l’école, même si, pour elle, ceci inclut un trajet quotidien entre sa maison à Verner et l’école à Hanmer.