Édifice gouvernemental au nom du loyaliste Richard Pierpoint, situé à London, Ontario.
Édifice gouvernemental au nom du loyaliste Richard Pierpoint, situé à London, Ontario.

Quatre nouvelles désignations qui reconnaissent l’importance historique nationale des Noirs au Canada

Oulai Ninhi
Oulai Ninhi
Initiative de journalisme local - APF
La prochaine étape selon le professeur Amadou Ba : des excuses

Le gouvernement fédéral a annoncé, à la fin juillet, quatre nouvelles désignations pour reconnaitre deux personnes noires marquantes dans l’histoire ; Richard Pierpoint et Larry Gains, ainsi que deux évènements, soit l’asservissement des Africains au Canada et le Programme de recrutements de domestiques antillaises. L’annonce a été faite par le ministre de l’Environnement et du Changement climatique et ministre responsable de Parcs Canada, Jonathan Wilkinson.

Il s’agit d’une bonne nouvelle selon le professeur de l’Université Laurentienne, Amadou Ba, et auteur du livre L’Histoire oubliée de la contribution des esclaves et soldats noirs à l’édification du Canada (1604-1945). «C’est une décision que je salue et que j’appuie personnellement, mais il faut aller jusqu’au bout», nuance-t-il.

Richard Pierpoint est représenté sur la page couverture de l’ouvrage d'Amadou Ba.

Présenter des excuses publiques

Amadou Ba trouve que cette décision est réconfortante et il se réjouit que son propre combat, qui consiste à retracer l’histoire des Noirs au Canada et à apporter des rectifications historiques, trouve ainsi écho dans la vision des autorités canadiennes. Mais il aimerait que ces dernières aillent encore plus loin.

«Il faut que les gouvernements provinciaux et le gouvernement fédéral du Canada présentent des excuses publiques à la communauté noire pour avoir subi l’esclavage et que cela n’ait jamais été enseigné, dénonce le professeur. Les Noirs ont aussi contribué à l’économie du Canada et joué le rôle de soldats et cela a aussi été occulté.»

Il ajoute que s’il en a été ainsi pour la communauté japonaise après la Seconde Guerre mondiale et pour la communauté autochtone, on peut le faire autant pour la communauté noire.

À lire aussi : L’histoire oubliée de la contribution des esclaves et soldats noirs à l’édification du Canada (1604-1945)

Une réparation en matière de reconnaissance historique

À l’instar de ces excuses publiques, M. Ba préconise une réparation en matière de reconnaissance historique. Il reconnait qu’il est difficile de le faire parce que l’histoire du Canada a été écrite dans le but de glorifier le Canada. Selon lui, il y a un discours officiel qui fait que les gens ont du mal à raconter la véritable histoire.

L’historien croit cependant que l’actualité et le contexte actuel exigent que ces histoires oubliées soient connues et portées à la connaissance de l’opinion nationale.

Pour lui, «le gouvernement du Canada devrait donner des signaux forts et poser des actions pour que les Noirs se sentent ici chez eux, pour qu’il y ait l’égalité au niveau des compétences, pour qu’on voie la minorité noire à des postes où on n’a pas l’habitude de la voir.» 

L’historien Amadou Ba, auteur de <em>L’Histoire oubliée de la contribution des esclaves et soldats noirs à l’édification du Canada.</em>

L’historien Amadou Ba estime que de faire connaitre la véritable histoire du Canada en tant que société multiculturelle demeure la meilleure façon de lutter contre les discriminations, contre le racisme systémique et d’arriver à une société beaucoup plus inclusive.

Faisant référence à son livre publié en octobre 2019, M. Ba pense que son travail a créé un déclic dans ce pays et surtout dans la communauté francophone canadienne, qu’il remercie d’avoir favorablement accueilli son ouvrage.

«Mon projet, c’est de mettre à la disposition des écoles, des enfants de 8 à 14 ans et des bibliothèques, de petits manuels qui racontent la véritable histoire des Noirs au Canada. Je cherche des sources de financement et des illustrateurs pour ça», conclut-il.