Problèmes financiers à l’Université Laurentienne : la communauté francophone de Sudbury aux aguets

André Magny
Initiative de journalisme local - APF
Les impacts négatifs des coupures des programmes en français se font sentir depuis des années dans les organismes francophones du Grand Sudbury

«Je n’ignore pas que cette période risque d’être stressante et source d’incertitude pour tout le monde.» Le recteur de l’Université Laurentienne (UL), Robert Haché, lors de l’annonce du début de procédure de restructuration sous contrôle judiciaire de son université le 1er février. Voilà au moins une chose avec laquelle semblent être d’accord plusieurs intervenants au sein de la communauté francophone de Sudbury : la situation est inquiétante.

Au Centre de Santé communautaire du Grand Sudbury, le directeur général (DG), Denis Constantineau, est nerveux. Les programmes de santé en français pourraient subir les contrecoups de cet état de fait. «C’est clair, selon lui, que les cours en français coutent plus cher qu’en anglais.» Pourquoi?  À cause de la masse critique des étudiants.» Quand il y a 10 étudiants francophones dans une classe par rapport à 30 du côté anglophone, le calcul se fait rapidement, question de rentabilité.

Mais au-delà de la notion de sous, comme le mentionne M. Constantineau, c’est aussi une question de choix de société. «Est-ce qu’on veut avoir des programmes bilingues?»

«Soixante-quinze pour cent de nos employés sont passés par la Laurentienne», affirme le directeur général du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury, Denis Constantineau.

La Laurentienne au cœur de sa communauté

En ce qui concerne le Centre de santé communautaire, selon son DG, «au sein de l’équipe ici, c’est 75 % de nos employés qui sont passés par la Laurentienne, que ce soit par les cours de sciences sociales ou de soins infirmiers, dit-il. On reçoit aussi beaucoup de stagiaires de l’Université.»

La directrice du Salon du livre du Grand Sudbury, Geneviève LeBlanc, rappelle qu’il y a 50 ans, c’est au cœur de l’Université Laurentienne qu’est né un mouvement culturel franco-ontarien fort, «mouvement qui a fait des petits et dont un des points d’aboutissement est la création de la Place des Arts au centre-ville du Grand Sudbury. La communauté fête ce mois-ci les 50 ans de la pièce Moé j’viens du Nord ’stie, acte de naissance du Théâtre du Nouvel-Ontario et de tout le mouvement de la Coopérative des artistes du Nouvel-Ontario (CANO).»

À la maison d’édition Prise de parole de Sudbury, la codirectrice générale et directrice de l’édition, denise truax, considère la situation comme «extrêmement problématique». D’après la codirigeante, «l’Université coupait depuis des décennies dans les programmes en français». Avant les coupes des dernières années, «tous nos stagiaires venaient du Nord de l’Ontario, assure Mme Truax. Maintenant, ils viennent d’ailleurs, même de Montréal». Selon celle-ci, une fois partis, les jeunes ne reviennent pas dans la région. 

Consternation dans le monde culturel

L’UL pourrait-elle être encore le berceau d’un laboratoire de la culture franco-ontarienne? La DG de Prise de parole répond par la négative. D’après elle, les programmes en français ont «tellement rétréci au fil des années pour n’être aujourd’hui qu’une peau de chagrin, notamment en arts et sciences sociales. Le nombre d’étudiants francophones a chuté au sein de l’institution». À l’Université Laurentienne, nos demandes pour vérifier de tels chiffres sont restées lettre morte.

Longtemps partenaire financier du Salon du livre ainsi qu’au niveau de sa programmation, depuis dix ans, sa directrice estime qu’en raison de «coupes budgétaires exponentielles», l’UL appuie dorénavant le Salon grâce à des contributions en services et en nature.

Une chose est sûre, les membres du Regroupement des organismes culturels de Sudbury (ROCS) sont en train de mettre au point une façon d’intervenir dans le dossier. «Nous sommes également en train de consulter les membres du corps professoral», assure Mme LeBlanc. 

De son côté, denise truax pense qu’il faut réfléchir à la forme d’intervention afin d’éviter de revenir au statu quo. «Nous, on ne peut pas être toujours des pompiers, si le feu reprend six mois plus tard!», affirme-t-elle.

Pour le moment, le consensus chez les représentants du milieu est plutôt pessimiste. «Aujourd’hui, la situation est désastreuse, ce qui augure mal pour l’avenir des programmes en français», pour reprendre l’opinion de Geneviève LeBlanc.