Un mémorial à la mémoire des enfants autochtones disparus du pensionnat de Kamloops devant le centre N'swakamok à Sudbury.
Un mémorial à la mémoire des enfants autochtones disparus du pensionnat de Kamloops devant le centre N'swakamok à Sudbury.

Pensionnats autochtones : comment s’éduquer davantage?

Inès Lombardo
Inès Lombardo
Francopresse

Dans la foulée de la terrible découverte des restes de 215 enfants dans un ancien pensionnat autochtone de Kamloops, en Colombie-Britannique la semaine dernière, les discours et les hommages se sont multipliés. Le travail d’éducation en vue d’une réconciliation, même s’il a été entrepris dans plusieurs secteurs, s’annonce long et laborieux.  

Lors d’un débat exploratoire aux Communes le 1er juin, le premier ministre Justin Trudeau a réitéré l’importance de devoir passer à l’action. «Présenter des excuses pour les tragédies du passé ne suffit pas. Cela ne suffit pas pour les enfants qui sont morts, ni pour leur famille, ni pour les survivants et les communautés. Ce n’est qu’avec nos actions que nous pouvons choisir une voie meilleure pour l’avenir et ce sera toujours l’objectif du gouvernement.»

Depuis une semaine, hommages, danses, chants et appels à l’action immédiate sont parvenus de tous les coins du pays envers les premiers concernés par l’histoire des pensionnats : les membres des Premières Nations, des Métis et des Inuits, notamment de la communauté Tk’emlúps te Secwépemc. 

Cette dernière est la communauté d’origine du pensionnat indien de Kamloops, qui a été la plus grande école du système des pensionnats du ministère des Affaires indiennes. Les pensionnats autochtones ont existé pendant 165 ans, le premier ayant ouvert en 1831, en Ontario, et le dernier ayant fermé ses portes en 1996, en Saskatchewan.

NB : Cette carte, issue du site de L'Encyclopédie canadienne, a été créée à partir de données fournies par le Centre national pour la vérité et la réconciliation et n’inclut donc que les écoles mentionnées dans la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens.

Pour en savoir plus sur l’histoire des pensionnats autochtones : 

Ressources par des chercheurs autochtones :

Livres : 

Articles universitaires

Livres jeunesse

  • Je ne suis pas un numéro, de Jenny Kay Dupuis et Kathy Kacer (Éditions Scholastic).

  • Quand on était seuls, de David Alexander Robertson (Éditions des Plaines). 

  • Quand j’avais huit ans, de Christy Jordan-Fenton et Margaret Pokiak-Fenton (Éditions Scholastic).

Films

  • Wapikoni mobile, un projet qui donne la possibilité aux jeunes Autochtones de créer des films documentaires. Ce sont, entre autres, des studios ambulants dotés d’équipements qui «roulent vers» des communautés autochtones. 

À lire aussi : Les francophones ont aussi joué un rôle dans les pensionnats

Les partis d’opposition exhortent le gouvernement d’appliquer les appels à l’action 71 à 76, relatifs aux enfants disparus et à l’inhumation, de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada (CVR) depuis la découverte des dépouilles. Des appels à multiplier les fouilles comme celles de Kamloops dans les anciens pensionnats du pays ont été lancés. 

En Ontario, un projet de loi est en cours de développement pour examiner les sites d’anciens pensionnats autochtones en Ontario à la recherche de sépultures d’enfants autochtones.

Selon Catherine Duquette, professeure en didactique de l’histoire au Département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), la recherche de sépultures est l’un des moyens de passer à l’action vers la réconciliation. Elle convient que les discours «sont un premier pas, mais il faut se rappeler que les pensionnats autochtones ont été mis sur pied par les politiciens canadiens. Les actions doivent donc prendre le pas maintenant». 

Catherine Duquette, professeure à l’UQAC, convient que les discours «sont un premier pas, mais il faut se rappeler que les pensionnats autochtones ont été mis sur pied par les politiciens canadiens. Donc les actions doivent prendre le pas».

Appels à l’action 71 à 76 : Enfants disparus et renseignements sur l’inhumation

Les appels à l’action 71 à 76 de la Commission de vérité et de réconciliation demandent entre autres de rendre publics les documents concernant les corps des enfants décédés lorsqu’ils étaient dans les pensionnats, de tenir un registre en ligne des cimetières de ces pensionnats, informer les familles des lieux de sépultures, protéger les cimetières ou lieux où les enfants ont été inhumés et procéder à la réinhumation sur demande des familles dans leur communauté d’origine. 

«Pour mes collègues innus, avoir retrouvé les corps est essentiel pour conscientiser», illustre Catherine Duquette.

Un travail de documentation à rattraper

L’une des actions de réconciliation serait de combler un vide béant : rassembler les informations sur les enfants qui étaient dans les pensionnats.

Au site de Kamloops, aucune documentation n’a été retrouvée pour connaitre l’identité de ces 215 enfants, leur lieu d’origine, qui étaient les membres de leurs familles, la cause de leur décès, etc. Il s’agit d’ailleurs de l’une des ressources clés manquantes, selon l’historien Maurice Guibord, en entrevue à l’émission Boulevard du pacifique de Radio-Canada, en Colombie-Britannique. 

«On signale que les dossiers du pensionnat ne mentionnaient souvent qu’un nom pour un enfant ou parfois aucun et encore moins le sexe de l’enfant. Plusieurs d’entre eux n’avaient qu’un seul nom que les religieux reconnaissaient, soit le nom imposé au moment du baptême précipité», explique-t-il. 

Les projets locaux éducatifs au cœur des solutions?

Des exemples de projets en milieu scolaire :

  • Le Projet du cœur, fondé en 2007 par Sylvia Smith, permet d’aborder l’histoire des pensionnats en classe, avec notamment un dialogue avec des Ainés de communautés autochtones. 

  • À l’Université de Colombie-Britannique (UBC), un centre d’histoire et de dialogue sur les pensionnats autochtones est né il y a quelques années.

  • Le projet Petapan, à l’école des Quatre Vents de Chicoutimi-Nord. Un projet sur deux ans mis sur pied dès 2017 pour travailler sur la «sécurisation culturelle» des enfants autochtones.

Pour Catherine Duquette, des projets éducatifs de ce type existent au primaire et au secondaire et se déclinent au niveau local. La professeure affirme qu’ils sont «relativement peu connus, mais ils ne sont pas uniques. Il y a de ces projets locaux dans toutes les provinces».

Un partage de culture serait donc une piste de plus pour faire comprendre aux allochtones cette partie majeure de l’histoire du Canada, dès le plus jeune âge, selon Catherine Duquette.

«On oublie aussi beaucoup les publications de chercheurs autochtones, déplore Catherine Duquette. Et les universités donnent de plus en plus de cours sur le concept de sécurisation culturelle ou sur l’histoire autochtone. Ce qui est sûr, c’est que la documentation et l’éducation historique sont des passages obligés.»

Deux éléments qui pourraient participer au processus de décolonisation. 

«Si ce processus n’est pas mené, on considèrerait comme réel un passé que les Premières Nations réfutent. Eux attendent que l’on rappelle une autre histoire, la leur, et les personnages importants qui la constituent et qui ne sont pas les mêmes. Il faut toujours remettre en question et déterminer dans quelles mesures les auteurs ont écrit les faits, quels intérêts ils avaient.»