Un mémorial à la mémoire des enfants du pensionnat de Kamloops a été érigé devant le centre communautaire N’swakamok au centre-ville de Sudbury.  
Un mémorial à la mémoire des enfants du pensionnat de Kamloops a été érigé devant le centre communautaire N’swakamok au centre-ville de Sudbury.  

Les pensionnats autochtones : l’histoire dans le présent

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
Les impacts des pensionnats dépassent temps et frontière

La découverte d’une fosse commune sur les terres d’un ancien pensionnat autochtone à Kamloops, en Colombie-Britannique, est un rappel brutal de la réalité de ces centres d’acculturation. Si l’impact est si important, c’est parce que cette histoire n’est pas unique à une région ou dans le passé du pays, elle se vit encore aujourd’hui.

Si le chiffre de 215 inquiète, il n’est qu’une fraction des décès. La Commission de vérité et réconciliation du Canada a permis de révéler, entre 2008 et 2015, que près de 4150 enfants sont morts dans les pensionnats entre 1870 et 1990. Les pensionnats en Ontario compteraient pour environ 770 d’entre eux.

Puisque leur fermeture est si récente, plusieurs autochtones et leurs descendants vivent encore avec les séquelles de leur passage dans ces institutions. Il ne faut pas croire non plus que les francophones du Canada n’ont pas participé à cette tentative d’assimilation.

Lorsque Sonia B.-Inkster a entendu parler de la découverte, elle a pensé : «Enfin». Pour elle, la question n’a jamais été de savoir s’il y avait des enfants décédés, mais plutôt où étaient leurs dépouilles. Elle aimerait maintenant qu’on l’on fasse la même chose pour les pensionnats du Nord de l’Ontario. Chapleau, Sault-Ste-Marie, Thunder Bay, Wikwemikong, Moose Factory… Elle espère aussi que les enfants pourront être identifiés par des tests non invasifs. «Il faut les respecter.»

Sonia B.-Inkster sait qu’elle est de descendance autochtone, mais elle ne sait pas de quelle communauté. Sa grand-mère a été mariée de force à un blanc. La mère et la grand-mère de Mme B.-Inkster pratiquaient leur culture dans le secret, de peur de se faire enlever leurs enfants. Même si elles n’ont pas séjourné dans un pensionnat, leur culture a été en partie effacée.

Tout de même, lorsque sa grand-mère leur rendait visite, elle emmenait la jeune Sonia avec elle pour des promenades en forêt. Elle lui montrait comment trouver plantes et racines en lui disant ce que c’était, mais pas à quoi elles servaient. Inconsciemment, Sonia B.-Inkster a gardé toutes ces informations en mémoire. «C’est plus tard, quand j’ai rencontré des gens autochtones, qui avaient les mêmes plantes, les mêmes racines, les mêmes comportements» qu’elle a compris ce que sa grand-mère lui avait enseigné.

Sans les papiers nécessaires, Sonia B.-Inkster ne peut pas être reconnue comme une autochtone. Mais la communauté l’a accueillie, parce que «les autochtones reconnaissent en moi une personne qui a un savoir-faire et un savoir-être plutôt autochtone». Elle s’est ainsi alliée à eux depuis 1991 et participe activement à la communauté.

Reconnaitre les faits et avancer

Les communautés autochtones ne sont qu’à la recherche de la vérité et ne cherchent pas à assigner de blâme, dit Sonia B.-Inkster. 

«On peut se concentrer sur l’amélioration de la société, supporter le bienêtre et le bienfaire sans s'inquiéter trop de nos ancêtres racistes, discriminatoires, conquistadors ou autres qui sont venus ici et qui ont détruit les peuples du pays d’origine, dit-elle. Il faut savoir ce qui s’est passé pour pouvoir avancer, [...] mais l’enfant ne devrait pas payer pour les crimes des parents.»

Il ne sert à rien de nier le vécu de l’autre, personne n’y gagnera quoi que ce soit, dit-elle. Pour éviter une crise semblable à celle d’Oka, il faut respecter les peuples et procéder aux recherches d’autres fosses de façon respectueuse. Son message aux francophones est simplement de ne pas s’opposer aux fouilles. Il n’est pas nécessaire de se sentir coupable non plus, inviter ou laisser passer ceux qui voudront faire les fouilles sera déjà d’une grande aide.

En se mettant à la place des peuples autochtones, il est possible d’imaginer leur souffrance. Comment réagirait-on si un envahisseur emportait tous nos enfants loin de nous? Si nous n’avions aucune garantie de les revoir?

L’École élémentaire publique Franco-Nord d’Azilda a organisé un «jardin de cœurs» le 4 juin en mémoire des 215 enfants de Kamloops. Connor Lafortune, de la Première Nation Dokis, était sur plus pour une cérémonie de purification.

Le rapprochement est possible

Individuellement, il y a des choses qui peuvent être faites. Sonia B.-Inkster encourage tout le monde à tenter à en apprendre plus sur les cultures autochtones. Les premiers pas peuvent être simples, comme assister à un pow-wow. Les premières visites ne seront qu’observation. Il suffit d’avoir l’esprit ouvert et être prêt à apprendre.

Participer au deuil collectif de la découverte de Kamloops en publiant des photos de petits souliers sur les réseaux sociaux est une autre façon d’ouvrir son cœur et son esprit à leur réalité.

Au niveau de la société, c’est au gouvernement de prendre les choses en main. Les rapports de la Commission de vérité et réconciliation doivent être protégés et ses recommandations appliquées. 

Il faut reconnaitre le racisme systémique. Elle prend l’exemple du cas de Joyce Echaquan au Québec : «ce n’est pas l’employée comme tel qui a mal fait, c’est le système qui a permis à l’employée de croire que c’était correct de parler ainsi, de se comporter ainsi», dit Sonia B.-Inkster.

Cet exemple démontre les lacunes au niveau de l’éducation, ajoute-t-elle. Le cycle des comportements racistes doit être brisé dès l’élémentaire par l’enseignement et doit se poursuivre au secondaire. 

Sonia B.-Inkster plaide aussi en faveur de l’éducation des nouveaux arrivants. Très peu d'informations en français sont disponibles en Ontario sur les cultures autochtones et les préjudices qu’ils ont subis. Les immigrants sont donc souvent mal à l’aise et n’osent pas poser de question, raconte-t-elle. L’invitation à la découverte de la culture doit s’appliquer à eux aussi.

Certaines excuses plus rapides que d’autres

Le gouvernement canadien a présenté ses excuses aux peuples autochtones le 11 juin 2008 «pour les abus, la souffrance et le déracinement culturel et générationnel qu’ont engendrés les pensionnats» (L’Encyclopédie canadienne). 

Une autre entité responsable des pensionnats, l’Église catholique, refuse cependant de s’excuser. Malgré une visite du premier ministre Justin Trudeau au Vatican en 2017, les autorités catholiques n’ont toujours pas offert d’excuses. Après la découverte de Kamloops, le premier ministre a à nouveau demandé au pape François de présenter des excuses aux autochtones du Canada.

Dans une allocution le dimanche 6 juin, le pape a encouragé la coopération des autorités politiques et religieuses pour la réconciliation au pays, mais n’a pas offert d’excuses pour le rôle de l’Église dans l’administration des pensionnats.

Dans une déclaration envoyée aux médias, l’évêque du diocèse de Sault-Ste-Marie, Mgr Thomas Dowd, a quant à lui présenté des excuses en son nom personnel.

«Quant à moi, je veux offrir mes plus sincères condoléances aux familles et aux communautés de ces enfants décédés et inhumés au pensionnat indien de Kamloops; je veux aussi offrir mes plus sincères excuses à tous nos peuples autochtones, en particulier à ceux de ce diocèse dont je découvre actuellement la culture et l’héritage. Franchement, je ne sais pas ce que valent ces excuses, étant donné que je ne suis qu’un seul homme et que je suis arrivé ici que récemment, mais peu importe ce que vous vivez, je m’engage à apprendre de vous, à vous écouter et à cheminer avec vous.»

De petites paires de chaussures ont été déposées sur les marches de la pro-cathédrale de l’Assomption à North Bay.