Les francophones du Moyen-Nord se préparent à imaginer et revendiquer leur université

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
Création de la Coalition nord-ontarienne pour une université francophone

La communauté francophone de Sudbury et du Nord se prépare à devenir un acteur d’avant-plan dans la revendication d’une université «par» et «avec» les francophones. La création Coalition nord-ontarienne pour une université francophone et d’un groupe de travail a été annoncé lundi par Planification communautaire du grand Sudbury.

Les messages clés présentés par PlanifSudbury et l’établissement du groupe de travail ont été bien accueillis et approuvés par la soixantaine d’acteurs et d’organismes présents le 12 mars en marge de la table de concertation du Nord de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

PlanifSudbury, et maintenant la Coalition, veut détourner la discussion de la «forme» et plutôt parler de la «fonction». Ils veulent d’abord réfléchir sur les besoins en éducation universitaire de langue française dans le Nord de l’Ontario et non qui la livrera et comment. L’objectif est d’avoir plus d’options que ce qui est présentement disponible.

Le porte-parole de PlanifSudbury, Denis Constantineau, dit que le groupe était heureux de voir que leurs suggestions ont fait l'unanimité, même à l’extérieur de Sudbury. «Ça allait de North Bay à Thunder Bay et de Hearst à Sudbury et Rivière des Français.»

Ils ont d’ailleurs reçu l’appui de Pierre Bélanger pendant la rencontre, signataire avec Réjean Grenier d’une lettre au recteur de l’Université Laurentienne qui demande de sortir les programmes francophones de la Laurentienne. 

Denis Constantineau trouve encourageant de voir la communauté francophone se prendre en main. «Ça fait 50 ans qu’on se bat pour cette question-là», rappelle M. Constantineau. «C’est peut-être la dernière chance qu’on a de le faire comme il faut.» 

Pas ébranlé par l’Université de Sudbury

Le groupe ne veut pas que la réflexion soit influencée par la nouvelle lancée par l’Université de Sudbury quelques heures plus tard (voir texte ci-contre). «Les messages clés sont clairs. On ne parle pas d’institution. On ne parle pas du comment, on parle du quoi», explique Denis Constantineau.

Seulement une fois les besoins identifiés commenceront-ils à explorer le mode de livraison. «Si on commence par la forme, ça va avoir une influence sur la fonction», précise-t-il, et c’est justement ce qu’ils voulaient éviter. «Si on commence par la conclusion, on risque de manquer notre coup.»

L’Université de Sudbury pourrait donc faire partie de la solution. «Ça vient ajouter à la gamme d’options disponibles lorsqu’on va arriver à cette phase-là du processus, mais il ne faut pas se laisser bousculer», précise M. Constantineau. Sauf que ça pourrait aussi être l’Université de l’Ontario français, l’Université de Hearst ou l’Université Laurentienne 2.0 — comme l’a nommé le recteur.

Dans un communiqué envoyé lundi midi, PlanifSudbury dit qu’ils entameront des discussions avec l’Université de Sudbury tout en poursuivant leur consultation et leur réflexion.

Pallier le manque d’intérêt

Le point de départ de la réflexion est bien évidemment la situation économique difficile de l’Université Laurentienne et le risque que les décisions qui seront prises affectent de façon disproportionnée les programmes en français. 

Le directeur du Carrefour francophone, Stéphane Gauthier, a noté plusieurs signes au cours des dernières années que l’administration de la Laurentienne accorde très peu d’importance aux programmes francophones. Il a entre autres rencontré «cinq ou six vice-recteurs» aux programmes francophones pendant ses 15 années comme directeur du Carrefour. Le programme de littérature dont il est lui-même diplômé est passé de 12 à 2 professeurs et il ne permet plus de passer à la maitrise.

Selon M. Gauthier, il y a présentement une «fenêtre historique : on a un gouvernement prêt à nous écouter», précisant que le gouvernement de Doug Ford ne veut pas se remettre les francophones à dos.