Les Études autochtones données à Kenjgewin Teg

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur

L’Université de Sudbury et l’école Kenjgewin Teg basée sur l’ile Manitoulin ont conclu la semaine dernière le transfert du programme d’Études autochtones. L’Université «cède [...] sa propriété intellectuelle sur des cours en ligne qu’offrait précédemment son département d’Indigenous Studies», a annoncé l’établissement maintenant entièrement francophone sur sa page Facebook.

Le recteur de l’Université de Sudbury, Serge Miville, affirme qu’il «s’agit d’un geste historique de réconciliation et d’empowerment, dans le respect de l’autonomie des peuples autochtones». 

Un sentiment appuyé par la présidente de Kenjgewin Teg, Stephanie Roy. «Je crois que cette action répond directement à l’appel à l’action 16 du rapport de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada.» Un geste qui permettra aussi de poursuivre la revitalisation de la langue Anishinaabemowin dans le Nord, que les Premières Nations de la région ont particulièrement à cœur.

Bien que ce soit seulement les cours en ligne qui sont cédés, ils pourront servir de base à la création de la vision de l’enseignement autochtone. «Cette entente va permettre à Kenjgewin Teg de développer une programmation autonome en Indigenous Studies par, pour et avec les peuples autochtones», propose Serge Miville.

La présidente de Kenjgewin Teg, Stephanie Roy, confirme qu’ils ne comptent pas se limiter aux cours obtenus dans la transaction. «Je crois que la beauté de la situation, c’est qu’en tant qu’établissement autochtone reconnu dans le Nord, nous allons pouvoir étudier différentes options.» Certains cours pourraient être intégrés à d’autres programmes de formation qu’ils offrent, mais l’objectif restera d’offrir l’option d’étudier en Études autochtones dans le Nord.

Le recteur de l’Université de Sudbury, Serge Miville, le directeur par intérim des finances et de l’administration de l’UdeS et directeur de la bibliothèque et des archives, Paul Laverdure, et la présidente de Kenjgewin Teg, Stephanie Roy.

Actions rapides

Kenjgewin Teg s’est inquiété de l’avenir du programme d’Études autochtones dès qu’ils ont appris qu’il ne pourrait plus être offert par l’Université de Sudbury. Ils ont contacté la direction rapidement au printemps. Les discussions ont été positives et productives dès le départ, rapporte Stephanie Roy. 

«Nous en sommes venus à un accord solide dans lequel nous prenons possession du programme et que nous allons lui permettre de rester dans le Nord. C’est vraiment ce qui était important pour nous, de poursuivre de programme d’Études autochtones qui a été développé pendant 40 ans», dit-elle.

L’établissement autochtone utilisera les mêmes locaux à l’Université de Sudbury pour offrir l’enseignement sur campus à Sudbury. Stephanie Roy entrevoit que les cours pourront être offerts en format hybride — en ligne et en classe. «En particulier avec le contenu autochtone, une grande partie est basée sur l’apprentissage expérientiel. Alors il y a des moments où les étudiants doivent être présents pour participer à ces expériences.» 

Ce transfert n’annule pas entièrement le besoin d’avoir des cours et des programmes approuvés par la province. Certaines démarches sont déjà en cours, rapporte Stephanie Roy. «Nous regardons aussi la possibilité de travailler avec différents partenaires dans le système universitaire.» Kenjgewin Teg a déjà des partenariats avec des universités — Wilfrid Laurier, Nipissing et Queen’s — et des collèges et la présidente espère pouvoir utiliser ces partenariats pour offrir les cours. 

Des étudiants ont déjà commencé à contacter l’établissement pour savoir quand ils pourront avoir accès aux cours. Les professeurs qui enseignaient les cours du programme seront également contactés. «Nous voulons vraiment qu’il y ait une continuité.» Stephanie Roy aimerait offrir des cours aussi tôt que janvier 2022.

Exemple du «par et pour»

Ce transfert fait partie du mandat qu’a donné le conseil des régents de l’Université de Sudbury à son recteur le 11 mars 2020. Lors de l’adoption de la proposition de faire de l’établissement une université par et pour les francophones, le mandat de trouver une école autochtone pour reprendre le programme avait aussi été donné. La dissolution de la Fédération de l’Université Laurentienne a stoppé l’offre des cours, mais pas les négociations.

«Que le savoir autochtone et la façon de le transmettre soient menés par un établissement comme Kenjgewin Teg est significatif, dit Stephanie Roy. Je crois qu’en tant qu’établissement autochtone, nous sommes en meilleure position d’offrir cette vision qui a commencé il y a 40 ans.»

«Cette entente s’inscrit pleinement dans notre vision du bilinguisme et du triculturalisme, explique Serge Miville. Le triculturalisme ne veut pas dire qu’une institution doit avoir le pouvoir de dicter l’avenir des minorités. C’est le contraire : ce principe veut dire d’habiliter ces communautés à se gouverner à partir d’institutions autonomes. Une fois la gouvernance acquise, c’est à travers les partenariats et la collaboration, d’égal à égal, qu’on peut faire vivre un triculturalisme authentique.» 

Kenjgewin Teg offre des programmes d’études postsecondaires de niveau collégial et universitaire ainsi que de l’éducation continue. Les domaines offerts touchent les métiers, la santé et le bienêtre, l'enseignement, les affaires et la technologie. Le tout selon la vision Anishnabe de l’enseignement. L’école offre des cours en classe et en ligne. Elle est ouverte à tous.