harles-Antoine Rouyer au Toronto Music Garden, en compagnie de la paysagiste Julie Moir Messervy en direct depuis Boston.
harles-Antoine Rouyer au Toronto Music Garden, en compagnie de la paysagiste Julie Moir Messervy en direct depuis Boston.

L’enseignement à distance mis à l’épreuve par un prof de Glendon

Clément Lechat
Clément Lechat
IJL – Réseau.Presse – l-express.ca

«Vivre et ressentir par la pratique plutôt que lire et apprendre par la théorie». La pandémie a mis à rude épreuve l’éducation expérientielle pratiquée par Charles-Antoine Rouyer, mais il en fallait plus pour le décourager. Professeur spécialisé en écologie urbaine au campus bilingue Glendon de l’Université York, il teste depuis octobre 2020 différentes technologies d’enseignement à distance lors de ses excursions dans la nature torontoise.

Immerger l’étudiant et lui faire prendre conscience du site le mieux possible, cela même depuis sa chambre, «c’est mon objectif», résume-t-il. Interrompue pendant l’hiver, l’expérimentation a repris lors du semestre d’été et le professeur en tire maintenant les conclusions. Pari réussi?

Enseignement à distance... plongé dans la nature

iPhone à la main et caméra GoPro sur le front, du 10 mai au 21 juin, Charles-Antoine Rouyer a arpenté 12 espaces naturels dans le cadre de son cours Écologie urbaine et santé urbaine.

Proposé pour la première fois à Glendon, ce cours intensif de six semaines a attiré 45 étudiants. Lors des deux sorties hebdomadaires, ils étaient en moyenne trois à accompagner leur professeur sur le terrain, sur les dix personnes maximum autorisées par l’université.

Chaque excursion de trois heures était divisée en deux parties. L’une dédiée à la promenade, l’autre à la discussion autour du texte de la séance.

Même virtuellement, et avec un effectif réduit, il était impératif de continuer à lier la théorie à la pratique lors de ces cours à distance. «Ce qui a bien fonctionné, c’est de pouvoir étudier des écrits théoriques sur un sujet et, le même jour, aller sur un site qui illustrait les concepts abordés», rapporte-t-il à l-express.ca.

High Park, Humber Bay, Taylor Creek, le Leslie Spit... Charles-Antoine Rouyer n’a pas démérité. Le prof est même monté sur le toit végétalisé de l’hôtel de ville de Toronto.

Son meilleur souvenir? Le jardin de la musique de Toronto, au bord du lac Ontario. «C’est un parc fabriqué de toutes pièces qui met en verdure la Suite pour violoncelle n° 1 en sol majeur de Bach et ses six mouvements», explique-t-il.

Apprivoiser la technologie

Téléphone, caméra, nouveau forfait téléphonique comprenant davantage de données mobiles... De nombreux investissements ont été nécessaires pour progressivement améliorer la qualité des cours à distance.

À deux reprises, Charles-Antoine Rouyer a enfourché son vélo pour les excursions les plus longues, ici à Taylor Creek.

C’est pourquoi M. Rouyer a reçu en avril une bourse interne du Fonds d’innovation académique de l’Université York. Il a ainsi pu passer de l’iPhone 8 à l’iPhone 12 Pro, possédant un processeur plus rapide, un zoom plus performant et un meilleur appareil photo.

Lors d’une des dernières sorties, il a substitué sa traditionnelle GoPro par une caméra Insta360, un appareil dernier-cri.

«J’y suis allé crescendo, pour que les étudiants puissent comparer les différentes technologies», souligne M. Rouyer.

Cependant, il a dû avancer à tâtons avec ses étudiants pour bricoler petit à petit des solutions face aux problèmes rencontrés. «C’est comique, mais j’ai découvert qu’on ne peut pas zoomer en utilisant Zoom, alors que je disposais d’un superbe iPhone avec un objectif 4X optique!»

Une relation transformée

Sur certains sites plus éloignés du centre-ville, toute la bonne volonté du professeur et des étudiants n’a rien pu faire contre les aléas du réseau internet. Néanmoins, l’enseignant a pu compter sur l’indulgence des étudiants, eux aussi parfois confrontés chez eux à des problèmes techniques ou de connexion.

Cette expérience d’enseignement à distance reste malgré tout positive, comme sur le plan des relations entre les étudiants et leur prof. «On était tous dans le même bateau en train d’expérimenter. Avec ce volet technologique, j’étais en situation de vulnérabilité, mais cela me rendait peut-être plus humain et proche des étudiants.»

«J’aurais pu faire des sorties sur le terrain préenregistrées. Alors pourquoi me compliquer la vie?, confie-t-il. L’énergie et l’intensité du direct sont différentes de celle du différé. J’ai essayé de retransférer cette énergie et ça a très bien fonctionné. On retrouve l’intensité et l’immédiateté de la relation humaine.»

Charles-Antoine Rouyer au Toronto Music Garden. Visite guidée en ligne via Go Pro et iPhone 12 Pro, puis cours via Zoom avec tablette, téléphone portable… et haut-parleur BlueTooth pour les questions-réponses avec la paysagiste Julie Moir Messervy depuis Boston.

Et après la COVID? 

Plus qu’une solution face à la COVID, Charles-Antoine Rouyer voit de nombreux avantages à l’enseignement à distance.

«L’expérientiel à distance pourrait donner accès virtuellement à des lieux auxquels les étudiants n’auraient pas accès physiquement. Ainsi, l’utilisation peut être pérenne, surtout pour les personnes à mobilité réduite», analyse-t-il.

La pandémie s’est finalement révélée être un puissant accélérateur de l’expérimentation des technologies numériques dans le champ de l’enseignement.

Pour le moment, les recherches de M. Rouyer se poursuivent à la rentrée lors du cours Communication, santé et environnement, pour lequel deux excursions sont prévues. Une façon de «boucler la boucle» pour le professeur, qui avait commencé cette expérimentation avec le même cours, en octobre dernier.

À cette occasion, il testera un nouveau micro sans-fil et compte bien exploiter davantage les capacités de l’Insta360.

Par ailleurs, Charles-Antoine Rouyer va commencer l’écriture d’un article de recherche sur ces technologies d’enseignement à distance, qui paraitra au printemps prochain.