Le Sénat de la Laurentienne force les négociations avec l’UdeS

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
Démontrer qu’il y avait une opposition à l’intérieur même de l’université.

Une motion adoptée par le Sénat de l’Université Laurentienne demande au recteur et à l’administration de négocier avec l’Université de Sudbury le transfert des programmes en français coupés. L’UdeS a confirmé le 20 avril que les démarches pour sa transformation en université de langue française étaient entamées.

La proposition a été apportée à la réunion du Sénat du 20 avril par le Comité de planification académique de l'Université Laurentienne (COPA). Elle y a d’abord été suggérée par leur professeur d’histoire, Joel Belliveau. Celui-ci siège au COPA et fait partie des professeurs qui ont perdu leur emploi le 12 avril. 

Il était d’abord incertain de participer à la réunion du COPA du 16 avril. Il a finalement décidé «de faire une sorte de coup d’éclat, affirmer mes principes en claquant la porte». À sa surprise, deux de ses résolutions ont été adoptées pour être envoyées au Sénat. Des négociations ont aussi permis de les présenter dès la rencontre du Sénat du 20 avril, au lieu d’attendre à la rencontre de mai.

La résolution est la suivante :

«Que le Sénat encourage l’Université Laurentienne à s’assoir de bonne foi avec l'Université de Sudbury et toute autre université fédérée qui pourrait vouloir adopter ces programmes [supprimés] et aider à une transition ordonnée desdits programmes et des membres du corps professoral.»

La résolution a été adoptée malgré les 5 votes contre — incluant les votes du recteur Robert Haché et une vice-rectrice. L’autre motion demandait le renversement des coupes. Il a été jugé que le Sénat n’avait le pouvoir de faire cette demande.

À la suite de la présentation de son rapport, le recteur Robert Haché a été soumis à un tir croisé de critiques

Gouvernance

Alors que le conseil des gouverneurs de l’université est principalement responsable de la gestion financière, le Sénat est responsable des décisions académiques. Cette motion est donc dans le giron de ses responsabilités. 

Cependant, l’administration a contourné au cours de la dernière année d’autres décisions du sénat. Reste à voir si ce sera le cas encore cette fois. Contactée par Le Voyageur, l’administration n’a pas voulu dire si elle obtempéra.

Mais pour Joel Belliveau, c’était surtout là l’occasion de démontrer qu’il y avait une opposition à l’intérieur même de l’université. Depuis le 12 avril, les critiques sont surtout venues de l’extérieur, alors que le Sénat a été «forcé de voter sous la contrainte». «C’est une manière de montrer qu’il y a beaucoup de professeurs, incluant ceux qui restent, qui sont très heurtés, blessés, fâchés avec tout ce qui s’est passé.»

Il s’agit aussi d’une façon de montrer que le Sénat considère que les universités fédérées n’ont pas été traitées avec le respect qu’on leur doit. «La Fédération n'a en fait pas été dissoute. Les annonces prématurées de l’Université Laurentienne à cet égard ont été profondément déroutantes pour les étudiants et le corps enseignant», dit le président du programme des études anciennes à l’Université Thorneloe et membre du COPA, Guy Chamberland.

Joel Belliveau s’explique mal pourquoi la Laurentienne tient à garder les 28 programmes francophones seulement pour les couper. «La seule raison que je peux voir, c’est qu’ils en sont venus à considérer les universités fédérées comme des rivales. Que s’il y a une offre dans les universités fédérées, c’est des étudiants qu’eux vont perdre.» 

Il croit plutôt que les choix de la Laurentienne que c’est l’Université d’Ottawa qui a plus de chance d’être la grande gagnante de toutes les coupes de la Laurentienne.

Aurait-il pu demander le transfert de tous les programmes francophones, comme le demandent de plus en plus de groupes? Peut-être, mais son instinct a été de sauver les programmes coupés. La motion avait aussi plus de chance d’être adoptée si on ne demandait pas au Sénat d’enlever encore plus de programmes à l’université qu’il tente de garder viable.

Une assemblée tenue par le Regroupement des professeurs francophones de la Laurentienne le 16 avril a bien démontré le ras-le-bol des professeurs, croit Joel Belliveau, qui est membre du comité de coordination. «Il y a beaucoup de membres qui sont encore embauchés à l’Université Laurentienne qui disait : “On a honte de cette institution-là. [Université de Sudbury] venez nous chercher. Rapatriez tous les programmes, incluant ceux que la Laurentienne a bien voulu garder”.»

Démission du chancelier

La réunion du sénat a aussi apporté des réponses plus claires entourant la démission du chancelier de l’Université Laurentienne, le journaliste de TFO Steve Paikin. 

L’administration de l’Université semblait attribuer la démission à des raisons professionnelles et qu’il restait seulement deux mois à son mandat.

Cependant, une professeure de science politique congédiée, Nadia Verrelli, a dit au Sénat avoir appelé directement Steve Paikin pour lui demander les raisons de sa démission. Il aurait répondu qu’il était très dérangé par ce qui se passait à la Laurentienne et ne voulait pas rester en poste.