Fini le cloisonnement pour les maths de 9e année

André Magny
Initiative de journalisme local - APF
Après plus de 15 ans à devoir choisir entre les cours théoriques et les cours appliqués, tous les élèves dans une classe seront désormais au même niveau à compter de la prochaine rentrée scolaire. Mais cela donne à peine deux mois aux enseignants pour revoir leur boulier.

Lors du dévoilement du nouveau curriculum, le ministère ontarien de l’Éducation soulignait que l’un des objectifs du nouveau cours était de veiller «à ce que tous les élèves puissent acquérir les compétences et la confiance dont ils ont besoin pour réussir et s’épanouir».

Pour ce faire, Stephen Lecce, le ministre de l’Éducation de l’Ontario, a annoncé que le cours de 9e année comprendrait désormais de nouveaux apprentissages obligatoires portant sur le codage, la littératie des données et la modélisation mathématique. Une plus grande place à la littératie financière sera également faite. 

Mais, surtout, l’arrivée de ce cours sonne le glas du cloisonnement.

Des parents heureux

Pour la directrice générale de Parents partenaires en éducation (PPE), Julie Béchard, dont l’organisme a été consulté — et même en français! — en prévision de cette réforme, vouloir éliminer le cloisonnement «est une bonne intention». 

Puisque tout le monde devra suivre le même cours de mathématiques, le directrice générale de PPE, Julie Béchard, se demande quelle sera la stratégie d’accompagnement dans les classes pour les élèves qui auront des difficultés.

La responsable de Timmins rappelle que, souvent, les élèves qui choisissaient les cours appliqués étaient marginalisés. Selon elle, ils étaient trop jeunes pour percevoir les conséquences de leur geste, ce qui les empêchait d’aller à l’université. Parfois, ces jeunes venaient de familles nouvellement arrivées au Canada, qui ne connaissaient pas nécessairement le système éducatif ontarien. Le changement de parcours semblait poser des défis certains pour qui souhaitait bifurquer du collégial à l’universitaire une fois son choix fait.

Le directeur général de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), Yves Lévesque, abonde dans le même sens. «Pour les élèves, ça aura du bon», en faisant référence non seulement au décloisonnement, mais également à la modernisation du cours, en particulier en ce qui concerne plus ou moins la robotique, comme le codage ou la programmation.

Le directeur général de l’AFOCSC, Yves Lévesque, convient que «tout le monde ne sera pas au même niveau dans la même classe» de mathématiques lors de la rentrée en septembre.

D’ailleurs selon le ministère, ce renouveau en mathématique est le fruit de consultations avec le monde du marché du travail afin de tenir compte des besoins des employeurs, mais aussi — et heureusement diront certains — par les recommandations formulées par les spécialistes de l’éducation.

Ne confondons pas vitesse et précipitation

Julie Béchard se demande si le personnel enseignant est outillé pour faire face à la diversité des élèves qui seront désormais dans les classes. Car, en septembre, tout le monde suivra le même cours. «À titre de parents, on voudrait que les enseignants soient bien formés», explique la directrice de PPE.

Pour sa part, Yves Lévesque est bien conscient que les enseignants n’auront pas un an pour se préparer, bien au contraire. Certes, des formations sont prévues cet été, «mais ça ne donne pas beaucoup de temps pour s’approprier le curriculum», précise le dirigeant. «Les méthodes d’enseignement, ça ne se raffine pas sur le bord d’un bureau.»

Quant aux enseignants, qu’en pensent-ils de ce chambardement?

La présidente de l'Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO), Anne Vinet-Roy, n’y va pas par quatre chemins. Si l’AEFO a bien été consultée à quelques reprises, «mais seulement une fois que le gouvernement avait pris la décision d’aller de l’avant avec ce changement majeur», sa présidente estime «qu’il aurait été souhaitable qu’une consultation porte sur la mise en œuvre du nouveau programme, les différentes options possibles pour remédier aux problèmes perçus et surtout pour discuter du moment opportun de la mise en œuvre de ce programme, afin d’éviter de le faire pendant une pandémie.»

Selon la présidente de l’AEFO, Anne Vinet-Roy, certains de ses membres sont préoccupés par le nouveau cours de mathématique, «étant donné que le programme sort en pleine pandémie et en fin d’année scolaire».

Les enseignants seront-ils fin prêts? «Non, répond Mme Vinet-Roy. Selon le ministère de l’Éducation, plusieurs ressources pour les enseignantes et les enseignants sortiront pendant l’été et à l’automne, ce qui laisse à peu près aucun temps pour bien se préparer.»

D’après la présidente, et selon certains sons de cloches provenant de ses membres qui enseignent les mathématiques, «sans une formation approfondie et le temps nécessaire pour se préparer adéquatement, il est peu probable que la mise en œuvre de ce nouveau programme se fera sans pépins.» Bien que l’AEFO ne soit pas contre ce nouveau programme, elle estime que son arrivée est trop précipitée.

Quant à Yves Lévesque, il juge, en définitive, que «le plus important, en fonction du temps limité pour la mise en place, est de s’assurer de fournir tout le soutien nécessaire aux enseignantes et enseignants pour faire la transition vers le nouveau curriculum».