En attendant la vraie université francophone, en voici une fausse

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
L’Université libre du Nouvel-Ontario

L’Université libre du Nouvel-Ontario (ULNO) sera active pendant environ deux mois et mènera à la tenue du congrès Franco Parole 3 du 23 au 25 juin. La fausse université est avant tout un collectif de chercheurs, de professeurs, d’intellectuels, d’étudiants et d'activistes qui rêvent «d’incarner la mission fondamentale de l’université en milieu francophone minoritaire», affirme Serge Miville. Elle le fera aussi par des cours en ligne gratuits et des créations artistiques. L’annonce officielle a été faite le 4 mai.

Le professeur d’histoire qui a perdu son emploi en même temps qu’une centaine d’autres de la Laurentienne est surpris mais heureux de l’enthousiasme qu’engendre son idée. «Il n’y a pas une seule personne qui m’a dit “non” ou ”whoa minute”, tout le monde dit : ”Tu as vraiment mis le doigt sur le problème et tu es en train de poser des gestes.»

Son objectif n’est pas de critiquer la Laurentienne ou de revenir sur ses décisions. «Mon objectif, c’est de prendre un traumatisme collectif et de canaliser les énergies vers quelque chose de positif et de concret pour la communauté franco-ontarienne.» Il veut ouvrir le débat, permettre au plus grand nombre d’y participer.

«Sans ces institutions-là, nous perdons la capacité d’articuler comment on existe et comment on fait pour être universel à partir de nous-mêmes», affirme Serge Miville. Ultimement, il espère que le tout prouvera la légitimité d’une université de langue française.

Pas question non plus de brouiller les cartes avec les démarches de l’Université de Sudbury, qui veut devenir l’université de langue française de Sudbury. C’est plus en «solidarité» avec celle-ci, pour préparer son arrivée, pas pour lui dicter la marche à suivre. 

Le public cible est large : sensibiliser les Ontariens, les Canadiens et les Québécois sur les enjeux existentiels d’une université pour les minorités, écouter les jeunes, attirer l’attention des gouvernements. Dans le cas de ces derniers, «c’est à leur péril de ne pas nous regarder aller», affirme Serge Miville.

La fausse université sera le miroir de ce que pourrait être une université de langue française. Elle a déjà son recteur, le chercheur Simon Laflamme, une doyenne de la faculté des Arts, la femme de théâtre Miriam Cusson et Serge Miville est le vice-recteur à la résistance. L’ULNO offrira des cours et remettra des diplômes honorifiques.

Le symbolisme va encore plus loin pour Serge Miville. «L’université libre» évoque les écoles libres du Règlement XVII, l’école de la résistance de Penetanguishene pour l’historien franco-ontarien.

Serge Miville

Volet 1 : formation

L’Université Laurentienne n’a pas le monopole de l'enseignement et de la recherche sur la francophonie et l’ULNO veut le démontrer. Pendant les deux mois où elle sera active, six cours de niveau universitaire gratuits seront offerts en ligne à raison d’un par semaine. «On est vraiment en train de reprendre les grandes lignes de l’école sociale populaire des Jésuites de Montréal des années 1911», illustre Serge Miville, qui offrira lui-même le premier cours en histoire.

Il y aura aussi un cours de biologie, un cours de philosophie, un cours de science politique… «On va montrer tout ce qu’on a perdu [à la Laurentian]», lance Serge Miville.

Dans l’esprit de partage et de formation sociale, les cours resteront accessibles sur YouTube et l’ULNO créera des fiches pédagogiques pour aider les enseignantes et enseignants des écoles secondaires à inclure ces cours dans leur programme s’ils le désirent.

Volet 2 : la faculté des arts

L’université de langue française à Sudbury est intimement liée aux arts depuis aussi longtemps que le Collège du Sacré-Cœur, alors Serge Miville ne voyait pas une ULNO sans un volet artistique communautaire. «La folie collective d’un peuple en deuil mais à qui ça tente de faire le party», dit-il en transformant la citation d’André Paiement. 

Tous les créateurs qui veulent créer et produire une œuvre artistique dans le cadre de l’ULNO seront invités à participer. Ils ont le choix du médium, du style et du mode de diffusion. «On veut vraiment juste donner un prétexte pour la création collective», explique Serge Miville. On peut déjà s’attendre à la participation de Jean Marc Dalpé, Brigitte Haentjens et Robert Paquette.

Volet 3 : Franco Parole 3

Franco Parole en 1973 a mené à la création de la Nuit sur l’étang et de l’Association des étudiants francophones de la Laurentienne. On y a aussi vu les premières demandes pour une université francophone indépendante.

Franco Parole II en 1991 est organisé à la suite de l’obtention des collèges de langue française, dans l’espoir d’obtenir une autre — en plus de Hearst — université de langue française en Ontario. 

Si le deuxième congrès n’a pas fonctionné, Serge Miville croit que «la troisième fois sera la bonne». Il espère que l’inclusion de la francophonie canadienne au complet permettra d’assurer le succès de la réflexion. «Parce que ce qui se passe à Sudbury, ce n’est pas limité à nous. C’est une réalité qui préoccupe l’ensemble de la francophonie canadienne et le Québec.»

Des noms prestigieux sont attendus, comme le chercheur de l’Université du Québec à Montréal, Yves Gingras, et le recteur de l’Université de Moncton, Denis Prud'homme, qui prononcera la conférence de clôture.

La crise sudburoise ne sera pas mise de côté et la recherche de la sortie de la crise sera aussi à l’ordre du jour, mais Serge Miville contemple une réflexion plus large que l’université de langue française à Sudbury. Ce sera la fonction sociale et culturelle de l’université en milieu francophone, son rôle dans la formation de citoyens actifs qui changent le monde, qui seront décortiquées. 

Les jeunes auront également une place de choix. «Les jeunes vont pouvoir parler de leur perspective d’avenir, que veulent-ils, leur cri du cœur. On cherche à les écouter parce que trop souvent, on ne les écoute pas», dit Serge Miville. 

«On veut littéralement avoir tout le monde autour de la table», dit-il.

L’organisation se fera en collaboration avec l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). L’ACFAS, le Centre de recherche en civilisation canadienne-française de l’Université d'Ottawa, l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques de l’Université de Moncton et le Regroupement étudiant franco-ontarien ont tous confirmé leur participation également.

Serge Miville veut aussi que les actions et les réflexions restent accessibles à long terme. «On va faire une anthologie qui va recueillir toutes les œuvres que l’on peut, toutes les communications. Parce que si ça fonctionne, on aura quelque chose à donner aux générations futures pour leur expliquer qu’est-ce qui est arrivé et comment on en est arrivé là.»

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