L’école St-Louis-de-Gonzague. Les détails entourant et surplombant la porte d’entrée font partie des éléments que veut préserver le RAC de la haute-ville.
L’école St-Louis-de-Gonzague. Les détails entourant et surplombant la porte d’entrée font partie des éléments que veut préserver le RAC de la haute-ville.

À la défense d’un vestige de l’histoire des Franco-Ontariens

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
L'école St-Louis-de-Gonzague a été construite pour les Franco-Ontariens en plein cœur du Règlement XVII

Le Réseau d’action communautaire (RAC) de la haute-ville de Sudbury veut demander au Groupe consultatif sur le patrimoine municipal d’inclure la première école élémentaire de langue française de Sudbury dans sa liste des sites patrimoniaux de la ville. Les membres du RAC travaillent depuis quelques mois sur un dossier pour établir l’importance de l’édifice, dossier qui a été présenté au propriétaire le 25 juin.

Le dossier présente une recherche sur l’ancienne école St-Louis-de-Gonzague (162, rue Mackenzie), son histoire, son architecture, sur le quartier où elle se trouve, des stratégies de préservation et son importance patrimoniale. Le quartier de la haute-ville s’étend du centre-ville jusqu’à la rue Kathleen (ou presque).

L’architecte Izabel Amarat est membre du RAC de la haute-ville et a travaillé à la recherche et l’élaboration du dossier. Elle précise qu’il démontre surtout l’intérêt de la communauté à protéger l’édifice, mais qu’ils sont également prêts à le présenter à «d’autres instances de la Ville du Grand Sudbury». 

Elle explique que le RAC tient surtout à ce que d’éventuelles rénovations par le propriétaire préservent le patrimoine architectural de l’édifice, comme les détails encadrant ses entrées et remplacer la brique par de la brique. Ce dernier détail préservera aussi l’harmonie architecturale du quartier, puisque tous ses gros édifices — l’école Sudbury Secondary et le Collège Notre-Dame entre autres — et la majorité de ses maisons sont recouvertes de briques. 

Le RAC a également mené un sondage en ligne auprès des résidents du quartier. La vaste majorité des 98 répondants croit que l’ancienne école devrait être rénovée et préservée, plus particulièrement l’extérieur. 

Des organismes francophones et des résidents ont également fourni des lettres d’appui à la préservation de l’édifice, dont l’ACFO du grand Sudbury, la Place des Arts, la Coalition Bien-Vivre Sudbury, le Centre franco-ontarien de folklore, le Carrefour francophone ainsi que les historiens Serge Miville et Serge Dupuis.

En attente

Le propriétaire — qui voudrait convertir l’école en condominium — n’a pas de travaux prévus sur l’édifice en attendant le dénouement de ses demandes de zonage. Le dossier du RAC semble avoir été bien accueilli par le représentant du propriétaire.

L’école St-Louis-de-Gonzague. Les détails entourant et surplombant la porte d’entrée font partie des éléments que veut préserver le RAC de la haute-ville.

«Ce qu’on a appris de cette rencontre, raconte Izabel Amarat, c’est qu’il n’y aura pas de changement de zonage cette année […] et qu’il n’y aura pas non plus de travaux pour la préservation de l’édifice avant le changement de zonage. Et c’est le côté qui nous inquiète, parce qu’on ne veut pas que le bâtiment se dégrade une année de plus.» Elle souligne que le toit de l’une des entrées est justement en train de s’affaisser. 

Aujourd’hui, le Sudbury Indie Cinema est le seul locataire permanent de l’édifice.

85 ans et plus d’histoire

La création de la Central Separate School, un peu plus tard renommé l’École St-Louis-de-Gonzague, est intimement liée au Règlement 17 instauré en 1912 qui limitait l’enseignement du français aux deux premières années de l’élémentaire. 

La décision de faire construire l’école en 1913 visait à rassembler tous les élèves catholiques de la ville, dont la majorité était francophone. Les classes étaient par contre divisées selon la langue. 

Alors que l’Est ontarien manifestait contre le règlement assimilateur, «de 1915 à 1927, les commissaires des écoles séparées de Sudbury ont agi comme si le Règlement XVII n’existait pas», a écrit Michael Begley dans Le Règlement XVII. Étude d’une crise et cité par Donald Dennie dans le dossier du RAC.

Les entrées séparées pour les garçons et les filles.

Les commissaires francophones ont aussi convaincu leurs collègues anglophones que pour enseigner l’anglais aux francophones, il fallait le faire en français. Grâce à leur travail, l’enseignement en français n’a jamais cessé à l’École St-Louis-de-Gonzague. 

Le sociologue Donald Dennie avance également que l’école est un symbole de la bonne volonté qui régnait entre anglophones et francophones dans la région à l’époque.

Le professeur d’histoire et titulaire de la chaire de recherche en histoire de l’Ontario français, Serge Miville, ajoute à ce concept de coopération dans sa lettre d’appui. L’édifice est une conception locale dont la construction a été rendue possible grâce à des entreprises francophones et anglophones de la région.

L’école a fermé ses portes en 1999.