Des participants à la conférence Viens au Nord
Des participants à la conférence Viens au Nord

Une décroissance démographique qui inquiète

Plusieurs solutions ont été soulevées à la conférence Viens au Nord à Temiskaming Shores.

La pénurie de main-d’œuvre qui ne semble pas s’arranger et la hausse prévue des départs à la retraite dans les prochaines années font craindre le pire aux responsables d’entreprises du Nord-Est ontarien. Heureusement, plusieurs solutions ont été soulevées à la conférence Viens au Nord à Temiskaming Shores, dont l’idée d’accueillir 100 000 nouveaux arrivants dans les prochaines années.

D’ici 2036, c’est près de 48 % de la population active qui sera à la retraite d’après Julie Joncas, de la Commission de formation du Nord-Est (CFNE). L’urgence se fait sentir et plus de 150 personnes se sont rassemblées du 11 au 13 février pour discuter des actions à prendre afin de mieux accueillir et retenir les nouveaux arrivants qui choisissent de s’installer dans le Nord.

La première de deux conférences Viens au Nord — la seconde ayant lieu du 18 au 20 février à Thunder Bay — a alterné présentations et tables-rondes. L’objectif était de faire connaitre les ressources disponibles et de mieux les coordonner pour attirer, retenir et aider les nouveaux arrivants. Tout ça dans l’optique de promouvoir le renforcement des capacités locales, le soutien mutuel et de créer un mouvement vers la croissance démographique.

La pente sera abrupte si l’on considère qu’en 2016, des 472 175 immigrants arrivés en Ontario, le Nord-Est en a accueilli à peine 3000, soit 0,63 %. Un des conférenciers a indiqué que le Nord-Est doit se fixer un objectif de 100 000 nouveaux arrivants s’il veut sortir du mode «survie».

L’agent de développement à la ville de Témiskaming Shores et maitre de cérémonie, James Frank, l’a affirmé : «Il faut combiner nos efforts, réduire les dédoublements et surtout être conscients de nous-mêmes dans les messages que nous envoyons. Les arrivants doivent sentir qu’ils sont les bienvenus pour qu’ils veuillent rester. C’est ce que nous avons à faire!»

James Frank

Partager les bonnes pratiques

L’une des problématiques soulevées plusieurs fois au cours de la conférence est que les organismes qui s’occupent des questions de main-d’œuvre et ceux qui se penchent sur l’accueil des nouveaux arrivants travaillent actuellement chacun de leur côté. Tous s’entendent pour dire que davantage de collaboration serait bénéfique à l’ensemble de la communauté et des intervenants.

Une autre idée entendue à plusieurs reprises est qu’il est insuffisant de vanter la qualité de vie près de la nature. Il y a d’importants avantages économiques à venir s’installer dans le Nord-Est, une région qui offre tous les services de santé, d’éducation et de vie communautaire dont peuvent rêver les nouveaux résidents. Il serait avisé de mettre l’accent sur ces facteurs, au-delà du plaisir que procure le contact de la nature nord-ontarienne.  

La présentation de la ville de Smooth Rock Falls a injecté une bonne dose d’optimisme chez les participants. Cette ville mono-industrielle a considérablement décliné à la fermeture de son usine de pâtes et papiers en 2006, mais elle a depuis repris du poil de la bête. Elle annonce à l’international, offre des terrains peu dispendieux, donne des congés de taxes et, grâce à ces mesures, elle remonte la pente petit à petit.

Des groupes locaux qui font la différence

Une constante demeure : le facteur humain demeure le plus important. Bâtir des relations est une étape cruciale pour les nouveaux arrivants, peu importe d’où ils viennent. L’immigrant demeura au Nord-Est s’il y développe un sentiment d’appartenance et qu’il sent qu’il contribue à la communauté. Il revient donc aux communautés de prendre les devants.

Par exemple, à Kirkland Lake, un groupe d’accueil apporte du soutien à long terme à ceux qui viennent s’y installer. Ailleurs, des comités locaux d’intégration ont été mis sur pied grâce à des armées de bénévoles motivés. Souvent, l’une des étapes nécessaires est de former la population locale sur la différence.

Au terme de la conférence Viens au Nord 2020, James Frank relève qu’il ne manque pas de gens, d’institutions ou d’organismes prêts à recevoir des nouveaux arrivants dans les communautés. Ce qui manque, ce sont plutôt des données et des outils pour mesurer des aspects comme l’adaptation culturelle, la présence ou non de diversité, de racisme aussi sur le terrain.

Les suivis après la mise en place de services sont déficients et peu de ressources sont disponibles pour les résidents temporaires, remarque l’agent de développement de Témiskaming Shores. Même les services existants sont sous-utilisés ou méconnus.

Somme toute, James Frank se dit «content du déroulement de la conférence. L’avenir dira si les gens vont agir».