Une serre faite en bois Thermalwood.
Une serre faite en bois Thermalwood.

Thermalwood Canada considère s’établir à Dubreuilville

Verra-t-on du bois du Nord dans une guitare Fender?

La petite communauté de Dubreuilville pourrait voir naitre une nouvelle entreprise d’ici deux ans. Thermalwood Canada, une compagnie néobrunswickoise qui transforme le bois par processus de torréfaction, tente d’y installer une nouvelle division.

La technologie préconisée par l’entreprise chauffe le bois à plus de 200°C pour le faire sécher. «Ça donne une belle couleur, très riche, pour remplacer le bois vert traité. Le produit final est bon pour les planchers, les meubles, le revêtement de maisons et les clôtures. Il n’a pas besoin d’être traité et a une durée de vie de plus de 25 ans», présente l’instigateur du projet, Patrice Dubreuil.  

L’homme d’affaires croit fortement au projet et à l’entreprise Thermalwood, raison pour laquelle il est devenu l’un des investisseurs de la compagnie dernièrement. «Nous avons fait deux études de faisabilité qui indiquent que le potentiel du commerce est très viable [à Dubreuilville], avec de bonnes marges [de profit]», révèle Patrice Dubreuil.

D’autres joueurs font aussi avancer l’idée : la Corporation du développement économique et communautaire de Dubreuilville (CDEC), en partenariat avec Thermalwood Canada, est appuyée par la mairesse et le conseil municipal.

«On espère que ça va arriver et le projet me tient à cœur. C’est un bon projet et tout le monde souhaite sa réalisation», confie l’agente de développement économique de Dubreuilville, Melanie Pilon.

Une séance de consultation communautaire s’est tenue le 22 avril par téléconférence. Si l’agente estime que les réactions ont été positives, elle explique aussi que certains résidents préfèrent attendre que la nouvelle soit officielle avant de célébrer, car ce ne serait pas la première fois qu’ils entendent parler de création d’emplois pour ensuite être déçus.

Une serre faite en bois Thermalwood.

Diversifier et stimuler l’économie locale

Depuis plusieurs années déjà, l’économie de Dubreuilville repose en grande partie sur le secteur minier. «Ce n’est pas tout le monde qui veut travailler pour la mine, fait remarquer Mme Pilon. La compagnie génèrerait sept à dix emplois locaux au début, et ensuite possiblement jusqu’à vingt. Ce serait un énorme avantage pour Dubreuilville, d’autant plus que cette nouvelle compagnie paierait les taxes de propriété.»

Du même coup, le projet stimulerait les fournisseurs de bois de la région puisque la nouvelle division de Thermalwood s’approvisionnerait chez eux.

«On pourra acheter le bois de White River et Hornepayne, et surtout acheter du bois des plus petits moulins. Les petites entreprises auront un endroit où vendre leur bois de façon régulière», prévoit Patrice Dubreuil.

Les moulins de cèdres doivent normalement laisser sécher leur bois à l’extérieur pendant deux à trois ans, mais avec la nouvelle technologie Thermalwood, le bois pourrait être prêt en 48 heures.

«On va pouvoir acheter des truckloads [cargaisons de transport] d’un coup et, des fois, ils ne vendent même pas ça dans un an. On va pouvoir aider les petits opérateurs qui font la culture du bois plus recherché, comme le birdseye [l’érable piqué] que la compagnie Fender achète pour ses manches de guitares», raconte M. Dubreuil.

L’entrepreneur Patrice Dubreuil est l’instigateur du projet d’installer une division de Thermalwood à Dubreuilville.

L’entreprise Thermalwood fournit aussi des trousses «clé en main»; elle prépare le bois, l’estimation et le plan — d’une serre par exemple — pour faciliter la tâche à l’acheteur, qui n’a plus qu’à concrétiser son projet.

Un emplacement de rêve

L’emplacement unique de Thermalwood dans l’Est canadien empêche l’entreprise de profiter de certaines opportunités ailleurs au pays. La création d’une division «nordique» à Dubreuilville est d’autant plus intéressante pour l’entreprise.

«On est bien positionnés pour exporter à partir du centre du Canada. Pour répondre aux demandes dans l’Ouest, on pourrait passer le bois dans le fourneau à Dubreuilville et aller en Colombie-Britannique. On couperait la moitié du trajet et des frais», évalue Patrice Dubreuil.

La technologie Thermalwood se pose en concurrente du bois vert, mais à l’inverse de celui-ci, le bois traité par Thermalwood ne contient aucun produit chimique et peut durer entre 25 et 35 ans, même à l’extérieur.

De plus, le processus de torréfaction qui transforme les sucres présents dans le bois le rend du même coup résistant aux insectes. Cet élément est très recherché dans les pays infestés de termites, comme la Jamaïque. Dans ce pays, les hôtels Marriott sont déjà un client important de Thermalwood Canada.

Prochaine étape

La municipalité de Dubreuilville développe présentement une entente avec le propriétaire du terrain ciblé, Yvan Fillion. Cet habitué du secteur forestier était à la retraite quand il a décidé de s’emparer du terrain de l’ancienne compagnie Dubreuil Forest Product (DFP) l’automne dernier. Il démonte maintenant certains des vieux édifices et cherche à revendre, à prix réduit, les pièces de machinerie qui s’y trouvent.

Une fois son travail terminé, l’opération occuperait idéalement une partie de ce terrain, soit un édifice autrefois connu sous le nom de «nouveau planeur». Sinon, l’étude de faisabilité a identifié plusieurs possibilités d’emplacements, donc l’équipe pourra choisir un autre site dans le village si nécessaire.

Le «nouveau planeur» de l’ancienne compagnie DFP est le site souhaité pour la division nord de l’entreprise Termalwood Canada.

L’entrepreneur Patrice Dubreuil songe même déjà à développer une ligne de meubles extérieurs qui pourront être confectionnés au même endroit. Il promet de bientôt révéler le nom de cette entreprise additionnelle.

Le saviez-vous?

Patrice Dubreuil est le petit-fils d’un des quatre frères fondateurs du village et de la compagnie forestière qui portait le nom Dubreuil Brothers Ltd. à ses débuts. Près de 60 ans après la création de Dubreuilville et de son moulin, verra-t-on une nouvelle génération y redémarrer l’industrie du bois?