Le Relais Magpie à Dubreuilville
Le Relais Magpie à Dubreuilville

Portrait de l’industrie du tourisme en pandémie

Éric Boutilier
Éric Boutilier
Le Voyageur

La saison touristique 2021 s’annonce un peu mieux que la précédente. Plusieurs visiteurs en provenance de diverses régions de l’Ontario et du Québec profitent déjà d’activités touristiques qui ont repris dans le nord de la province. Avec la réouverture de la frontière avec les États-Unis en début de semaine, un sentiment d’optimisme modéré semble régner chez certains entrepreneurs.

Les pourvoyeurs et les exploitants d’entreprises touristiques du Nord de l’Ontario ont été durement touchés par la pandémie l’an dernier. Plusieurs n’ont tout simplement pas pu accueillir autant de clients que d’habitude en raison des nombreuses mesures entourant le confinement, les restrictions de voyages et la fermeture de la frontière canado-américaine et celles des provinces voisines.

Le Voyageur a recueilli des témoignages de deux propriétaires de logements touristiques : Nicole Guertin du gite Les suites des Présidents de Haileybury et Patrice Dubreuil du Relais Magpie de Dubreuilville.

Comment se porte l’industrie dans votre région?

N. Guertin : On est juste au début avec les choses qui relâchent, mais on voit avec la fin de semaine de la construction beaucoup de bateaux à voile à Ville-Marie, beaucoup de monde en bateau et des clients qui sont venus en moto d’Amos. Les choses commencent à bouger. Je pense que c’est venu vite avec le relâchement de la troisième vague. On sent que les gens sont prêts à bouger. On a deux petites terrasses nous autres à Haileybury. Avec l’Autochtone et Whiskey Jack, on voyait que c’était plein en fin de semaine.

Nicole Guertin

P. Dubreuil : Dans la région du Nord de l’Ontario, plus particulièrement à Dubreuilville, Wawa et White River, les opérateurs de tourisme éloigné (tous les camps où les clients volent en avion ou même arrivent en voiture, etc.), il y a encore beaucoup de difficulté parce qu’il y a une bonne partie de la clientèle qui est typiquement américaine. Alors tant que la frontière ne sera pas ouverte, on va continuer à avoir des difficultés pour ces gens-là. Oui, les gens se promènent en vacances, mais ce n’est pas le même volume de touristes qu’on a habituellement à cause des Américains qui traversent la frontière et qui veulent pratiquer le tourisme nord-ontarien.

Avez-vous remarqué une différence du nombre d’appels cette année comparativement à 2020?

N. Guertin : Une fois que ça avait été relâché, c’est un peu semblable. L’année passée est devenue occupée aussi. Cette année, c’est juste un petit peu plus tard. Les appels ont commencé le 1er juillet, mais c’est plus dans la dernière semaine, depuis le relâchement, qu’il y a plus d’intérêt. C’est certain pour notre hébergement, on est quand même limité avec le nombre d’espaces. On ne peut pas recevoir tant de gens que ça. Mais on voit aussi avec 101 Expériences, on a développé des expériences que le monde commence à mettre en personne.

P. Dubreuil : C’est certain qu’il y a une baisse. Des opérateurs pourraient dire que des gens ont eu une baisse de 30 %, 40 %, jusqu’à 60 %. Par contre, on voit que ça veut recommencer. Il y a des appels, des gens que ça fait longtemps qu’ils attendent. Ça veut repartir, mais ça prend du temps. Après ça, il y a le problème de la main-d’œuvre. Alors c’est difficile pour nous aussi de trouver la main-d’œuvre pour gérer et pour opérer nos installations. C’était une autre chose qui était difficile parce que les gens se sont trouvé peut-être d’autres emplois ou ne sont pas nécessairement prêts à revenir. Tout ça, ça fait une échelle de boule de neige.

Patrice Dubreuil

Croyez-vous que les touristes américains/québécois seront de retour cette saison?

N. Guertin : C’est clair qu’on a beaucoup de clients du Québec. J’ai une cliente qui avait hâte de revenir parce qu’elle avait annulé quelques réservations. Il y a un gros marché en Abitibi-Témiscamingue. Même si ça fait 25 ans que je le dis, et qu’encore, on fait très peu de publicité dans cette région-là, les gens, quand ils viennent, ils sont tellement surpris. On est à moins d’une heure et demie de Rouyn-Noranda. C’est quand même 50 000 personnes qui n’ont pratiquement nulle part à aller. Ils ne veulent pas aller à Montréal ces temps ici. Ils découvrent notre région et c’est comme “Wow, comme ça vous êtes là et on ne le savait pas”.

P. Dubreuil : Oui c’est garanti. J’opère différents commerces. Il y a même à un endroit particulier où on louait des cabines, etc. qui avaient été réservées par les Américains pour l’été. Puisque les Américains ne pouvaient pas s’y rendre et traverser la frontière, on était en mesure de les louer. Mais là, on vient nous dire que vous devez quitter les lieux parce que le touriste américain veut prendre le chalet pour ce qui reste de l’été. Je pense qu’il va y avoir beaucoup de choses comme ça, parce qu’il y a des gens, le touriste américain souvent va à un camp en particulier, année après année. C’est une tradition familiale, tradition saisonnière. Alors ces gens-là vont surement vouloir reprendre leurs vieilles habitudes. On veut les encourager à faire ça aussi. C’est important pour l’économie nord-ontarienne.