Les défis de l’immigration francophone en région

Marc Dumont
Marc Dumont
Initiative de journalisme local - APF

La question de l’immigration dans la région de Témiskaming Shores est un défi à plusieurs niveaux et l’immigration francophone a un niveau de complexité supplémentaire. Une rencontre à New Liskeard organisée par l’agente de développement économique du Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario, Marie-Josée Tremblay, a abordé ce sujet complexe. 

La rencontre a donné l’occasion de présenter les services offerts, les meilleures stratégies de recrutement et entendre les préoccupations des entrepreneurs de la région. 

«On a tout essayé et il a fallu se résigner à chercher à l’international. Nous avons réussi à intéresser une personne de la Turquie», explique une entrepreneure d’Earlton, Denise Rivard.

Stéphanie Cotnoir, de la Société économique de l’Ontario (SÉO), explique qu’il faut cibler des immigrants avec un statut temporaire qui sont habitués à la ruralité. «C’est inutile de regarder dans les grandes villes du côté des immigrants avec un statut permanent, ils sont installés et ne déménageront pas», explique-t-elle. 

Ici comme ailleurs, il y a bien plus de postes disponibles que de demandes d’emploi. «Notre concurrent, ce sont les mines qui peuvent payer de bien meilleurs salaires. On forme des employés et ils quittent au bout de trois ans. Tout est à recommencer», ajoute un autre entrepreneur, Francis Beaulac.  

Le problème de l’immigration francophone pour les entreprises de la région du sud du Témiskaming est si préoccupant que plusieurs entrepreneurs vivent un sentiment de fatalité ou de surmenage causé par les pénuries de main-d’œuvre.

Plus d’une pénurie

S’il y a pénurie de main-d’œuvre au Témiskaming, il y a aussi pénurie de logements. «Si on recrutait un immigrant, on ne pourrait pas le loger. Même les gens d’ici ont de la difficulté à trouver du logement», relève M. Beaulac. 

Lors d’une des présentations, Stéphanie Cotnoir a donné des exemples d’immigration francophone réussie. À certains endroits, des propriétaires d’entreprises ont construit des unités de logement pour ensuite les louer aux immigrants. Elle reconnait que c’est le problème le plus criant dans le Nord de l’Ontario : «Cette solution de bâtir pour louer est bonne pour les plus grosses entreprises, mais, ici, les petites entreprises n’ont pas cette capacité», rétorque Francis Beaulac. 

Une partie de la solution serait alors d’entreprendre un dialogue avec la municipalité. «C’est sous la pression des ainés que la municipalité de Témiskaming Shores a finalement donné du terrain pour la construction des 64 unités de logement au nord du Waltmart. Si le conseil municipal entend un message des gens d’affaires suffisamment fort, ça pourrait faire bouger les choses. Ça n’arrivera pas du jour au lendemain, mais il faut commencer quelque part», intervient l’agent de développement économique à Témiskaming Shores, James Frank. 

«Puis il faut que les entrepreneurs parlent au député fédéral, Antony Rota. C’est le gouvernement fédéral qui fixe les taux d’immigration. Je lui en parle à chaque occasion, mais c’est surtout aux entrepreneurs de faire connaitre leurs besoins, ajoute M. Frank. Les cinq plus grandes agglomérations urbaines du Nord de l’Ontario ont profité d’un projet pilote pour promouvoir l’immigration chez eux avec un certain succès. Nous sommes la 6e région urbaine et on profiterait aussi du même projet.» 

Le Nord de l’Ontario reçoit 1 % de l’immigration de la province. Les préjugés sur le Nord constituent un obstacle additionnel : la neige, la géographie, les services éducatifs et de santé… 

«Beaucoup d’immigrants croient que l’Ontario termine à Barry», se désole Mme Cotnoir. Pour aider à briser certaines idées préconçues sur le Nord, Témiskaming Shores a réalisé une vidéo promotionnelle mettant en valeur des histoires à succès d’immigrants installés dans la région.