Le marché immobilier sudburois en pleine transformation

Philippe Mathieu
Philippe Mathieu
Le Voyageur
Une augmentation de 37,8 % des prix

Le marché immobilier canadien a connu une croissance exponentielle depuis le début de la pandémie. À Sudbury, les agents immobiliers voient des prix et des ventes comme ils n’en ont jamais vu auparavant. «C’est incroyable ce qui se passe en ce moment», dit un agent immobilier de la région, Paul Pelland. 

Le Sudbury Real Estate Board rapporte que le prix moyen des maisons vendues en janvier 2021 était de 356 633 $, contre 258 776 $ en janvier 2020. Une augmentation de 37,8 %. Des prix inatteignables pour les premiers acheteurs, dit M. Pelland. «Ça fait quasiment 30 ans que je vends des immeubles. Je n’ai jamais vu rien comme ça dans ma vie», ajoute M. Pelland. 

À l’échelle nationale, le prix moyen des maisons en février a atteint le chiffre record de 678 091 $, en hausse de 25 %.

L’agent immobilier travaille surtout dans la région de Vallée Est. Le nombre de propriétés à vendre pourrait expliquer à elle seule l’état du marché. «Dans des temps normaux, dans la Vallée, on aurait environ 150 à 200 maisons à vendre. Je pense que tout de suite, on a quelque chose comme cinq maisons à vendre dans toute la région», explique-t-il. 

En fait, selon le Sudbury Real Estate Board, le nombre de nouvelles maisons sur le marché a diminué de 7,9 % entre janvier 2020 et janvier 2021.

Selon l’entreprise de location de camions de déménagement U-Haul, le Grand Sudbury figurait au sixième rang des villes où ont déménagé les gens au Canada en 2020, devant Vancouver et Sarnia. North Bay était en première place.

Il s’agit d’un pic assez important pour la plus grande ville du nord de l’Ontario. Selon U-Haul, le Grand Sudbury ne figurait même pas dans le top 25 des villes du Canada en 2019.

Bon marché pour les vendeurs

Stimulés par les grands profits de la vente immobilière dans les grandes villes, les acheteurs qui souhaitent s’installer dans les plus petites localités n’ont aucun problème à acheter des propriétés qu’ils voient comme étant bon marché; alors qu’un acheteur de Sudbury pourrait la considérer comme trop chère.

Une maison en rangée de trois chambres à Oakville, a été vendue 1 million $, 250 000 $ au-dessus du prix demandé. Un petit bungalow de Toronto acheté pour 550 000 $ en 2011 est en vente pour 1 125 000 $.

Le prix moyen d’une maison dans le grand Toronto a dépassé le seuil de 1 million $ pour la première fois en février. Le prix de vente d’une maison individuelle a bondi de 23 % par rapport à l’année précédente, atteignant 1 371 791 $. 

Le marché sudburois déstabilisé

Les statistiques démontrent que les premiers acheteurs de maison sont grandement désavantagés. Paul Pelland explique que le système a changé et ressemble à la méthode australienne : un système d’enchères qui permet aux plus riches d’arriver en tête. 

«Ça fait quasiment 30 ans que je vends des immeubles. Je n’ai jamais vu rien comme ça dans ma vie», lance M. Pelland. «Chaque fois qu’on veut vendre une maison, on donne une heure spécifique pour commencer les enchères. Jamais auparavant dans ma carrière je ne savais à quelle date et à quelle heure je vendrais une propriété.», dit-il. 

Ce qui est un inconvénient particulier pour les acheteurs d’une première maison, c’est que la plupart des maisons se vendent bien au-dessus du prix demandé. De plus, il y a de la nouvelle compétition. «Neuf fois sur dix, l’offre la plus haute est faite par quelqu’un qui vient de l’extérieur de la ville», annonce l’agent. 

Les propriétés locatives sont aussi vendues à des niveaux records dans la région. «Cela signifie seulement que le loyer est sur le point d’augmenter pour les locataires de Sudbury, ce qui pourrait causer de grands dommages à notre communauté et potentiellement rendre de nombreuses personnes sans-abris», prévient-il. 

Impossible pour l’instant de savoir si le marché ralentira, s’effondrera ou continuera d’augmenter., M. Pelland s’en tient au même conseil qu’il a toujours donné aux acheteurs d’une première maison : «sauvez autant de vos sous que vous le pouvez et n’achetez pas ce dont vous n’avez pas besoin».

L’effet de la pandémie

La pandémie semble être la principale cause de ces changements. Elle a forcé un nombre record de personnes à travailler à domicile. Certaines personnes vivant dans les grandes villes ont fait le calcul qu’il ne vaut plus la peine de payer plus cher pour vivre en ville simplement pour s’assoir devant leur ordinateur pour des appels Zoom. Certains ont envie de vivre à la campagne, d’autres veulent vivre plus près de leurs amis et de leur famille, etc.

Les plus petites  villes comme Sudbury et North Bay deviennent plus attrayantes pour la qualité de vie.

«Tout le monde commence à se rendre compte que Sudbury est en train de devenir très importante. La ville est en train de devenir un des meilleurs endroits où vivre dans tout le pays», croit Paul Pelland.

Augmentation du niveau d’épargne

Avec moins d’argent à dépenser pour le restaurant, le cinéma, les voyages et d’autres produits et services de luxe, certains Canadiens ont économisé comme jamais auparavant. 

Avant la pandémie, les Canadiens épargnaient seulement de 2 à 3 % de leur revenu disponible. Ce pourcentage est passé à 28,2 % au deuxième trimestre de l’année 2020 selon Statistique Canada. Les statistiques montrent que les Canadiens épargnent pour rembourser leur dette et acheter des actifs, comme l’immobilier.