Roby Joseph et Shella Pascal de la Cuisine communautaire
Roby Joseph et Shella Pascal de la Cuisine communautaire

Le gout de l’Haïti

Philippe Mathieu
Philippe Mathieu
Le Voyageur
Cuisine communautaire, un restaurant né en plein milieu de la pandémie

Roby Joseph, natif d’Haïti, a voulu partager les souvenirs de la cuisine de son enfance avec les Sudburois. Il a créé la Cuisine communautaire au mois de mai, en plein milieu du confinement. 

Le Président de la Communauté haïtienne de Sudbury avait remarqué qu’il n’y a pas de restaurants haïtiens dans la région. «Il y a un restaurant jamaïquain sur la Notre-Dame, dit-il, et on peut utiliser les mêmes ingrédients, mais la préparation [à la manière haïtienne] est différente.»

M. Joseph avait eu l’idée d’offrir ce service avant la pandémie. «La demande était toujours là», affirme-t-il. Mais quand la COVID-19 a rejoint le Canada, il a soudainement gagné un peu plus de temps pour créer son entreprise.

La Cuisine communautaire trouve ses racines dans les grandes célébrations que la Communauté haïtienne de Sudbury organise pour des évènements spéciaux. Le renvoi de leurs camarades en début d’année scolaire, les mariages, les réceptions-cadeaux pour bébé, le retour des élèves à la fin du trimestre et autres rassemblements intimes. «C’est une grande famille et nous invitons d’autres gens des autres communautés à nous joindre», il raconte fièrement.  

Chaque repas inclut du riz collé ou du riz djondjon, de la salade, du plantain et un choix de viande ou de poisson. «Il y a une très grande variété», dit M. Joseph. La Cuisine est ouverte sept jours sur sept et offre aussi un service de traiteur pour des fêtes.

Un travail d’équipe, de communauté

Bien que M. Joseph soit le visage public de la Cuisine, s’occupe des affaires commerciales et livre lui-même toutes les commandes gratuitement, il ne travaille pas seul. Son partenaire, Shella Pascal, s’occupe de préparer les repas chez elle avec l’aide de sa belle-mère, que M. Joseph appelle sa «grand-maman».

Les trois sont des membres de la Communauté haïtienne de Sudbury. Présentement, les opérations sont basées dans les maisons de M. Joseph et de Mme Pascal, ce qui fonctionne bien puisqu’ils sont voisins. Ils sont maintenant à la recherche d’un local pour gérer la Cuisine plus efficacement et ils espèrent s’installer dans les prochains mois.

Appel aux jardiniers locaux

Après avoir reçu des concombres du jardin d’une cliente lors d’une livraison, M. Joseph a eu l’idée «de faire quelque chose de spécial avec ce précieux cadeau», a-t-il écrit sur la page Facebook de la Cuisine. Il est à la recherche de tomates, de concombres, de piments et d’autres fruits & légumes de jardins locaux sous forme de marchandise ou de don afin de les utiliser dans leurs repas.

M. Joseph et Mme Pascal priorisent justement l’utilisation d’ingrédients de haute qualité. Souvent, cela signifie voyager à l’extérieur de la ville pour acheter ces produits, mais ce n’est pas toujours le cas.

Pour encourager l’utilisation de tous leurs ingrédients frais afin de limiter le gaspillage, la Cuisine propose un menu du jour, qui est également bénéfique pour le client qui apprécie une alimentation variée et les aventures culinaires.

Les gens intéressés à commander ou à donner leurs fruits et légumes peuvent envoyer un message à la Cuisine communautaire sur leurs pages Facebook et Instagram ou en composant le 705-920-5841.

L’Haïti au Canada, une histoire de courage

De nos jours, il n’est pas rare d’entendre l’histoire d’une personne quittant son pays à la recherche d’une meilleure qualité de vie. Nous écoutons ces histoires de personnes fuyant la guerre en Syrie et des pays les plus pauvres du monde.

Haïti donne beaucoup de raisons à son peuple de quitter le pays, explique M. Joseph. «Le niveau de pauvreté, le niveau de vie est tellement bas, que tout le monde veut quitter le pays. […] Le racisme est tellement profond que le Haïtien subit le racisme chez lui», affirme M. Joseph.

Même s’il y avait beaucoup de raisons pour quitter Haïti, il raconte que ce n’était pas facile. «Ça prend beaucoup [de courage] pour pouvoir quitter sa terre natale pour immigrer ici au Canada».

M. Joseph a immigré au Canada en 2003 et vit à Sudbury depuis 2013. Il détient un diplôme du Collège Boréal en Génie Civil et un baccalauréat de l’Université Laurentienne en Service social. Présentement, il est inscrit au baccalauréat en Administration des Affaires et travaille au Salon du Livre à Sudbury comme directeur adjoint.