Le couvre-feu québécois traverse la rivière

Éric Boutilier
Éric Boutilier
Le Voyageur
Les résidents de Thorne et d’Eldee sont en quelque sorte assujettis au couvre-feu instauré par le Québec dans la plupart de ses régions — y compris l’Abitibi-Témiscamingue.

Les résidents de ces petites municipalités ontariennes ont l’habitude de faire leurs épiceries à Témiscaming, de l’autre côté de la rivière des Outaouais. 

Le gouvernement du Québec a instauré un couvre-feu pour tenter de freiner la propagation de la COVID-19. Il est interdit d’être hors de son domicile entre 20 h et 5 h, à quelques exceptions près. Témiscaming est la ville la plus près. Sinon, ils doivent parcourir plus d’une centaine de kilomètres aller-retour à North Bay. 

Les restrictions incommodent les échanges entre ces villes voisines et certains propriétaires de commerces commencent à en ressentir les effets.

«Les choses sont pires parce qu’ils ont fait un confinement. Les gouvernements ont dit à tout le monde de rester chez eux», témoigne la copropriétaire du dépanneur Goulet d’Eldee, Manon Goulet. «On est rendu que ce n’est que moi et mon mari qui travaille tout seul les matins. On a été obligé de faire ça pour survivre et continuer [à opérer].»

En affaires depuis tout près de trois décennies, le couple a remarqué une baisse significative de leurs ventes et de la demande pour leurs services. Les automobilistes qui empruntent la route 63 se font de plus en plus rares depuis le mois de mars 2020.

«Il n’y a presque plus de monde sur le chemin. Après 20 h, il n’y a qu’une voiture de temps en temps», illustre-t-elle.

«C’est juste pour l’essentiel qu’ils ont droit de venir en Ontario, donc on a bien moins de monde qu’on avait d’habitude. On veut [nous aussi] sortir pour aller au Québec, mais je ne pense pas qu’on est vraiment supposé. Il y en a qui prennent le droit, mais encore, ce n’est que pour l’essentiel».

Les villages de Thorne et d’Eldee font partie du territoire non organisé du nord-est du district de Nipissing.