La SGDN a toujours l’œil sur une communauté du Nord-Ouest

Éric Boutilier
Éric Boutilier
Le Voyageur
Les avis sont partagés pour l'enfouissement de déchets nucléaires à Ignace

La Société de gestion des déchets nucléaires (SGDN) poursuit sa consultation de communautés qui pourraient éventuellement accueillir un site d’enfouissement en couche géologique profonde. Le Canton d’Ignace, dans le Nord-Ouest de la province, et la municipalité de South Bruce, près de Walkerton, sont deux des endroits qui sont encore intéressés ou en lice pour héberger le site.

Le Canada a un inventaire de 2,9 millions de grappes de combustibles nucléaires irradiés. Empilés comme du bois de corde sec, ils pourraient recouvrir l’équivalent de huit patinoires jusqu’à la hauteur des bandes.

La SGDN projette que la quantité de combustible pourrait atteindre 5,5 millions de grappes lorsque les réacteurs nucléaires actuels du pays seront en fin de vie. Conséquemment, elle a besoin d’un endroit pour entreposer de façon sécuritaire ces déchets, qui ne peuvent être détruit.

La plupart des villes nord-ontariennes qui étaient en lice pour accueillir le site — dont Blind River, Elliot Lake, Hornepayne, Manitouwadge, le Canton de North Shore, Spanish, Wawa et White River — ont été éliminées après les études réalisées par la SGDN.

Par contre, dans le cas d’Ignace, le paysage souterrain entourant la collectivité de 1200 résidents serait idéal, selon l’organisme créé par les producteurs canadiens d’électricité d’origine nucléaire et conformément à la Loi sur les déchets de combustible nucléaire (LDCN).

«En 2014, la SGDN a réalisé plusieurs études pour déterminer où développer un site d’enfouissement en couche géologique profonde. Parmi ces analyses, nous avons complété des études géoscientifiques, des levés géophysiques aériens, des observations et une cartographie sur les caractéristiques géologiques et creuser des forages dans l’endroit où pourrait retrouver un entrepôt», précise le directeur des communications régionales du Nord de l’Ontario de la SGDN, Vince Ponka.

«Nous avons eu des discussions avec plusieurs personnes dans la région quant à la sélection d’un endroit qui pourrait être convenable à ces fins. Ce serait dans la formation rocheuse batholite Revell, située à 35 kilomètres à l’ouest d’Ignace, au sud de la Transcanadienne 17.»

Une décision ne sera prise qu’en 2023 et prendra en considération plusieurs aspects, comme la sécurité et la volonté de la population de la ville. 

Manque de profondeur

Toutefois, des regroupements comme Northwatch semblent avoir de graves préoccupations concernant le projet. «La SGDN a l’intention de forer des puits de 500 à 1000 mètres de profondeur, creuser des tunnels jusqu’à un kilomètre de longueur, faire le dynamitage de larges cavernes, déposer les déchets en question, emballer le site avant de l’abandonner», soulève la porte-parole de Northwatch, Brennain Lloyd.

«C’est vraiment une étude de grande taille menée par l’industrie nucléaire, appuyée par le gouvernement fédéral. Il y a plusieurs incertitudes par rapport à la durabilité des contenants qui vont entreposer les combustibles et du mélange de bentonite et de sable qui vont agir comme barrière», poursuit-elle.

«La SGDN continue à décrire le projet comme si elle a de l’expérience avec ces méthodes d’enfouissement. Aucun exploitant nucléaire dans le monde n’en a. Le design du projet est toujours en évolution, mais ça ne veut pas dire qu’elle est plus près d’avoir un système qui va fonctionner pendant des centaines de milliers d’années, ce qui est requis.»

Avis partagés

Le projet de site d’enfouissement en couche géologique profonde de la Société de gestion des déchets nucléaires (SGDN) ne laisse personne indifférent dans le canton d’Ignace, dans l’ensemble du Nord-Ouest de l’Ontario et ailleurs. La proposition divise. Voici quelques témoignages concernant l’entreposage souterrain possible d’une grande quantité de déchets nucléaires. Ils ont été édités par souci d’espace.

«Le site d’enfouissement en couche géologique profonde amènerait un peu d’industrie dans notre ville. Ce serait avantageux pour nous d’être une communauté hôte. L’endroit en question se retrouve sur des terres de la couronne. Le conseil municipal devrait adopter une résolution en faveur de cette installation. Je veux voir grandir notre communauté. Ce serait bien de ne pas avoir à voyager 110 kilomètres pour se faire couper les cheveux. La plupart de nos enfants ne reviennent pas après avoir été au collège ou à l’université. En ayant le site d’enfouissement en couche géologique profonde, peut-être certains pourraient revenir ici après l’école».

— Warren Clark, résident d’Ignace


«Le canton d’Ignace a indiqué qu’elle pourrait être une communauté hôte pour ces déchets nucléaires qui vont contaminer la région pendant un million d’années. Nos enfants et plusieurs milliers de générations devront vivre avec une décision qu’ils n’ont pas pris eux-mêmes. Depuis l’époque biblique, on indique qu’il faut traiter nos voisins comme soi-même. Si nos voisins du sud ne veulent pas ces ordures nucléaires, qu’ils ne nous les imposent pas non plus. Les déchets devraient rester sur les terres des centrales qui sont déjà contaminées».

— Paul Filteau, résident de Thunder Bay


«Je suis propriétaire d’un terrain à côté de l’endroit où serait situé le site. Je me suis informé et je crois que le canton devrait accepter le projet de la SGDN. La région a été exploitée à des fins industrielles et économiques pendant plusieurs années. Où était tout le monde lorsque les bassins de rejets et les puits de mine partiellement ouverts ont été abandonnés? Que disaient les gens lorsque des coupes à blanc ont chassé les animaux d’ici? Que dire de la boue rouge — en provenance de minéraux contaminés — qui se retrouve dans nos rivières? La SGDN a au moins un plan pour redonner à la région. Ils ont des preuves scientifiques pour justifier leur projet.»

— Johnny Kabai, résident d’Ignace


«Je suis entièrement en faveur du projet. La communauté a besoin de nouvelles entreprises et d’un renouveau. Les valeurs de nos terres vont augmenter. Les études scientifiques m’ont convaincue».

— Tyler Macleay, résident d’Ignace


«Je suis entièrement contre le projet. Tous les gens qui demeurent tout au long du parcours devraient avoir le droit de dire leur mot à ce sujet. Les cours d’eau dans l’ensemble des bassins pourraient être affectés».

— Wendy Mitton, résidente de Calgary


«Nous y sommes favorables au projet et nous espérons que la SGDN trouvera un site ici. Nous croyons que le projet va amener plusieurs emplois surs et des opportunités pour les jeunes dans cette région».

— Michelle et Morris Robinson, couple de Dyment


«Je ne suis pas en faveur du projet. Ce serait la pire erreur que pourrait faire Ignace. Les déchets nucléaires du sud de l’Ontario devraient demeurer là-bas. Ils ne doivent jamais menacer notre bel environnement».

— Ken Wasky, résident de Thunder Bay