Le dortoir existant de la minière Alamos Gold à Dubreuilville.
Le dortoir existant de la minière Alamos Gold à Dubreuilville.

La pénurie de logements s’accentue autour de la mine Alamos Gold

Le nombre d’employés de la mine Alamos Gold près de Dubreuilville a doublé au cours des dix dernières années.

Cette vague de nouveaux arrivants s’avère problématique pour la petite municipalité et d’autres villages nord-ontariens, qui font face à une pénurie de logements accentuée par le nombre grandissant d’employés.  

Un recensement dévoile que 15 % des 312 maisons de Dubreuilville seraient inadéquates et auraient besoin de grandes rénovations pour être habitables. Le canton héberge une population d’environ 600 habitants, dont plus de 80 % ont le français comme langue maternelle.

Toute la région touchée

Le manque de logements affecte aussi les localités avoisinantes, dont Wawa, Hornepayne et WhiteRiver. Comme c'est le cas dans la plupart des petites communautés monoindustrielles, il y est très risqué d'investir dans l'immobilier.


« Toute la région ne peut pas répondre au besoin en matière de logement. C'est aussi un gros risque pour les contribuables que de construire de nouvelles maisons. »
Beverly Nantel, mairesse de Dubreuilville

«À Dubreuilville, la municipalité pourrait bien construire de nouveaux logis, mais nous devons penser aux implications : que ferait-on si l'on n'arrivait pas à les vendre?», présente la mairesse de Dubreuilville, Beverly Nantel.

D’autant plus que les prêts hypothécaires sont de plus en plus difficiles à obtenir dans la région. «Souvent, les villages industriels connaissent de longues périodes de dépression économique qui font en sorte que les banques sont plus réticentes à octroyer des prêts hypothécaires», explique l’agente de développement économique de Dubreuilville, Melanie Pilon. 

«Les nouveaux acheteurs doivent maintenant se prêter à un “test de stress” [simulation de crise] pour assurer qu’ils auront les moyens de financer leur demeure en cas d’imprévus. Auparavant, les banques demandaient une mise de fonds entre 5 et 15 %. Mais, dans les régions qui sont sujettes à la détresse économique, les acheteurs doivent maintenant payer une mise de fonds entre 20 et 25 %, car les chances de revendre leur maison, s’ils venaient à partir, sont très minces», enchaine Mme Pilon. 

En mode solutions

«Ce n’est pas comme dans l’ancien temps, où les frères Dubreuil ont fondé le village avec des maisons pour leurs employés. Si les mines fermaient leurs portes dans 20 ans, par exemple, elles ne voudraient pas posséder plusieurs maisons dans le village pour lesquelles elles devraient payer des taxes», illustre la mairesse, Beverly Nantel. 

La municipalité veut donc mener une étude sur le logement et trouver un modèle novateur qui ne poserait pas autant de risques pour les parties prenantes. «On cherche un promoteur immobilier et on explore différentes options pour répondre au besoin des citoyens, sans sauter dans le secteur immobilier», tranche Melanie Pilon.

En attendant, la compagnie minière Alamos Gold Inc. a amorcé un projet de construction pour répondre au besoin de logement de ses employés vivant à l’extérieur de la région. «La première phase sera bientôt terminée avec une nouvelle cuisine en décembre et un dortoir en janvier», explique le directeur général, Austin Hemphill. «On déménagera le dortoir de 98 lits, qui se retrouve présentement en face du magasin, au nouvel emplacement pour un total de 252 places. Le projet devrait être complété d’ici juin 2020. Nous avons aussi acheté et loué des maisons pour les membres de notre personnel.»

Le dortoir en construction par la minière Alamos Gold à Dubreuilville. Le petit édifice à la droite est l’ancien club Alouette, qui sert présentement de cuisine.

La moitié des employés de la mine viennent de Dubreuilville, Wawa, White River ou Hawk Junction. L’autre moitié vient de plus loin et sont ceux qui doivent être logés et nourris. Dans le but d’encourager ses employés à déménager dans la région, la mine offre maintenant des incitatifs : 50 000 $ pour déménager à Dubreuilville et 40 000 $ pour un déménagement à Wawa ou White River, offerts en quatre versements. 

Qualité de vie

Pour la mine, il est bien plus profitable d’avoir des employés locaux que de devoir fournir un logement temporaire, de la nourriture et de l’essence à ceux venus de l’extérieur. «Les employés qui demeurent ici sont aussi beaucoup plus heureux, car ils sont avec leur famille et ne s’inquiètent pas de la laisser derrière», intervient la mairesse. «La qualité de vie est excellente : tu peux prendre ta motoneige à partir de ta cour et nous avons des sentiers partout, aussi pour le ski de fond et la raquette. C’est également une communauté sécuritaire», fait-elle remarquer.

Reste tout juste la problématique d’accès à internet à régler. «Le logement et l’internet sont très interconnectés. Si tu veux déménager ta famille, c’est beau d’avoir une maison, mais il faut aussi l’internet», soulève Mme Nantel. Un élément que la communauté espère bien régler en 2021, grâce au Fonds pour la large bande du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).