Helen et Ben Rinaldo, propriétaires de Guitar Clinic.
Helen et Ben Rinaldo, propriétaires de Guitar Clinic.

La pandémie a aussi changé les bases de l’industrie musicale

Philippe Mathieu
Philippe Mathieu
Le Voyageur
La pandémie a aggravé un problème qui existait déjà depuis quelques années : la baisse du nombre de jeunes voulant apprendre à jouer d’un instrument de musique.

Même si ce n’est pas impossible, l’apprentissage en ligne ne plait pas à tout le monde, aussi bien du côté des professeurs que des élèves. 

Pour les propriétaires du magasin de musique Guitar Clinic, Ben et Helen Rinaldo, les complications liées à la création d’un site web pour vendre des produits et l’offre de cours de musique en ligne n’étaient tout simplement pas réalisables. «Les cours de musique doivent être personnels», dit M. Rinaldo.

Le confinement a donné un avantage aux entreprises qui ont une plateforme en ligne. Que ça soit un site web ou une page Facebook pour vendre des produits et organiser le ramassage, la majorité des entreprises locales qui n’ont pas de plateformes en ligne ont souffert au cours de la dernière année.

Pour Ben Rinaldo, propriétaire de Guitar Clinic depuis 1966, l’année 2020 a été désastreuse. «Quand on n’est pas en confinement, j’avais peut-être 15 % de mes étudiants habituels à enseigner par semaine. […] Même avec ça, le nombre d’étudiants était en déclin depuis quelques années. De plus, je ne suis plus capable d’offrir mes services en tant que technicien de son, qui était une grande partie de mon revenu», explique-t-il. 

Des professeurs enseignent en ligne depuis le début de la pandémie, il ajoute que pour lui, «ce n’était pas une option. C’est très difficile à enseigner un jeune de 6 ans, par exemple, comment utiliser la bonne technique pour jouer la guitare en ligne».

Sans site internet, Guitar Clinic a plus de difficulté à vendre ses instruments pendant le confinement.

Déjà en déclin

L’innovation technologique associée aux films et séries de télévision (p. ex. Netflix), et les jeux vidéo, entre autres, ont découragé de plus en plus d’enfants au fils des années à prendre des leçons de musique pour se trouver un autre passe-temps. De plus, parmi ceux qui choisissent d’apprendre, certains préfèrent les leçons en ligne. Il existe des leçons musicales en ligne depuis la création de YouTube en 2005, ce qui enlève sans doute des clients aux professeurs locaux. 

Pour le gérant du magasin Long & McQuade, Chris Finlay, les choses «auraient été très différentes si nous n’avons pas eu de site web pour vendre nos produits». La chaine canadienne a également encouragé les leçons offertes en ligne. «Nous avons eu beaucoup d’étudiants qui étaient voulant de le faire», dit-il.

Bien que les ventes en ligne aient «beaucoup augmenté depuis le début de la pandémie» pour Long & McQuade, la vente des produits en magasin pose quand même des défis.

«D’habitude, si quelqu’un veut acheter un instrument, ils veulent l’essayer avant de l’acheter. Ce n’est pas aussi simple quand ça vient à certains instruments, comme les instruments à vents, cuivres et guitares», explique-t-il. Le processus de désinfection commun peut endommager de nombreux instruments. «Cela signifiait souvent les mettre en quarantaine pendant quelques jours», ajoute-t-il. 

Pour ajouter à la complexité de la situation, ils ont eu plusieurs problèmes avec la chaine d’approvisionnement. «Il a été compliqué d’avoir des commandes en temps, spécialement des États-Unis.» La chaine d’approvisionnement a causé «beaucoup de maux de tête à nous tous», ajoute M. Finlay.

Une partie des guitares à vendre chez Long & McQuade.

Une industrie en reconstruction

L’industrie de la musique emploie des producteurs, des auteurs-compositeurs, des ingénieurs du son, des éclairagistes, des techniciens du son, des enseignants, des interprètes et bien d’autres. Quand la COVID-19 a forcé les mesures confinement et de distanciation sociale, la grande majorité de ses professions ont soudainement perdu leur gagne pain.

«Les musiciens dépendent des rassemblements sociaux», dit M. Rinaldo. Bien que la pandémie ait forcé plusieurs d’arrêter leur travail, il est également fort probable que cela aura des effets à long terme pour l’industrie. 

«Il y a plusieurs qui ont dû trouver un emploi à temps plein pour couvrir leurs dépenses. […] Combien d’entre eux vont revenir lorsque les portes vont rouvrir? Combien de groupes musicaux ont arrêté de faire des répétitions durant la pandémie? Allons-nous avoir un manque de personnel?», se demande-t-il.

Le manque de rassemblements sociaux entraine un autre effet négatif pour l’industrie musicale. «Qui viendra acheter une guitare s’ils n’ont pas de travail?», questionne M. Rinaldo. 

Les musiciens devront encore attendre avant de revenir sur la scène de manière graduelle. Bien que les vaccins contre la COVID-19 soient arrivés au Canada, il faudra probablement attendre le mois de septembre pour que les rassemblements soient à nouveau permis.