Adélard Lafrance (père de Marc)
Adélard Lafrance (père de Marc)

La fin d’une aventure plus que centenaire

Lise Dugas
Lise Dugas
Le Voyageur
Lafrance fourrures ferme ses portes à la fin mars

Marc et Claire Lafrance sont à quelques heures de leur retraite comme propriétaires d’une entreprise bien connue à Sudbury : A. Lafrance et fils ltée. Après 3 générations et 113 ans en affaires, les portes fermeront à jamais cette fin de semaine. 

A. Lafrance et fils ltée est aussi connu sous les noms Lafrance Richmond Furs ou même Lafrance fourrures. Ils étaient spécialistes en confection, réparation et entreposage de manteaux et d’accessoires de fourrure.

Plusieurs personnes ont partagé aux propriétaires être attristées par la fermeture. En revanche, M. Lafrance dit n’avoir aucun regret et ne garde que de très bons souvenirs de toutes ses années au service de sa clientèle. Même à ce jour, il rencontre encore des clients.es qui se souviennent avoir visité Lafrance Furs à un très jeune âge avec leurs parents. 

Il tient à souligner que sa retraite n’a aucunement été motivée par la pandémie, même si l’entreprise a été ouverte seulement 22 semaines en 2020. Son âge avancé a été le facteur déclencheur. Le couple Lafrance va pouvoir consacrer plus de temps à leur famille et à leurs amis, une fois que la pandémie sera chose du passé.

«Le commerce des manteaux de fourrure va en vague», raconte M. Lafrance. «L’émission Dallas, très populaire dans les années 1980 a eu une grande influence sur la vente des manteaux de fourrure. Entre 1982 et 1991, c’est vraiment les années les plus populaires.»

Avec les années, les manteaux de fourrure sont devenus de plus en plus légers, dus au «repassement» de la fourrure. «Ce qui était le plus valorisant, c’était de pouvoir aider les clientes, surtout celles avec des problèmes de circulation et/ou en chaise roulante.» La fourrure apportait confort et chaleur.

Marc et Claire Lafrance

Une histoire de famille

Les tout débuts de l’entreprise Lafrance Furs est une histoire de parcours non prévus. «Le beau-père [Louis Lefebvre] de mon grand-père Adélard meurt subitement en 1908, à Chapleau. Mme Marie Lefebvre propose à Adélard de prendre la relève et elle lui montre les étapes à suivre pour acheter et transformer la fourrure brute. À cette époque de la première Grande Guerre, la compagnie de France Revillon Frères envoyait leurs bateaux à partir de Montréal à Hudson Bay via le fleuve Saint-Laurent, le long du bord de Labrador avec les provisions pour chaque port. On doit trouver une autre solution pour transporter les vivres. Les barges avec plusieurs canots sont déplacées avec les provisions sur la rivière Pagwa. Le groupe de près de 150 hommes traverse la rivière Pagwa, monte à Fort Albany jusqu’à la baie James. On y laissait les barges et les provisions et on retournait avec les canots pour refaire le même trajet en sens contraire. Adélard fera ce trajet pendant environ 7 ans. En 1916, mon grand-père décide de déménager à Missanabie jusqu’à ce que les postes de Missanabie et de Chapleau ferment.» C’est à ce moment qu’Adélard déménage à Sudbury, en 1921. 

Le père de Marc Lafrance, Edouard, commence à travailler pour aider l’entreprise familiale à un très jeune âge, vers 1927. L’oncle Laurent y travaille également en 1934-1935. L’oncle Yvon est membre des Forces armées canadiennes vers 1938 et passe 3 à 4 ans en Alaska. Le plus connu des oncles est surement Adélard junior, joueur de hockey professionnel qui, en plus d’avoir joué à Springfield pendant 4 à 5 ans, a joué quelques parties avec les Canadiens de Montréal. 

1939 marque l’année de la construction d’un entrepôt qui servira à entreposer les manteaux de fourrure. En 1972, l’entreprise met fin à l’achat des fourrures brutes.

Marc Lafrance a surtout aimé travailler pour Lafrance Furs parce que c’était une entreprise familiale. Au tout début, il s’occupait de préparer les livraisons. Avec l’expérience et les années, il a appris à «grader» la fourrure brute. Il a quand même fait une pause de 1965 à 1973 pour travailler comme pilote commercial à Blind River. Ces années sont également marquées par la naissance de ses enfants Daniel, Nancy, Joanne et Denyse. M, Lafrance est déménagé à North Bay en 1973 pour prendre la relève de l’entreprise familiale.

Claire Lafrance se joint à l’entreprise au même moment. Elle est surtout responsable du service à la clientèle avec tout ce que ça implique, en plus de monter les vitrines avec les manteaux et les accessoires en vente. Depuis 25 ans, Mme Lafrance fait également la comptabilité. Tout cela alors qu’elle est une infirmière diplômée.

Gérard Lafrance, le frère de Marc, déménage à Sudbury en 1982 pour prêter mainforte à Edouard, qui s’occupe du magasin local. Ce dernier meurt l’année suivante, soit en 1983. Par la suite, Marc revient à Sudbury en 1994 pour aider Gérard. Ce dernier a pris sa retraite en 2006.

Laurent Lafrance, Adélard Lafrance (père de Marc), Edouard Lafrance et un travailleur

Implanté dans le Nord

La famille Lafrance a toujours eu un attachement sincère à la communauté. Elle appuie différents organismes à but non lucratif depuis longtemps. Le grand-père, Adélard, a été président du Club Rotary de Sudbury en 1936, le père Edouard a aussi été président du Club Rotary de Sudbury de 1951 à 1952, Marc, président du Club Rotary de North Bay en 1982, l’oncle Laurent, membre du club Richelieu Sudbury, l’oncle Yvon, membre du Club Rotary et conseiller scolaire à Sault-Sainte-Marie et oncle Adélard Jr a été membre du Club Lions et président de la Chambre de commerce de North Bay.

Marc et Claire Lafrance tiennent à remercier toute leur clientèle «pour toutes les bonnes années, un grand plaisir de vous servir; les clients étaient supers, ils avaient dans leur cœur la fourrure et avaient une passion pour ce qui était bien fait. Nous aimerions également remercier tous nos excellents employés, qui ont été grandement impliqués dans les opérations quotidiennes de l'entreprise, plusieurs pendant 35 à 45 ans. Nous souhaitons à tous une bonne santé et un très bon avenir.» 

Un dernier conseil

Une des questions qui préoccupe les clients.es, c’est l’entreposage des fourrures une fois que l’entreprise sera fermée. M. Lafrance recommande fortement de faire entreposer professionnellement. Il suggère Northland Furs, sur la rue Main, à North Bay, qui s’occupe toujours de cette importante étape. Si cela n’est pas possible, il recommande de garder les manteaux à un niveau de 60 à 65 % du niveau d’humidité et pas plus de 40oF. Si vous possédez une chambre froide, ce serait l’idéal, ou même une garde-robe de cèdre pour éloigner les mites. Il avise également de ne jamais envelopper dans du plastique.

Deux employés : Riley Kujamen et John Kumala