Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie en Ontario
Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie en Ontario

La fermeture d’organismes franco-ontariens aurait de lourdes conséquences

Martin Laruelle
Martin Laruelle
Initiative de journalisme local - APF
«Ça va nous reprendre des années avant de revenir là où on en était.»

La fermeture d’organismes franco-ontariens, fragilisés par la crise sanitaire, pourrait avoir des impacts sévères sur les communautés francophones disséminées aux quatre coins de la province. La pandémie a mis à mal ces institutions essentielles à la préservation de l’identité franco-ontarienne.  

La fermeture d’organismes franco-ontariens, fragilisés par la crise sanitaire, pourrait avoir des impacts sévères sur les communautés francophones disséminées aux quatre coins de la province. La pandémie a mis à mal ces institutions essentielles à la préservation de l’identité franco-ontarienne.   

«Ça va nous reprendre des années avant de revenir là où on en était. [La pandémie] est un sérieux pas en arrière pour la francophonie, pour la culture francophone», avance le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin.

Il ajoute que les organismes francophones sont un pouvoir économique en Ontario et qu’ils pourront jouer un rôle dans la reprise économique de la province, mais qu’ils doivent en avoir les moyens.

Carol Jolin a répété à plusieurs reprises au cours des derniers mois que 11 % des organismes à but non lucratif (OBNL) franco-ontariens pourraient devoir mettre la clé sous la porte d’ici Noël si les gouvernements provincial et fédéral ne leur fournissent pas davantage de soutien financier.

Un pas dans la bonne direction

Dans son budget 2020-2021, déposé le 5 novembre, le gouvernement de l’Ontario a annoncé la création du Fonds de secours pour les organismes francophones sans but lucratif à la suite de la COVID-19, accompagné d’une enveloppe de 1 million $ pour l’année en cours ainsi que d’une enveloppe équivalente pour 2021-2022. 

Un financement dont se réjouit l’AFO, tout en restant prudent : «C’est un pas dans la bonne direction, mais ça ne résout pas tous les problèmes. […] On va utiliser cet argent pour aider les organismes les plus à risques en premier», explique Carol Jolin.

«Dans les milieux ruraux, la francophonie se lie par l’école et les organismes. Si l’organisme disparait, il ne reste que l’école comme milieu de vie francophone. Les points de ralliement où les francophones pourraient se retrouver sont largement diminués. J’appelle ça “l’autoroute pour l’assimilation”», ajoute Carol Jolin.

Se réinventer

Les francophones étant minoritaires en Ontario, chaque fermeture d’organisme sans but lucratif aura des impacts sur la communauté qu’il desservait selon le directeur général de Réseau Ontario, Martin Arseneau, le réseau de diffusion des arts de la scène de l’Ontario français.

Martin Arseneau, directeur général de l’organisme Réseau Ontario.

Il explique que si des organismes comme Réseau Ontario disparaissent, les Franco-Ontariens seront forcés de se réinventer afin de pallier ce manque pour la culture. «Pour le moment, je ne serai pas celui qui sonnera l’alarme pour la culture franco-ontarienne. Elle est secouée, elle a un peu de plomb dans l’aile [mais elle a les ressources pour survivre pour le moment]. On essaie de trouver des solutions, mais une autre année comme celui-ci et ça va commencer à être dur», craint Martin Arseneau.

Moins d’occasions de se rassembler

La fermeture d’organismes sans but lucratif peut amener une perte d’identité chez la communauté franco-ontarienne, confirme le coordonnateur à la recherche au Centre régional de recherche et d’intervention en développement économique et communautaire (CRRIDEC) affilié à l’Université de Hearst, Anthony Miron.

«Dans les villes où le français est minoritaire, si tu fermes tous les endroits où se rencontrent les Franco-Ontariens, ils vont retourner à l’anglais et participer à des activités qui sont majoritairement anglophones», expose-t-il. 

Sa collègue coordinatrice à la recherche, Isabelle Chouinard-Roy, prévoit que cela entrainera aussi une réduction du leadeurship individuel et collectif chez la relève franco-ontarienne. Le manque d’occasions de s’investir, de faire du bénévolat ou d’autres activités en français diminue le sentiment d’appartenance à l’identité franco-ontarienne des jeunes, souligne-t-elle.

Les Franco-Ontariens pourraient toujours se rassembler, mais la fermeture des organismes réduirait les opportunités. Et si jamais les organismes anglophones ferment aussi, il deviendra très difficile de créer un sentiment de communauté, en français comme en anglais.