La crise sanitaire, révélatrice de la fragilité du système alimentaire ontarien

Martin Laruelle
Martin Laruelle
Initiative de journalisme local - APF
Une grosse machine difficile à modifier

Les agriculteurs ontariens auraient connu des pertes de revenus allant jusqu’à 15 % en raison de la fermeture des bars et restaurants, forcée par la COVID-19. Le manque de main-d’œuvre a mis en lumière la fragilité du système alimentaire ontarien, basé en grande partie sur des travailleurs étrangers. 

La crise sanitaire du coronavirus a fragilisé le système alimentaire ontarien. «Il y a une prise de conscience du système d’approvisionnement et du système de production alimentaire. […] On s’attend à une révision des politiques et des règlements, pour une [plus grande] flexibilité du système agroalimentaire», explique le directeur général de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO), Danik Lafond. 

Le directeur général de l’UCFO, Danik Lafond, lors de la remise du prix Pierre Bercier au banquet de l’UCFO 2020.

Manque de main-d’œuvre

La crise sanitaire touche tous les secteurs agricoles du Canada, mais certains plus que d’autres : «Les secteurs qui ont besoin de travailleurs, comme les fruits et les légumes, sont ceux ont été les plus affectés à cause de la fermeture des frontières», indique le représentant de la zone Stormont, Glengarry, Prescott et Russell au conseil d’administration de la Fédération des Agriculteurs de l’Ontario (FAO), Rejean Pommainville.

Depuis des années, les agriculteurs franco-ontariens embauchent des travailleurs étrangers pour œuvrer dans les champs. Seulement, avec les problèmes frontaliers et administratifs, de nombreux travailleurs n’ont pas pu venir au Canada cette année. Pour pallier ce manque, plusieurs cultivateurs ont dû diminuer leur production.

«C’est de l’ouvrage physique, tu ne peux pas embaucher quelqu’un du jour au lendemain et lui demander de réaliser ce travail! Il faut ramasser des fruits et légumes, tailler des arbres ou des arbustes; sous la chaleur de l’été, c’est une discipline très spécifique», explique Rejean Pommainville.


Rejean Pommainville, membre du conseil de l’administration de la Fédération de l’agriculture de l’Ontario.

Même lorsque les travailleurs étrangers ont été en mesure de venir prêter mainforte, la situation est demeurée compliquée puisqu’ils ont dû se placer en quarantaine durant deux semaines. Les agriculteurs qui logent leur main-d’œuvre ont également dû mettre en place des mesures pour respecter les consignes sanitaires émises par le gouvernement, des dispositions qui ont engrangé des couts supplémentaires pour les agriculteurs franco-ontariens.

La crise sanitaire a souligné le rôle essentiel des travailleurs étrangers au bon fonctionnement de la chaine alimentaire canadienne : un manque de main-d’œuvre force une diminution de la production agricole.

Fermeture brute du secteur de la restauration

La fermeture des restaurants et des bars a représenté une perte de 15 % de revenus pour l’ensemble des agriculteurs ontarien, selon Rejean Pommainville. «Même si certains restaurants continuent à vendre pour emporter, le taux de vente diminue. Par exemple, les pizzérias doivent s’adapter à la situation, alors cela impacte les ventes de fromages», illustre-t-il.  

Cette fermeture brute des établissements a déréglé le système alimentaire. Certaines marchandises ne sont plus autant en demande, comme les produits laitiers, ce qui crée un surplus.

L'agricultrice franco-ontarienne Amélie Racine, à la ferme laitière Enicar inc. à Lefaivre, explique qu’«une grande partie de la demande du lait allait aux restaurants et, lorsque ceux-ci ont dû fermer leurs portes, la demande a chuté. Si les restaurants ferment à nouveau cet hiver, la demande de lait pourrait chuter encore. Lorsque la chaine alimentaire se brise, le service est plus lent et plus couteux.»

L’agricultrice francophone de l’Est ontarien Amélie Racine

Du positif dans le négatif

Lueur d’espoir pour les agriculteurs : des sondages réalisés par la Fédération de l’agriculture de l’Ontario, les Ontariens achèteraient davantage d’aliments locaux depuis le début de la pandémie.

Un constat partagé par Amélie Racine et Réjean Pommainville : «Ça fait plusieurs années que les gens veulent savoir d’où vient leur nourriture et la pandémie [semble avoir incité] les gens à choisir des produits locaux», remarque ce dernier.