Financement des universités : la nouvelle philosophie de la performance

André Magny
Le Voyageur
Dossier du Voyageur sur le financement universitaire, texte 1

Au bord de la faillite ou pas, une université, ça reçoit de l’argent. Un financement basé sur la performance et les résultats sont les nouveaux critères préconisés par le gouvernement de Doug Ford pour ses sous accordés aux institutions postsecondaires. Encore faut-il y voir clair dans ce processus. Ainsi que dans l’argent venu d’Ottawa.

Avant la mise en place du financement par performance, le gouvernement ontarien finançait en fonction du nombre d’étudiants. Le professeur titulaire et vice-doyen aux programmes au sein de l’Université de Toronto, Normand Labrie, explique que les universités recevaient leur quotepart en fonction de 90 % des étudiants inscrits. Avec certaines variations, étant donné qu’une étudiante en médecine coute plus cher qu’un étudiant en philosophie, par exemple. L’université devait trouver les 10 % restant.

Avec la nouvelle formule, il faudra désormais que l’université montre qu’elle a atteint ses objectifs pour recevoir son financement. Il faudra que l’université cible ses forces. Des objectifs basés sur le taux de diplomation voire le taux d’embauche à la sortie de l’université. 

Selon Normand Labrie, l’enveloppe de financement ne sera pas plus volumineuse : «Les sommes seront distribuées autrement». 

Ça n’empêchera pas non plus les institutions postsecondaires de continuer à recevoir une enveloppe pour les subventions à des fins particulières, comme pour les collèges situés dans le Nord de l’Ontario, ni de bénéficier de l’argent du fédéral pour «les subventions pour l’éducation en langue française et les subventions au titre du bilinguisme», comme l’indique le Manuel technique du financement axé sur le rendement et les résultats du ministère ontarien de la Formation et des Collèges et Universités. 

Mais pour l’ancien directeur du Centre de recherches en éducation franco-ontarienne (CREFO), le financement des universités ontariennes demeure malgré tout le plus faible au Canada. Cette nouvelle formule changera-t-elle les choses?   

L’ancien recteur par intérim de l’Université de l’Ontario français, Normand Labrie.

Vous avez dit opaque?

Codirecteur de l’axe Francophonies minoritaires, histoire et politiques des langues et professeur adjoint à l’École d’études politiques au sein de l’Université d’Ottawa, François Charbonneau n’y va pas par quatre chemins quand il discute du financement des universités. 

«La première chose à dire, c’est qu’il y a une opacité totale en ce qui a trait au financement provenant du fédéral vers les universités canadiennes en ce qui a trait aux programmes d’éducation dans la langue de la minorité.» Selon lui, le problème est si sérieux que plusieurs fois des députés ont tenté de déposer des projets de loi sur la question. Tous sont restés lettre morte.

En dépit des changements entourant la formule de financement, les sommes allouées par le gouvernement canadien aux provinces pour l’enseignement dans la langue de la minorité et pour l’immersion demeurent. C’est Patrimoine canadien qui finance le tout. 

Pour le professeur Charbonneau, en ce qui concerne la l’Université Laurentienne, «il n’y a pas de véritable suivi possible parce qu’on n’a pas les détails de la manière dont les sommes transférées devaient être dépensées. Est-ce que la province a remis ces sommes à l’institution? Est-ce que l’institution a dépensé ces sommes pour ses programmes en français?»

Malgré des questions posées, tant à l’Université Laurentienne qu’à Patrimoine canadien, elles sont demeurées sans réponse. 

Pas contre la vertu, mais…

Sa collègue de l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier n’est pas loin de penser la même chose. La professeure titulaire de la Faculté des sciences sociales et spécialiste dans l’étude des politiques budgétaires et des finances publiques des gouvernements fédéral et provinciaux croit qu’au départ, c’est louable pour le gouvernement ontarien de vouloir savoir comment l’argent est dépensé. 

Ce qui sera moins facile à vérifier, ce sont les indicateurs de performance. Comment ça se mesure une performance? Par le taux de diplomation? Par les emplois obtenus après l’obtention d’un bac, d’une maitrise, d’un doctorat?

Ce qui la chicote davantage, c’est la destination de l’argent. «C’est le cœur du problème», selon elle. Dans le cas de l’Université Laurentienne, la professeure se demande si les enveloppes octroyées, par exemple, pour le français en tant que langue minoritaire ou la recherche se rendent bien aux bons destinataires. La professeure Tellier se désole du fait que «la moitié des réunions se tient à huis clos» en ce qui concerne les rencontres des gouverneurs de la Laurentienne.

Geneviève Tellier croit en un réseau d’universités francophones en Ontario, un peu sur le principe du réseau des Universités du Québec. L’essentiel pour l’universitaire est d’avoir une gouvernance autonome, distincte des anglophones. Une réflexion qui s’applique, non seulement pour les universités du Nord, mais ailleurs en Ontario, comme à Ottawa.

 

Autres textes à être publier : Repenser le financement et l’université est-elle un bien commun ou un commodité?

Geneviève Tellier