Moïse Zahoui et son épouse Marie, Amélie Hien, Mekila Kambo et sœur Marie Turcotte.
Moïse Zahoui et son épouse Marie, Amélie Hien, Mekila Kambo et sœur Marie Turcotte.

Ce n’est pas la place qui manque, mais l’information

Présentation de la vidéo Au Canada, il y a de la place pour tout le monde

Manque d’information. S’il y a un seul message à retenir de la vidéo Au Canada, il y a de la place pour tout le monde, c’est celui-là. Cette vidéo, projetée en première au Centre de santé communautaire (CSCGS) le 22 février, présente le témoignage de quatre immigrants et d’une femme qui en a accueilli plusieurs dans la région.

Leurs témoignages mettent en lumière certaines lacunes qui sont en bonne partie connues, mais pour lesquelles les solutions tardent à venir. À plus d’une reprise pendant la vidéo et pendant la discussion qui a suivi avec trois des participants, le réalisateur Moïse Zahoui et la professeure Amélie Hien, on a rappelé que les immigrants qui décident de venir au Canada ne reçoivent pas toujours la bonne information concernant le pays.

Une des principales critiques : on ne dit pas qu’à l’extérieur du Québec, il faut maitriser l’anglais pour espérer décrocher un emploi. Mais il y en a d’autres : le transport en commun est moins bien développé dans les petites villes — surtout comparativement aux villes d’Europe et d’Afrique, il y a de bonnes chances que leurs qualifications ne soient pas reconnues, qu’il existe des logements communautaires, que l’on peut magasiner pour trouver le meilleur prix des articles dont on a besoin…

La grande question, c’est de quelle façon transmettre la bonne information aux bonnes personnes? 

«Ce qu’on espère, c’est de pouvoir augmenter l’infrastructure d’accueil dans la communauté et assurer que les gens aient accès à une information véridique, à jour», explique la coordonnatrice en promotion de la santé au CSCGS, Monique Beaudoin. Des projets sont déjà en développement, mais ils ne peuvent pas en parler tout de suite, dit-elle.

D’autres présentations de la vidéo sont à venir afin que le plus grand nombre soit informé des défis. «On veut la rendre disponible à la communauté, pour que monsieur et madame tout le monde soient sensibilisés», ajoute Moïse Zahoui du Réseau de soutien à l'immigration francophone du Nord de l’Ontario.

Ils ne sont pas non plus opposés à la partager avec d’autres communautés au pays, surtout qu’elle sera éventuellement disponible sur YouTube. «Il y a beaucoup d’outils qui font la promotion de l’immigration qui sont faits à Toronto ou à Ottawa, précise Mme Beaudoin. C’était important que l’on voie des paysages de Sudbury, des gens de Sudbury. Tant et aussi longtemps que ces outils-là n’existent pas, on peut dire “l’immigration ce n’est pas notre problème, ça n’existe pas à Sudbury”.»

La liste est longue

Les différences culturelles expliquent une bonne partie de ce que les immigrants ont besoin d’apprendre. Des gens venus assister à la projection ont ajouté quelques anecdotes à la liste. Par exemple, une mère immigrante qui se fait demander par une employée d’une garderie si son enfant est «propre». Pour les Canadiens, cela veut bien dire s’il va aux toilettes seul, mais la mère ne pouvait faire autrement que de la prendre au premier degré et qu’on lui demandait si elle lavait son enfant.

Autre exemple, dans certaines cultures, laisser de jeunes enfants seuls à la maison est courant. Une spectatrice, elle-même immigrante, mais résidant au Canada depuis l’âge de 16 ans, a un jour été surprise de devoir expliquer à une nouvelle arrivante qu’elle ne pouvait pas laisser son enfant de six ans seul à la maison.

Et justement, le manque de connaissance des lois est aussi une source de problèmes. Certains Africains ont le sentiment que les lois canadiennes leur retirent l’autorité qu’ils ont sur leurs enfants, constat qui peut être difficile à accepter.

Sœur Marie Turcotte, que l’on voit dans la vidéo, aide depuis de nombreuses années des immigrants à s’installer dans la région. Elle tient à faire une différence entre les immigrants et les réfugiés. Dans le deuxième cas, ils sont le plus souvent en fuite, sans savoir dans quel pays ils vont aboutir. Ils sont aussi à 90 % anglophones. Les immigrants choisissent, mais n’ont pas toujours accès à l’information ou préfèrent carrément ne pas trop en savoir à l’avance.

Intégration

La plupart des immigrants présents s’entendaient tout de même pour affirmer que l’intégration dans la communauté francophone de Sudbury est un peu plus facile qu’ailleurs. Ceci ne veut pas dire que des améliorations ne sont pas tout de même nécessaires. On recommande plus d’occasions de rencontre entre les communautés et aux gens de la communauté d’accueil d’oser essayer de nouvelles choses, de plonger vers la rencontre de l’autre.

La vidéo est une production commune du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury et du Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario grâce à un financement d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.