Lianne pelletier (à droite) lors d’une conférence-midi au sujet de sa recherche en février 2018.
Lianne pelletier (à droite) lors d’une conférence-midi au sujet de sa recherche en février 2018.

Spectateur des arts ou partisan de la francophonie?

La doctorante Lianne Pelletier a mis en lumière les raisons qui expliquent certains comportements envers les arts en milieu minoritaire.

En étudiant le comportement de consommateurs et de non-consommateurs atypiques d’art, la doctorante Lianne Pelletier est parvenue à dégager certaines caractéristiques de ces publics qui pourraient aider les organismes culturels en milieu minoritaire à mieux cibler leurs efforts de markéting.

Mme Pelletier en est arrivée à ces conclusions après neuf années de recherche. Elle a présenté ses résultats lors de la soutenance de sa thèse Le développement de publics pour les arts en milieu minoritaire le 1er novembre à l’Université Laurentienne. 

Déjà stratège en markéting et en développement de publics, l’un des intérêts de la chercheure était de comprendre pourquoi certaines personnes en milieu minoritaire sont de plus grandes consommatrices de produits culturels que d’autres. 

Pour y arriver, elle a diffusé un sondage qui lui a permis de trouver environ 25 personnes dont les habitudes sont contraires aux normes connues. Les consommateurs d’art — théâtre, musique, littérature… — typiques sont généralement des personnes plus instruites qui ont les moyens et le temps de profiter des offres artistiques. 

Elle a comparé les consommateurs atypiques : des gens peut-être moins instruits, moins en moyens financiers et trop occupés, mais qui participent tout de même activement aux évènements; et des non-consommateurs atypiques : des gens éduqués, qui ont l’argent et le temps, mais qui ne fréquentent pas les organismes culturels en milieu minoritaire, ou du moins très peu.

Résultats

Le milieu familial semble jouer un très grand rôle dans l’engagement des consommateurs atypiques (CA). Les sujets interviewés par Mme Pelletier sont tous issus d’une famille composée de deux parents francophones. Ils ont aussi été initiés à la culture par eux ou par un proche. 


« La famille représente le premier facteur d’acquisition d’apprentissage culturel »
Lianne Pelletier

De leur côté, les non-consommateurs atypiques (NCA) viennent en grande partie de familles exogames et ont été exposés à la culture francophone principalement par le biais de l’école. 

Les différences entre les deux types s’accumulent : 

  • Les CA se tiennent au courant des évènements directement auprès des organismes. Les NCA le font surtout par les communications de masse et le milieu scolaire. 
  • Les CA participent pour appuyer la cause francophone ainsi que pour les retombées et les expériences positives dans leur propre vie. Les NCA voient la valeur des activités francophones, mais surtout pour la démocratie des arts et pour le bénéfice de la prochaine génération.
  • Les CA sont plus motivés par l’apprentissage, les nouvelles expériences et la validation de leur identité sociale. Les NCA sont peu interpelés par les enjeux du milieu artistique francophone; ils participent par plaisir personnel.
  • Les CA sont davantage impressionnés par l’effort et le travail derrière la production. Les NCA portent plus d’attention à la créativité et à l’originalité.
  • Les CA sont plus inquiets face aux efforts déployés par les organismes culturels afin d’attirer des spectateurs francophiles et anglophones. Les NCA voit cette ouverture comme positive.

Sur ce dernier point, Mme Pelletier se demande s’il y a une différence générationnelle, car elle a davantage entendu cette inquiétude chez des CA plus âgés. Ils ont davantage l’impression que l’on attaque l’univers qu’ils ont aidé à créer et qui leur était réservé. 

Doit-on continuer à faire des efforts pour attirer les NCA? Oui, dit-elle, car l’intérêt pour la consommation de produits culturel change au cours d’une vie. Par exemple, la plupart de ses répondants ont avoué avoir arrêté de lire pour le plaisir en commençant leurs études postsecondaires. Ou encore : une famille peut être extrêmement occupée avec toutes les activités sportives des enfants pendant une année, mais passer à autre chose l’année suivante.

Si, en tant que société, on désirait augmenter le nombre de consommateurs d’art dans les milieux minoritaires, il faudrait passer par les écoles, croit-elle. Même si l’influence de la famille est plus importante, c’est plutôt dans les écoles que l’on peut influencer les choix.

Mme Pelletier a déjà eu des commentaires enthousiastes de la part d’organismes à qui elle a présenté certaines de ses découvertes. Ultimement, elle espère pouvoir aider plusieurs d’entre eux à mieux cibler les futurs amateurs d’art et de culture et mettre les énergies là où les résultats ont plus de chance d’être plus rentables.

Grand Sudbury

La prochaine production du Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO), Le club des éphémères, est une nouvelle collaboration avec l’auteur Alain Doom.