Photos : avec l’autorisation de la maison d’édition Prise de parole
Photos : avec l’autorisation de la maison d’édition Prise de parole

Première parution solo pour Véronique Sylvain

Andréanne Joly
Andréanne Joly
Elle a l’habitude d’organiser la promotion de nouveaux ouvrages et de coordonner les entrevues avec les auteurs, mais cette fois-ci, c’est à son tour. Au quotidien, Véronique Sylvain est responsable des communications aux Éditions David, mais aussi autrice. Elle lance un tout premier recueil de poèmes, Premier quart, le 24 septembre chez Prise de parole.

«Quand j’ai vu la version numérique, dit-elle, j’ai eu une chaleur. C’est un feeling que je n’avais jamais eu. C’est un peu comme tomber amoureux, je pense. Ça faisait presque 10 ans que je travaillais là-dessus.»

Les personnes averties reconnaitront sur la couverture de Premier quart la maison nord-ontarienne de la grand-mère et de l’oncle de Véronique Sylvain ainsi que son père qui avance dans l’hiver, un choix qui l’a ému.

S’il s’agit d’un premier recueil solo, la poète n’en est pas à ses premières armes. Elle a publié des poèmes dans le journal étudiant de l’Université Laurentienne, L’Orignal déchainé, dans les revues Ancrages en Acadie et À ciel ouvert dans l’Ouest canadien. Plus récemment, elle a fait partie du collectif littérairequi a réponduaux coupures proposées par le gouvernement Ford en novembre 2018 avec les Poèmes de la résistance.

Pour arriver à Premier quart, ce premier recueil solo d’un peu plus de 100 pages, Véronique Sylvain a dû faire un tri dans ses écrits. «On a dû dégager un fil conducteur», explique-t-elle, pour devenir le reflet de sa vingtaine, estime-t-elle, ainsi qu’un hommage aux pionniers du Nord et aux travailleurs des champs, des forêts et des mines qui l’entourent.

Un recueil identitaire

Dans Premier quart, l’autrice originaire de Kitigan (près de Kapuskasing) présente des textes qui lui ont permis de se révéler à elle-même.

Si elle a grandi sur la ferme familiale entourée de ses parents, de ses oncles, de ses tantes et de ses grands-parents et qu’elle est profondément attachée à ce milieu, elle a aussi longtemps nourri un syndrome de l’imposteur. 


« Je n’arrivais pas toujours à comprendre d’où je venais et la poésie m’a aidé à m’expliquer ça à ma manière. »
Véronique Sylvain

«Je me sens impuissante par rapport aux drames qui ont été vécus, à ceux qui ont travaillé à la sueur de leur front», dit celle qui habite maintenant à Ottawa.

Ses écrits révèlent une fascination pour la résilience et le travail physique dont ont fait preuve les pionniers du Nord ontarien, qui demeurent la réalité de certains de ses proches. Son frère, par exemple, risque sa vie au quotidien à descendre dans une mine. «J’arrive mieux à le comprendre en écrivant», admet-elle. «À la sueur de mes doigts».

Malgré leurs apparents contrastes, le monde de la terre, des mines et celui de la poésie se marient aisément, estime l’autrice. «On a des fois l’impression que les gens qui travaillent dans les mines ou les fermes ne sont pas branchés sur la culture. Mon père, dans le jardin, chantait des chansons de Gilles Vigneault», illustre-t-elle. «Ils comprennent bien les images», dit-elle.

Véronique Sylvain a grandi dans un milieu où la culture avait sa place, dans les champs comme dans la maison.

Véronique Sylvain à Kitigan

Une plume engagée?

L’écriture de Véronique Sylvain se veut-elle politique? Militante alors qu’elle était aux études, la principale intéressée croit qu’elle est aujourd’hui une engagée du quotidien.

«Mon geste demeure politique, mais plus personnel. […] Le fait de prendre la plume, c’est un geste engagé. J’habite à Vanier, un quartier francophone, je travaille dans une maison d’édition en milieu minoritaire, je suis une femme franco-ontarienne qui écrit.»

La littéraire souligne d’ailleurs que les poètes au féminin sont peu nombreuses dans le Nord ontarien. Il y Sonia Lamontagne, de Fauquier — un village à 20 km de Kitigan. «C’est presque juste des hommes. Il y a Linda Fillion qui a publié au Vermilion dans les années 1980» [Du Nord enneigé, 1985].

Sudbury, un passage déterminant

Véronique Sylvain a longtemps écrit des chansons, encouragée par ses parents et attisée par sa participation au concours Ça m’chante, en 2003. À l’issue du concours, Yann Perrault avait entonné sa chanson Pourquoi sur les Plaines d’Abraham.

Quelques années plus tard, des études en littérature l’ont menée à Sudbury. Ce passage dans la capitale du nickel a été déterminant. Active au département de français, engagée dans L’Orignal déchainé, proche de la communauté artistique et culturelle, elle s’y est sentie chez elle. Elle estime même qu’elle y a vécu un éveil culturel.

En fait, c’est là qu’elle a rencontré Michel Dallaire, Patrice Desbiens, Robert Yergeau et Robert Dickson, dans les livres comme aux bureaux de Prise de parole, lorsqu’elle y travaillait.