L’animatrice et les trois panélistes de la Table des créateurs.
L’animatrice et les trois panélistes de la Table des créateurs.

Pistes de réflexion pour l’art francophone post-COVID-19

Paul-François Sylvestre
Paul-François Sylvestre
Initiative de journalisme local - APF
«Ce que l’on sème – La table des créateurs»

L’artiste doit faire réfléchir, l’artiste doit être authentique et l’artiste est condamné à l’excellence; ce sont là quelques-unes des idées lancées lors du forum «Ce que l’on sème – La table des créateurs» de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), tenu le 22 octobre. Les panélistes ont discuté développement culturel francophone durable, Cadre national d’action pour la culture et relance du secteur des arts et de la culture.

Animé par Nancy Juneau, ancienne directrice générale de la FCCF, le forum a réuni l’artiste visuelle franco-manitobaine Anna Bita Diallo, le metteur en scène franco-ontarien Joël Beddows et l’autrice acadienne Marie Cadieux.

Engagement et provocation

À tour de rôle, les trois panélistes ont esquissé une très brève description du rôle de l’artiste.

Selon Anna Bita Diallo, «l’œuvre d’art doit interpeler le public. Les images ne sont pas là pour leur beauté, mais plutôt pour explorer des idées, parfois pour briser des conventions et même souvent pour provoquer».

En tant qu’autrice et éditrice, Marie Cadieux ressent «le besoin d’être engagée dans sa communauté». Celle qui a travaillé vingt ans en Ontario insiste sur la nécessité pour l’artiste d’être conscient de l’autre… qui est parfois anglophone, qui pratique une forme d’art différente ou qui vit en milieu rural.

Joël Beddows se dit de nature révoltée. Adolescent, il ne s’est pas senti interpelé par des pièces comme Lavalléville d’André Paiement ou Le Chien de Jean Marc Dalpé. «Je suis un artiste citoyen, je sais que j’ai une présence publique que d’autres n’ont pas. Je suis conscient que le milieu peut être très critique face à une production.»

Bouillonnement et rayonnement virtuels

Selon Joël Beddows, il reste encore beaucoup de travail à faire pour que la culture soit au cœur de notre communauté francophone, qu’il préfère appeler «société». Si la pandémie a illustré la très grande fragilité des artistes, elle a aussi été un grand moment de bouillonnement et de rayonnement, estime-t-il.

Directeur artistique sortant du Théâtre français de Toronto (TfT), Beddows a souligné qu’une saison régulière rejoint grosso modo 16 000 spectateurs par année. Or, en trois mois de pandémie, le TfT a touché le même nombre de personnes grâce à des plateformes virtuelles.

Zoom est tellement à la mode, a fait remarquer Marie Cadieux, qu’on se marche sur les pieds! Il peut y avoir deux ou trois évènements le même jour à la même heure.

«La pandémie a démontré le besoin de mieux coordonner notre diffusion virtuelle. Il faudrait aussi apprendre à se servir davantage de la radio et de nos journaux communautaires», ajoute-t-elle. 

Une voix politique

La FCCF a tenu un autre forum le 26 octobre, une Table des penseurs animée par l’écrivaine Catherine Perrin, à laquelle ont participé le sénateur indépendant du Nouveau-Brunswick René Cormier, le directeur artistique et codirecteur général du Festival TransAmériques Martin Faucher et la professeure titulaire à la Faculté de droit de l’Université Laval et titulaire de la Chaire UNESCO sur la diversité des expressions culturelles, Véronique Guèvremont.

La Table des créateurs et la Table des penseurs remplacent les rendez-vous bisannuels de concertation ordinairement réservés aux membres de la FCCF.

«En tant qu’unique voix politique des arts et de la culture de la francophonie canadienne et acadienne, la FCCF souhaite faire du Forum “Ce que l’on sème” une étape pour faire cheminer et élargir sa réflexion [sur un Cadre national d’action pour la culture, en l’absence d’une véritable politique culturelle fédérale]», notent la directrice générale de la FCCF, Marie-Christine Morin, et le président de la FCCF, Martin Théberge, par communiqué.

Martin Théberge, président de la FCCF.